Les auteurs sont respectivement professeur retraité et ex-doyen de l’Université Laval ainsi que professeur titulaire de l’Université Laval.
La censure sévit de plus en plus dans les universités québécoises. Toute contestation du conformisme idéologique ambiant y est sévèrement châtiée.
Après deux ans de mesures d’urgence extrêmes imposées lors de la crise covidienne, le sanitarisme y fait également des ravages en condamnant toute position qui remet en cause le discours prophylactique officiel.
Les professeurs Patrick Provost et Nicolas Derome l’ont appris à leurs dépens.
Patrick Provost victime de l’érosion de la liberté académique
Le biochimiste Patrick Provost a publié le 22 juin un article intitulé «Le véritable portrait de la Covid-19». Quelques jours plus tard, le 24 juin, Québecor retirait le texte du site de TVA Nouvelles ainsi que du Journal de Montréal et du Journal de Québec.
Dans son article, le professeur brossait un tableau critique de la gestion de la Covid-19 au Québec et soulignait, sur la base des données officielles, que les mesures sévères décrétées par le gouvernement (vaccination massive, couvre-feu, passeport vaccinal…) étaient disproportionnées.
Il y soutenait qu’elles étaient plus politiques que scientifiques et qu’elles s’avéraient socialement dommageables. Comme plusieurs autres spécialistes, il constatait que le taux de mortalité chez les jeunes était relativement bas et que les personnes les plus à risque étaient majoritairement les personnes âgées atteintes de comorbidité.
Patrick Provost est un scientifique reconnu qui peut être considéré sans conteste comme un expert dans son domaine.
Professeur titulaire au Département de microbiologie, d’infectiologie et d’immunologie de la Faculté de médecine de l’Université Laval, il dirige depuis une vingtaine d’années un laboratoire de recherche sur la biologie des ARN et il a publié un grand nombre d’articles dans des revues scientifiques.
Professeur titulaire au Département de microbiologie, d’infectiologie et d’immunologie de la Faculté de médecine de l’Université Laval, il dirige depuis une vingtaine d’années un laboratoire de recherche sur la biologie des ARN et il a publié un grand nombre d’articles dans des revues scientifiques.
En censurant le professeur Provost, Québecor a sciemment nui au débat en empêchant la population de connaître un point de vue différent sur la crise sanitaire afin d’éclairer sa réflexion.
Ce genre de contrôle de l’information pratiqué par un conglomérat de médias de masse aussi puissant que Québecor est inquiétant pour la santé de la démocratie au Québec, car il nous rapproche des régimes dictatoriaux qui n’ont aucun scrupule à orienter et à restreindre l’information.
Un deuxième universitaire sanctionné
À la suite d’une plainte déposée en janvier par un professeur de la Faculté de médecine qui reprochait à son collègue de remettre en cause l’utilité de l’administration d’un vaccin ARN-messager contre la Covid-19 à l’ensemble des enfants de 5 à 11 ans, les autorités de l’Université Laval ont suspendu le 13 juin dernier pour huit semaines sans salaire le professeur Provost en l’accusant d’avoir manqué de rigueur, d’avoir fait preuve de partialité et d’avoir induit la population en erreur par ses propos sur la vaccination des enfants lors d’une conférence qu’il a prononcée en décembre 2021.
Pour les mêmes raisons, un autre professeur de l’Université Laval, le biologiste Nicolas Derome de la Faculté des sciences et génie, a été aussi l’objet d’une suspension de huit semaines sans salaire pour avoir soulevé publiquement à l’automne dernier de sérieux doutes sur les avantages de la vaccination contre la Covid-19 pour les enfants.
Le professeur Derome est détenteur d’un doctorat en génétique des populations de l’Université Pierre et Marie Curie de Paris. De plus, il mène des recherches sur les interactions hôte-microbiotes-agents pathogènes afin de développer des stratégies de contrôle sanitaire d’agents pathogènes devenus résistants aux antibiotiques.
Un conformisme étouffant et contraire à la science
Ces deux professeurs ont été sanctionnés parce qu’ils ont émis des avis qui s’opposent au discours sanitariste officiel. On peut déplorer que des journalistes favorisent les points de vue dominants qui sont en phase avec les positions de l’État québécois.
Mais qu’une université censure et punisse des professeurs pour leurs idées est encore plus grave. Cela signifie que l’Université Laval n’accepte pas que leurs professeurs puissent exprimer des opinions divergentes, ce qui est pourtant nécessaire au développement des savoirs scientifiques.
Les administrateurs de l’Université Laval reprochent entre autres aux professeurs Provost et Derome de s’écarter d’un discours scientifique convenu sur l’efficacité des vaccins contre la Covid-19 et sur la nécessité de vacciner l’ensemble de la population.
Pourtant, de nombreux scientifiques se sont distanciés des autorités de la santé publique et ont émis des réserves similaires à propos des décisions sanitaires prises depuis le début de la pandémie.
Le développement des savoirs scientifiques, depuis René Descartes, est fondé sur le doute méthodique et sur l’obligation de toujours remettre en question les connaissances acquises.
Dans le milieu scientifique, toutes les positions, même les plus insolites, doivent être considérées, parce qu’elles permettent de mieux appréhender la complexité de la réalité. Rien n’est fixé pour l’éternité dans le monde scientifique. Ce qui peut sembler impensable aujourd’hui peut devenir révolutionnaire demain.
L’Université Laval contre sa mission fondamentale
La direction de l’Université Laval a erré en condamnant deux de ses professeurs, ce qui est d’autant plus regrettable qu’elle ne respecte pas sa propre politique sur la liberté universitaire.
En effet, l’Université Laval s’est donné l’année dernière une nouvelle politique sur les libertés universitaires visant à protéger les activités de ses professeurs.
En punissant les professeurs Provost et Derome pour leurs idées relatives à la gestion de la pandémie de Covid-19, la direction de l’Université Laval a donc outrepassé ses propres règles.
Cette dernière n’ignore sans doute pas que la liberté universitaire constitue un des piliers de l’activité scientifique des professeurs. Il est essentiel pour les professeurs qu’ils puissent travailler librement sans risquer d’être l’objet de représailles de la part de leur institution, même s’ils s’éloignent des théories dominantes du moment.
Les libertés de pensée et d’expression sont consubstantielles de l’esprit scientifique.
À l’évidence, l’Université Laval a sanctionné les professeurs Provost et Derome non pas au nom du savoir scientifique, mais bien plus pour préserver sa réputation aux yeux de ses bailleurs de fonds, les gouvernements fédéral et provincial qui se montrent très ombrageux face à toute critique de leur gestion de la crise covidienne.
Devant cet abus de pouvoir, devant cet autoritarisme arbitraire, devant cette atteinte grave à la liberté universitaire, nous exhortons tous et toutes nos collègues de la communauté universitaire du Québec comme du reste du Canada à dénoncer avec la plus grande vigueur la honteuse décision de la direction de l’Université Laval, ainsi qu’à l’inciter à lever ses injustes sanctions et à faire amende honorable.













