Anne-Laure Bonnel: «il est interdit d’évoquer le mot paix»

Près de Donetsk, Anne-Laure Bonnel tient une «mine-feuille», un engin explosif utilisé par les forces ukrainiennes contre les Russes, mais responsable de plusieurs amputations de civils dans le Donbass. Photo: Anne-Laure Bonnel/Libre Média.

Samedi le 21 janvier 2023, à 11:00

Dans une entrevue accordée à Jérôme Blanchet-Gravel, la reporter Anne-Laure Bonnel revient sur les derniers développements en Ukraine et dénonce les va-t-en-guerre des deux côtés incapables «d’évoquer le mot paix».

 

«C’est pas l’Ukraine qui décide, c’est Washington», tonne notre correspondante Anne-Laure Bonnel dans une entrevue en direct accordée à notre rédacteur en chef, à visionner sur YouTube.

 

La documentariste et reporter déplore le fait que l’Ukraine paye le prix de cette nouvelle guerre froide – ou plutôt de la continuation de la guerre froide , dans un contexte où les États-Unis et la Russie cherchent tous deux à freiner leur déclin.

 

Elle explique que «l’Ukraine est un facteur de déstabilisation» pour les États-Unis, Washington s’étant servi de ce pays tampon «pour compliquer les liens entre la Russie et les pays européens».

 

Troublant aveu

 

En décembre dernier, l’ex-chancelière allemande Angela Merkel et l’ex-président français François Hollande ont admis que les accords de Minsk n’avaient pas nécessairement vocation à être respectés à long terme.

 

Ratifié en 2014, le protocole de Minsk devait favoriser le dialogue en décrétant un cessez-le-feu dans la région du Donbass, principale source de tensions entre Kiev et Moscou. Les accords n’ont jamais été appliqué par les deux camps.

 

 «Les accords de Minsk ont arrêté l'offensive russe pour un temps. Ce qui était important était de savoir comment l'Occident utiliserait ce répit pour prévenir toute tentative russe ultérieure», a laissé tomber Hollande dans un entretien au journal allemand Die Zeit.

 

Notre correspondante est scandalisée par cet aveu. Elle estime que les puissances émergentes y voient la preuve du peu de fiabilité de la parole de l’Occident.

 

«Comment la communauté internationale va se mettre d’accord? Sur quoi va reposer la confiance?», demande-t-elle. «Le reste du monde est choqué par les déclarations de Hollande et Merkel».

 

Brouillard médiatique

 

La journaliste rappelle qu’il est difficile d’obtenir des informations justes sur l’évolution du conflit, à la fois en Occident et en Orient.

 

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«Il n’y a pas d’écroulement de l’armée russe. […] Les Russes avancent lentement, mais ils avancent», a-t-elle constaté en novembre dernier durant son dernier séjour dans le Donbass.

 

La paix n’est pas pour demain  

 

Comme Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations unies, elle craint que le conflit ne s’éternise, surtout qu’il est bien plus facile de démarrer une guerre que d’en sortir.

 

Partout dans le monde, la poursuite de cette guerre pourrait maintenir l’inflation à des niveaux élevés et dans certains pays moins riches, créer un climat propice à des famines.

 

Chaque mois, le conflit fait 10 000 morts de chaque côté depuis l’offensive russe déclenchée fin février 2022. En tout et pour tout, le conflit aurait déjà fait quelque 200 000 disparus.

 

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«C’est un carnage qu’on n’avait pas vu depuis la Seconde Guerre mondiale. […] Il est urgent de mettre tout le monde autour de la table», alerte Anne-Laure Bonnel, qui appelle les internautes à se mobiliser en faveur d’un cessez-le-feu. En Occident, «il est interdit d’évoquer le mot paix. Et ça vient principalement de la gauche».