Bienvenue dans le laboratoire urbain de Bruno Marchand

Combattre l’ingénierie sociale par la mobilisation citoyenne

Le 7 septembre 2023, Valérie Plante a rencontré Bruno Marchand à Montréal pour une séance de travail axée sur l’itinérance. Photo: page Facebook officielle de Valérie Plante.

Lundi le 2 juin 2025, à 09:45

Le 29 mai dernier, notre rédacteur en chef Jérôme Blanchet-Gravel était l’un des invités d’honneur d’une soirée organisée à Québec par le parti municipal Respect Citoyens. Il y a livré l’allocution que nous publions ici en exclusivité.

 

La Ville de Québec, comme beaucoup d’autres cités occidentales, subit aujourd’hui des transformations majeures qui échappent au sens commun.

 

Derrière les beaux slogans se cache souvent, trop souvent, une ingénierie sociale imposée sans vrai débat, mais financée par nos propres taxes et impôts.

 

Ces dernières années, nous avons assisté à la consécration d’un urbanisme militant, d’une gouvernance qui emprunte le langage de la science pour imposer des dogmes. 

 

Le maire Bruno Marchand a récemment annoncé en grande pompe le lancement d’une nouvelle plateforme en ligne où l’on peut voir «jour après jour combien de personnes circulent à vélo, à pied ou en voiture sur nos grands axes». 

 

Ces écologistes ont l’air de savants fous perchés au-dessus de leur laboratoire.

 

Un laboratoire, oui, le mot est juste. Car c’est bien de cette façon que ces gens voient désormais notre ville: non plus comme un espace de vie commune et de socialité, mais comme un terrain d’expérimentation. 

 

Ce ne sont plus les citoyens qu’on sert, ce sont des comportements qu’on cherche à modifier, à corriger, à modéliser. Tout devient prétexte à la planification: la circulation, les habitudes de déplacement, l’alimentation, l’architecture, les animaux de compagnie – rien de moins, finalement, que l’ensemble des mœurs. 

 

Pour ces apprentis sorciers, si la ville est un labo, le citoyen, lui, est un cobaye.

 

Les citoyens comme danger public

 

D’un côté, on réglemente à outrance: c’est le triomphe de ce que j’appelle le réglementarisme. On vous dit comment circuler, comment recycler, on vous explique que vous pourriez tuer des gens en utilisant votre foyer ou votre poêle intérieur. 

 

À Québec, depuis l’arrivée de Bruno Marchand, vous êtes toujours potentiellement en train de tuer des gens: en vous chauffant comme l’ont fait nos ancêtres pendant 400 ans, en utilisant votre voiture au détriment de la sécurité des piétons et des cyclistes. En vivant, tout simplement, vous êtes toujours potentiellement en train de tuer des gens. 

 

J’ai vécu trois ans à Mexico – dans la ville de Mexico. C’est une ville fascinante, brutale, parfois violente il faut l’avouer, mais incroyablement vivante. Tout y est mouvement, spontanéité, débrouillardise. Malgré le smog, on y respire un grand sentiment de liberté.


Comparer Mexico à Québec est audacieux, voire téméraire, je l’avoue. Ce sont deux mondes. Mexico est un monstre de 25 millions de personnes – c’est trois fois la population du Québec dans une seule ville. Mais, par contraste, vivre là-bas m’a permis de mesurer à quel point notre ville s’éteint doucement. 

 

Et pourtant, il a fallu une figure héroïque comme Samuel de Champlain et des colons intrépides et sans doute un peu fous pour fonder cette ville dans des conditions extrêmes, tant climatiques que politiques et anthropologiques. Quatre siècles plus tard, des fonctionnaires en télétravail gèrent notre ville comme un CPE.

 

À l’automne dernier, un citoyen de Québec m’a contacté pour me raconter une histoire aussi invraisemblable que révélatrice. Un matin, il découvre un avis de la Ville placardé sur sa porte: on lui reproche de laisser ses chats sortir dehors, des chats désormais considérés à l’extérieur comme «illégaux»...

 

Après avoir été dénoncé par un voisin anonyme, ce citoyen a été sommé de se conformer au nouveau règlement du maire Marchand, qui oblige depuis décembre 2023 les propriétaires à enregistrer leurs félins comme on le ferait avec un véhicule. 

 

À Québec, là où le fleuve se rétrécit, les premiers colons s’installent au cœur d’un monde hostile, foisonnant et autochtone. Ils n’ont pas d’autre choix que de pactiser avec la nature et ceux qui l’habitent. Aujourd’hui, on en vient à vouloir domestiquer le vivant lui-même. 

 

Les fonds publics tirés par les fenêtres

 

De l’autre côté, on dilapide l’argent des contribuables. C’est le festival du gaspillage. Le but n’est plus d’améliorer la qualité de vie des citoyens, mais de financer une expertocratie de technocrates et de fonctionnaires qui cultivent un état d’urgence permanent pour justifier leur existence et maintenir leur confort aux frais du public.

