Boycott: l’étalement de vertu ne sert pas les intérêts du Québec

Un message appelant au boycott d'un vin américain dans un succursale de la SAQ à Montréal, le 3 février 2025. Photo: Andrei IVANOV pour l’AFP.

Dimanche le 9 février 2025, à 13:43

Le Québec s’adonne à une vague de boycotts qui relèvent moins d'une stratégie réfléchie que d’une démonstration de vertu ostentatoire. Jusqu’où ira cette surenchère morale? Virginie Dostie-Toupin pose la question.

 

L’arrivée au pouvoir de Trump a ravivé le cliché qui veut qu’une semaine soit une éternité en politique. 

 

Depuis le 20 janvier, le sol se dérobe quotidiennement sous les pieds de la communauté internationale. Et, pour une rare fois, nous n’échappons pas aux turbulences. 

 

Guerre commerciale, guerre de mots

 

Un vent martial souffle sur le Québec. Le vocabulaire belliqueux envahit les grands titres comme il s’immisce dans le discours politique. Les cris de ralliement et les formules chocs s’enchaînent. «Nous sommes tous au front». 

 

Même en sursis, la guerre tarifaire continue de provoquer l’ire d’une forte majorité de Québécois, qui, pour apaiser leur sentiment d’impuissance grandissant, foncent tête baissée vers le boycottage. 

 

Évidemment, personne ne devrait s’opposer à cette vague d’achat local qui, a priori, encourage nos entreprises comme elle améliore notre balance commerciale. 

 

Qui plus est, n’oublions pas que la pandémie a révélé certaines failles du libre-échange et l’importance corollaire de cultiver l’autonomie dans certains secteurs stratégiques. 

 

Bémols importants

 

Cela dit, plusieurs bémols s’imposent en ce qui a trait à l’opération boycottage. 

 

D’une part, gardons-nous de renier les avantages du commerce international. Évitons également de minimiser les contrecoups potentiels d'un boycottage à l'heure où nos économies sont si intriquées qu’il s’avère ardu de ne pas scier la branche sur laquelle nous sommes assis. 

 

 

La procession vertueuse va bon train, mais cette course à la pureté publique ne fait pas que du bien.

 

 

La question se pose: avons-nous les moyens de nous enfermer dans un protectionnisme maladroit qui risquerait de nous affaiblir plus qu’il ne nous grandit?

 

Vertu ostentatoire

 

D’autre part, ne rejouons pas dans le mauvais film du combo signalement de vertu/culpabilisation. Depuis quelques jours sur les réseaux sociaux, on ne compte plus les statuts d’autocongratulation du type «J’ai annulé ma commande, mon voyage, mon abonnement». 

 

En parallèle, le versant shaming prend discrètement du galon: regards accusateurs à l’innocent qui sirote son jus d’orange, remarques peu subtiles sur la marque de ketchup d’une hôte malavisée, stigmatisation décomplexée des familles qui souhaitent maintenir les voyages scolaires, excuses malaisées des propriétaires de Tesla qui précisent, par voie d’autocollants, avoir acheté leur voiture «avant qu’Elon ne devienne psychopathe».

 

La procession vertueuse va bon train, mais cette course à la pureté publique ne fait pas que du bien. Gardons à l’esprit que, quand chaque sou compte, il est moins évident d’embrasser sans sourciller les grands élans de vertu collectifs.

 

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Soyons clairs: l’envie de bomber le torse face aux menaces se comprend. Mais à trop vouloir répliquer, on oublie parfois de stratégiser. On singe les tactiques d’un adversaire qui, lui, joue pour gagner. Trump l’a mentionné: «Canada wants to play the game, I don’t mind playing the game.» 

 

Ainsi, plutôt que de jouer les figurants dans son jeu, n’aurions-nous pas intérêt à jouer notre propre jeu?

 

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Car quoi qu’on pense de Trump, il incarne un éthos de prospérité et d’élan techno-artistique renouvelé pour son pays. Avons-nous au Québec cette même ambition pour nous-mêmes? 

 

Avons-nous l’audace de créer de la richesse et de nouveaux partenariats, d’augmenter et diversifier notre puissance énergétique, de déréglementer intelligemment ou de nous attaquer courageusement à notre déficit? 

 

Est-ce que notre ralliement prioritaire ne devrait pas être la lutte contre notre relative pauvreté qui, pour paraphraser Miron, «luit comme des fers à nos chevilles»?

 

Incarner plutôt que signaler la vertu

 

Incarnons la vertu plutôt que de nous contenter de la signaler. Pour ce faire, le plus discret des décrets présidentiels, celui qui réhabilite la beauté civique, pourrait nous inspirer. 

 

Le Québec s’apprête à entreprendre un immense chantier de construction et de réfection de ses infrastructures.

 

Pourquoi ne pas en profiter pour transcender la simple réparation et bâtir un avenir qui, au-delà de la prospérité, s’inscrive dans la durée et la beauté? Plutôt que de nous satisfaire du symbole, osons les gestes qui élèvent.