L’élection américaine a marqué un revers pour le camp woke, mais la guerre culturelle continue. Entre aveuglement partisan et quête identitaire, le Québec doit sortir de l’ombre et redéfinir son rôle sur l’échiquier géopolitique.
Chez nos voisins du Sud, l’élection a marqué la perte d’une bataille péremptoire pour le camp woke. Toutefois, la guerre culturelle que les États-Unis ont exportée partout est loin d’être terminée pour autant. Au contraire, un rebond nous guette.
Certaines nations occidentales, portées par un élan manichéen, risquent de raviver la flamme de cette idéologie simplement pour signaler leur opposition à l’administration actuelle.
Certes, face à un allié qui antagonise, il peut s’avérer tentant de marquer des points politiques en exploitant la colère concevable d’une population qui se sent trahie.
Or, comme Marc-Aurèle, l’empereur stoïque qui se méfiait de la très mauvaise conseillère qu’est la colère l’a si sagement énoncé: «la meilleure façon de se venger de quelqu’un est de ne pas lui ressembler.»
Un sursaut identitaire, pas un mirage woke
Ainsi, il apparaît clair que s’acharner à maintenir en vie la délétère guerre culturelle américaine serait une grave erreur. L’éveil dont nous avons réellement besoin repose moins sur un éveil des consciences à la sauce woke made in USA que sur un sursaut identitaire.
En corollaire, le boycott qui s’impose outrepasse l’achat local. Il concerne surtout l’urgence de nous prémunir durablement contre le soft power des nations voisines qui s’immiscent dans nos esprits et nous détournent de l’essentiel. Et cela inclut autant les États-Unis que le Canada.
À voir comment de nombreux Québécois réagissent à la crise, force est d’admettre que nous sommes loin de la coupe aux lèvres. Tristement, les appels à garder la tête froide tenaient du vœu pieux.
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Sous le joug d’une colère aussi compréhensible que pernicieuse, nous avançons dans un aveuglement volontaire, prêts à nous jeter dans les bras du premier venu.
En l’occurrence, une modique opération charme en faveur du chef désigné du PLC a suffi à en conquérir plus d’un. Non seulement l’«équipe Québec» désirée n’a jamais vu le jour, mais plusieurs ont résolument embrassé l’idée de jouer les redshirts sur le banc d’une équipe Canada qui score dans notre but.
Il faudra oser sortir des jupons canadiens et des marges de l’histoire.
Cet effondrement a de quoi décevoir. A fortiori lorsqu’on le compare à l’édifiante réaction des quelques 57 000 irréductibles du Groenland, fièrement déterminés à transformer cette crise en opportunité.
Le vide identitaire canadien
Le président américain a révélé le vide identitaire canadien qui se résume à une négation de l’américanité. Curieusement, à la manière du film Inception, cette idée simpliste s’est implantée chez bon nombre de Québécois, complètement obnubilés par le personnage qu’est Trump.
Il faut espérer sortir de cette torpeur, car l’identité québécoise ne se réduit pas à une négation. Elle est le fruit d’un mélange de tensions qui s’exercent depuis toujours entre notre francité, notre américanité et notre québécité.
Ces facettes nous rappellent aussi bien qui nous sommes, qu’où se trouvent nos alliés et nos intérêts.
Le Québec face à son destin géopolitique
À l’ère où la politique-fiction flirte avec la réalité, il n’est pas impossible que le Québec, forme de chimère entre l’Europe et l’Amérique, soit appelé à jouer un rôle insoupçonné pour relier les deux blocs occidentaux entre lesquels son cœur balance.
Il va sans dire que pour aspirer à ce rôle déterminant, il faudra oser sortir des jupons canadiens et des marges de l’histoire.
Le Québec, telle une débutante qu’on introduit en société, pourrait faire ses premiers pas sur la scène géopolitique en faisant renaître la souveraineté-association de ses cendres. Cette fois-ci, la Belle du Nord aurait sans doute plus d’un prétendant.











