Tarifs: «les Mexicains sont inquiets mais pas apeurés»

Le commerçant Francisco Celis à Oaxaca de Juárez au Mexique, le 4 mars 2025. Photo: Jérôme Blanchet-Gravel pour Libre Média.

Mardi le 4 mars 2025, à 16:40

Alors que l’administration Trump impose des tarifs de 25% sur les exportations mexicaines, le Mexique réagit avec calme et pragmatisme. Le reportage de Jérôme Blanchet-Gravel à Oaxaca de Juárez. 

 

Loin de céder à la panique, les Mexicains observent cette nouvelle épreuve avec la résilience forgée par leur histoire. C’est du moins ce que nous raconte Francisco Celis, propriétaire depuis plus de 20 ans d’un kiosque à journaux au cœur de Oaxaca, ville enracinée et fière de 700 000 habitants. 

 

«Les Mexicains sont inquiets mais pas apeurés», précise-t-il d’emblée.

 

Le Mexique trop dépendant des États-Unis

 

Les nouvelles taxes américaines mettent en lumière la dépendance du Mexique envers son puissant voisin. Selon ce témoin privilégié de l’opinion locale, la fragilité économique du pays est un problème de fond, que cette crise ne fait que souligner.

 

«Depuis l’Accord de libre-échange nord-américain, la situation s’est améliorée ici, mais notre économie reste plutôt stagnante», observe celui qui est aussi président de l'Union des vendeurs et dépositaires de journaux, livres et magazines de l'État de Oaxaca.

 

L'homme regrette que Mexico ne se soit pas assez préparé à une telle confrontation commerciale avec Washington: «Nous avons trop compté sur les États-Unis. Aujourd’hui, il faut envisager d’autres solutions».

 

 

Le kiosque Cómics San Francisco Oaxaca à Oaxaca. Photo: JBG pour Libre Média.

 

 

«Si les Américains ne veulent plus acheter nos produits, d’autres pays le feront», croit Francisco Celis, qui persiste à voir dans cette situation une opportunité. «Nous pouvons nous tourner davantage vers la Chine, l’Europe, l’Amérique du Sud. Il y a toujours d’autres marchés pour nous diversifier».

 

«Nous avons traversé pire»

 

Pour son propre commerce, les répercussions restent limitées: «Heureusement pour moi, les publications et livres que je vends, comme les mangas et les bandes dessinées, viennent surtout d’Espagne», explique-t-il.

 

Le commerçant évoque la grande capacité de résilience des Mexicains, un peuple encore gravement éprouvé par le narcotrafic et les milliers de disparitions

 

«Ce n’est pas la première fois que nous traversons une période difficile», rappelle-t-il en évoquant la Révolution mexicaine, l’invasion américaine de 1846-1848 et les crises économiques du XXe siècle. «Le Mexique a toujours su s’adapter. Nous avons traversé pire», assure-t-il.

 

Le sang-froid de Claudia Sheinbaum

 

«Il faut avoir du cran, de la sérénité et de la patience», a déclaré la présidente Claudia Sheinbaum, ce 3 mars, en réaction à l’annonce du 47e président américain.

 

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Claudia Sheinbaum a adopté une posture rationnelle et prudente face à cette escalade commerciale. «Elle agit avec sang-froid, sans céder à la pression ou à la nervosité. Contrairement à d’autres leaders, elle ne s’emporte pas, elle calcule chaque pas», analyse notre interviewé. «Se précipiter vers un affrontement frontal avec les États-Unis ne nous servirait pas».

 

Raison et pragmatisme plutôt que vengeance

 

Cette retenue contraste avec l’attitude des dirigeants canadiens qui semblent privilégier des réponses plus impulsives, voire émotives. «Regardez ailleurs dans le monde: face à Trump, beaucoup réagissent sous le coup de la colère, sans penser aux conséquences. Sheinbaum, elle, pense à l’économie avant tout».

 

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Au Canada, plusieurs en appellent toujours au boycott des produits américains, une stratégie dont n’avait pas encore eu vent Francisco Celis. «Le commerce, c’est d’abord du pragmatisme. Pour ma part, et peut-être contrairement à Trump, je préfère ne pas mélanger affaires et politique», conclut-il.