Univers numérique: les nouveaux champs de bataille de l’éducation

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Mercredi le 22 mai 2024, à 10:50

Pour l’enseignante Anne-Emmanuelle Lejeune, l’interdiction stricte des téléphones mobiles en classe sans offrir d’alternatives éducatives risque de créer une génération de jeunes dépourvue de sens critique et de créativité.

 

L’idée d’interdire les téléphones portables dans les écoles et de restreindre l’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 16 ans suscite un débat passionné. 

 

Interdire ou éduquer?

 

D’un côté, des voix comme celle des jeunes du parti majoritaire du Québec à savoir la CAQ et de Gabriel Attal, Premier ministre français, parlent d’une «catastrophe sanitaire et éducative en puissance». De l’autre, il y a ceux qui, comme moi, croient fermement en une approche éducative et responsabilisante de l’usage numérique.

 

L’interdiction est-elle vraiment la meilleure solution? Ne vaudrait-il pas mieux éduquer nos jeunes à utiliser ces outils de manière responsable et intellectuellement enrichissante?

 

Cette diminution du temps d’écran n’est-elle pas hypocrite lorsque l’on sait que moult jeunes au Québec ont une télévision dans leur chambre et que la télévision familiale est ouverte dès le réveil de la maisonnée dans la plupart des foyers d’Amérique du Nord?

 

Une expérience personnelle

 

En tant que professeur de français, j’ai pu observer à maintes reprises les avantages d’une utilisation pédagogique des réseaux sociaux.

 

Mon expérience avec un compte Facebook professionnel a été révélatrice: il a fédéré mes élèves, leurs parents, la communauté éducative et moi-même dans une dynamique de confiance, de visibilité, de fiabilité et de synergie. 

 

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Ce canal de communication m’a permis de rappeler les devoirs et leçons, d’inclure ma liste de livres pour une 4e secondaire, de publier les meilleurs travaux de mes élèves, d’inviter des auteurs renommés à interagir avec mes classes, enrichissant ainsi le curriculum avec des échanges intellectuels de haut niveau.

 

Les jeunes générations doivent apprendre à naviguer dans un monde numérique en perpétuelle évolution. Plutôt que de voir les réseaux sociaux uniquement comme une distraction ou une menace, nous devrions les intégrer dans notre pédagogie de manière constructive.

 

N’en déplaise aux partisans de l’interdiction totale, la vie réelle n’est pas un espace sécurisé, mais un terrain d’apprentissage par l’expérimentation. 

 

La liberté par l’éducation, un legs démocratique

 

L’histoire nous offre de précieux enseignements. Prenons l’exemple de Sparte et d’Athènes, deux cités-États de la Grèce antique aux philosophies éducatives diamétralement opposées. Sparte, avec son éducation rigide et étatique, a produit des soldats disciplinés, mais peu de penseurs reconnus.

 

À l’inverse, Athènes, qui valorisait l’éducation comme une responsabilité familiale et une ouverture intellectuelle, a donné naissance à des figures emblématiques telles que Socrate, Platon, et Aristote.

 

Athènes est souvent considérée comme le berceau de la démocratie, un système qui repose sur la liberté d’expression et la diversité des idées. Cette liberté est cruciale pour le développement intellectuel et personnel des jeunes. 

 

L’approche athénienne de l’éducation, axée sur la pensée critique et la responsabilité individuelle, est celle qui doit perdurer. 

 

Une vision spartiate de l’éducation

 

En imposant des interdictions strictes sans offrir d’alternatives éducatives, nous risquons de créer une génération de jeunes dépourvue de sens critique et de créativité.

 

La suppression des téléphones, interdiction qui finirait par être imposée aux enseignants au nom de l’exemplarité, et des réseaux sociaux dans les écoles pourrait jeter un voile opaque sur ce qui se passe dans nos écoles ainsi qu’entraîner une diminution de la culture générale et des compétences numériques, essentielles dans notre société contemporaine.

 

La médiocre maîtrise de la langue française parmi les élèves n’est pas le résultat de l’utilisation des smartphones ou des réseaux sociaux, mais plutôt d’un abandon progressif d’un enseignement structuré et logique. 

 

Ajoutez à ce constat la novlangue scolaire qui fait de la réussite un synonyme de l’apprentissage qu’aucun dictionnaire ne fait, le tripotage des notes au nom des taux de réussite, l’entrée dans nos rangs de profs non légalement qualifiés ou formés à rabais en 10 mois. 

 

Les réformes éducatives doivent se concentrer sur le renforcement des compétences linguistiques et intellectuelles, pas sur des interdictions aveugles. 

 

L’échec fait partie de la vie: une école qui le bannit n’outille pas les jeunes à la vraie vie. Ceux qui ont réussi le savent! L’échec a été leur tremplin vers la réussite non pas magique, mais centrée sur l’effort et le travail.

 

Les enseignants, guides dans le monde numérique

 

Les enseignants doivent être des guides dans ce nouvel environnement numérique, montrant aux élèves comment utiliser ces outils pour enrichir leur savoir et développer leur esprit critique.  «Rien n’est trop difficile pour la jeunesse», a dit Socrate.

 

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Un retour à une éducation de qualité, inspirée des principes athéniens de liberté et de responsabilité, est essentiel.

 

Les jeunes doivent être encouragés à explorer, à débattre et à apprendre de leurs erreurs. C’est ainsi que la démocratie, dans son sens le plus noble, peut être préservée et renforcée. 

 

Une ouverture vers l’avenir

 

Au lieu d’interdire, éduquons. Laissons nos jeunes expérimenter et apprendre dans un cadre ouvert, mais sous la supervision des adultes.

 

C’est en intégrant les outils numériques dans notre enseignement que nous préparerons une génération capable de relever les défis de demain, tout en préservant les valeurs fondamentales de notre démocratie.

 

En fin de compte, la véritable sécurité réside dans la liberté. Une liberté bien encadrée, certes, mais une liberté d’explorer, de débattre et de grandir. C’est ainsi que nous rendrons justice à l’héritage d’Athènes, et non en imposant des interdictions à la manière spartiate. 

 

Une question aux jeunes de la CAQ

 

Pourraient-ils se pencher sur l’étymologie grecque de la démocratie que leurs mentors caquistes ont endommagée au sein de nos écoles avec leurs lois 40 et 23 pour lui redonner son acception athénienne? Ou faut-il conclure que la vision de l’éducation de la CAQ est spartiate?