Pour notre chroniqueur André Valiquette, les recteurs des universités ne souhaitent pas vraiment lutter contre la censure. Quand ils n’adhèrent pas eux aussi au petit catéchisme à la mode, ils n’ont pas de leviers pour renverser la tendance.
La nouvelle ministre de l’Enseignement supérieur, Pascale Déry, a rappelé ces derniers jours aux recteurs des universités de prioriser la recherche et de ne pas céder à la censure.
Tout cela risque de mal finir. Le gouvernement est en train de se faire rouler dans la farine.
Les recteurs ne souhaitent pas lutter contre la censure. Ils considèrent qu’ils n’ont pas le rapport de force ou, simplement, ils sont plus ou moins d’accord avec ce que disent les radicaux de diverses couleurs. Bref, ils font souvent partie du problème.
La loi 32 prévoit que chaque université doit créer un comité pour superviser l’application de la liberté d’expression, examiner les plaintes et faire des recommandations.
Bien que la loi 32 aille dans la bonne direction, elle est clairement insuffisante.
Le dernier congrès du Parti conservateur du Québec a pris position dans ce sens et Joseph Facal reprend de bons arguments dans cette chronique parue samedi dans le Journal de Montréal.
Pas de solution magique
Cette loi est impuissante à résoudre le problème auquel elle dit s’attaquer. Avant de formuler une autre façon d’aborder le problème de la censure en milieu universitaire, regardons la situation de plus près.
J’ai travaillé près de trente ans dans le monde du journalisme et des relations publiques, principalement à l’Université du Québec à Montréal. J’ai été chargé longtemps de la rédaction des discours et j’ai eu accès à la haute direction ainsi qu’à des études sur différents problèmes que vivent plusieurs universités.
Fort de cette expérience, je peux affirmer que la loi 32 dénote une méconnaissance du fonctionnement du petit monde universitaire et sous-estime le mal qui le ronge.
Beaucoup d’universités – et pas seulement les facultés de sciences sociales – sont aux prises avec des professeurs et des administrateurs qui sont passés tout doucement du marxisme au wokisme.
Autocensure et exclusion
La Commission Cloutier a établi en 2021 que la majorité des professeurs au Québec s’autocensure plus ou moins régulièrement en évitant, par exemple, d’utiliser certains mots ou d’aborder certains sujets. Les attaques subies par la professeure Verushka Lieutenant-Duval à l’Université d’Ottawa en étant une des illustrations.
Le wokisme, le marxisme et l’écologie radicale font régner un climat de peur, car le système a ses méthodes pour organiser l’assassinat symbolique et la mise à l’écart des dissidents ou de ceux qui semblent dévier de la doxa bien-pensante du mois.
L’Université est le champ de bataille d’une guerre culturelle qui a débuté il y a une vingtaine d’années aux États-Unis.
C’est à l’université que sont conceptualisés les justificatifs, les éléments de langage et la rhétorique qui seront déployés dans la société civile et les médias pour soutenir l’idéologie d’une gauche extrémiste en matière d’économie, d’environnement, de droit, de relations communautaires, de relations homme-femme et surtout dans le commentariat politique.
Dans plusieurs facultés qui forment les journalistes, pratiquement tous les professeurs sont de gauche ou d’extrême gauche. Des collaborations et des stages foisonnent avec Radio-Canada et les autres médias mainstream.
C’est ainsi que l’on fabrique l’opinion publique.
Comme le soulignait Mathieu Bock-Côté dans son récent livre La révolution racialiste, ce ne sera pas facile de faire bouger le paquebot. La sécurité d’emploi des professeurs et les règles d’embauche par les pairs favorisent l’endogamie. Le système est organisé pour se perpétuer.
Est-ce dire qu’il n’y a rien à faire? Pas du tout. Au contraire, le moment est arrivé de brasser cette cage. L’autonomie des universités doit être respectée, mais elle ne doit pas être un prétexte à l’inaction devant des atteintes répétées à la liberté d’expression.
Avant de proposer une solution, examinons rapidement ce qui cloche dans la loi 32 du gouvernement Legault.
La loi 32 n’est pas réaliste
Cette loi prétend garantir la liberté d’expression dans les universités, mais on en confie l’application à des comités de surveillance bidon qui n’auront aucun pouvoir de sanction.
Ces comités-conseils doivent agir à l’intérieur d’un cadre interprétatif: y a-t-il bien eu atteinte à la liberté d’expression? Les membres de ces comités auront de la difficulté à trancher entre la multitude de témoins et d’appuis rassemblés par des professeurs n’ayant pas la langue dans leur poche face à une victime expiatoire déjà mise à terre par une campagne de dénigrement.
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La réalité, c’est que ces comités seront composés de gens qui auront les mains liées par des fils qui les ramènent tous à leur carrière dans le monde académique et aux subventions de recherche dont ils dépendent.
Un recteur me disait à l’UQAM que lui et ses collègues des autres universités ne feraient jamais rien pour discipliner les gauchistes et que c’était au gouvernement de le faire. Les rapports de force sont complexes au sein d’une université, les contrepoids sont nombreux. On achète la paix en douce et au détriment du bien commun.
Et puis le courage d’un Jordan Peterson est chose rare: nous ne sommes pas tous prêts à remettre notre carrière en question pour défendre nos convictions. Le résultat prévisible, c’est que peu de plaintes se rendront à ces comités.
Les recteurs, en bons tartuffes, plaident en public pour l’autonomie universitaire. En sachant qu’ils ne peuvent régler le problème seuls. Un autre paravent de l’immobilisme.
La loi 32 n’est pas réaliste, mais le gouvernement fait semblant qu’elle l’est. Après moi le déluge.
Un premier pas: renforcer la démocratie étudiante
Un levier pour rétablir la liberté d’expression, c’est d’affronter le problème là où il est le plus criant. Les menaces à la liberté d’expression ne viennent pas seulement de professeurs ou d’administrateurs woke ou marxistes de différentes teintes, mais d’associations étudiantes dominées par des extrémistes.
Ces associations vivent de fonds publics et de cotisations prélevées à la source lors des inscriptions étudiantes.
Ces associations étudiantes disposent de millions de dollars pour subventionner différentes causes toutes plus folles les unes que les autres, en deep ecology, luttes internationales ou wokisme le plus débridé. Tout en bâillonnant les débats ou les conférenciers qui ne leur plaisent pas. Ce sont elles qui mettent régulièrement les étudiants en grève illégale et qui les privent d’un parcours académique normal.
Il faut couper les vivres à ces militants radicaux qui devraient utiliser leurs talents d’influenceurs ailleurs.
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C’est par ce bout-là que l’on pourrait amorcer un changement et promouvoir une véritable liberté d’expression au sein de nos universités. Comment exercer un contrôle public adéquat sur tous ces fonds? La solution passe par le renforcement de la démocratie étudiante.
Il faudrait permettre le versement des cotisations étudiantes à une association étudiante dite «représentative» à la condition expresse que les responsables de l’association en question soient élus par vote secret et par internet par les étudiants de la faculté concernée.
Ce type de vote permettrait à tous les étudiants de s’exprimer sans pressions et permettrait de mettre un terme aux votes tenus à minuit au milieu de la semaine.
Dans une université comme l’UQAM, 50 % des étudiants sont inscrits à temps partiel; ils ont des familles et n’ont pas le temps de venir discuter avec des gauchistes dans des assemblées interminables.
La grande majorité des étudiants serait soulagée d’un tel changement. Une partie des professeurs et des recteurs aussi.