 

Déguisés en urbanistes verts, les ingénieurs sociaux ont bien compris que l’application de leur programme se jouait en grande partie à l’échelle des villes. Ils ne se priveront certainement pas d’investir les gouvernements de Québec et d’Ottawa, passés maîtres eux aussi dans l’ingénierie sociale depuis la Covid. 

 

 

C’est collectivement que nous pourrons reconstruire cette société civile indispensable.

 

 

Mais les ingénieurs sociaux sont bien conscients que c’est dans les villes, au cœur des politiques d’aménagement, que leur influence peut s’exercer le plus directement, souvent à l’abri du regard public.

 

C’est au niveau municipal que leur projet prend corps, se matérialise, s’impose au quotidien. C’est d’abord à cette échelle qu’ils peuvent transformer les quartiers, redéfinir les normes de mobilité, modifier les usages.

 

Montréal, l'exemple à ne pas suivre

 

Montréal est le parfait exemple de ce qu’il ne faut surtout pas faire. Aujourd’hui, la métropole est en déclin total: minée par un wokisme mortifère, rongée par la corruption, paralysée par des travaux sans fin, confrontée à une insécurité croissante en raison notamment de l’explosion de l’immigration.


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L’an dernier – on s’en rappelle –, en plein week-end du Grand Prix, quatre restaurants ont été forcés d’évacuer leurs terrasses bondées par le Service de sécurité incendie, sous prétexte que leurs auvents étaient installés à seulement 2,42 mètres des bâtiments, au lieu des 3 mètres réglementaires…

 

Cet incident illustre bien ce qu’est devenu le Québec façonné par les ingénieurs sociaux: une réglocratie malade où une caste de parasites justifie son existence confortable en multipliant les interdits au nom d’un nouveau puritanisme social.

 

Dans cette société morne où les réjouissances populaires sont vues comme des excès démodés, la population est traitée comme du bétail à encadrer et s’il le faut, à réprimer pour sa propre «sécurité», selon une conception autoritaire de l’ordre public.

 

Bienvenue dans la république de l’ennui mortel, où une police bureaucratique sabote sciemment l’économie locale. Montréal est devenue une ville hostile à ceux qui créent de la richesse et à ceux qui résistent à ces transformations à marche forcée.

 

Il faut freiner la montréalisation de Québec. La capitale nationale ne doit surtout pas chercher à singer la métropole, par complexe d’infériorité ou pour étaler la vertu de ses dirigeants woke. Nous n’avons pas à subir cet urbanisme punitif qui ne tient compte ni de notre hiver, ni de la réalité des familles, ni des besoins concrets des citoyens.

 

Pour la renaissance de la société civile

 

Québec peut encore choisir la voie de l’équilibre. Mais pour y arriver, il faut des contrepoids. Tout commence par la reconquête de notre milieu immédiat. 

 

Au Québec aujourd’hui, entre l’État et l’individu atomisé, entre les paliers de gouvernement et le citoyen désabusé, il n’y a presque plus rien. Plus de relais communautaires organiques et solides, plus de véritables associations citoyennes capables de défendre l’intérêt commun sans dépendre de l’État. Ce vide laisse le champ libre aux ingénieurs sociaux déguisés en urbanistes verts.

 

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En tant qu’auteur et journaliste, je ne milite pour aucun parti, mais j’observe et j’analyse. Je dénonce aussi. Je réagis. Depuis plusieurs années, j’observe l’érosion de nos libertés et analyse les discours qui rendent possible une telle dérive.

 

Face à cette ingénierie sociale et aux récits de peur imposés par le haut, le média que je dirige depuis maintenant trois ans, Libre Média, est un lieu de vigilance démocratique et un foyer de résistance à la censure.

 

Nous donnons la parole à des voix ignorées volontairement par l'establishment, nous posons les questions que préfèrent éviter nos collègues des médias subventionnés. Nous travaillons à recréer ce qui manque cruellement au Québec: une société civile digne de ce nom.

 

Les médias indépendants sont essentiels. Mais sans abonnés, sans lecteurs, sans auditeurs, sans public, ils restent insuffisants. C’est collectivement que nous pourrons reconstruire cette société civile indispensable.


Du même auteur: Il était une fois un maire fragile et woke

 

Trop de citoyens comptent encore sur le gouvernement — tous les gouvernements: fédéral, provincial, municipal — pour gérer leur vie à leur place. Mais ce n’est pas d’un État tentaculaire, à trois étages, dont nous avons besoin: c’est d’une société civile plus forte, plus vivante, plus enracinée.


Pour regagner notre autonomie, il faut plus d’entrepreneurs, plus de citoyens engagés, plus de vie sociale, moins de mort ambiante.

 

Il faut sortir de l’indifférence qui fait le lit de toutes ces idéologies liberticides. Il faut combattre l’ingénierie sociale par la mobilisation citoyenne. 

 

Une démocratie en santé ne repose pas seulement sur des élections tous les quatre ans. Elle repose sur des citoyens informés et organisés. Sur des citoyens respectés.