Selon la citoyenne engagée Virginie Dostie-Toupin, la fascination des Québécois pour la politique américaine détourne leur attention des enjeux locaux sur lesquels ils ont vraiment du pouvoir.
Depuis l’amorce de la campagne présidentielle américaine, une phrase résonne en boucle dans mon esprit comme un mantra: «gère ta fougère».
Vous vous souviendrez sans doute de cette expression consacrée par la ministre Guilbault pendant la controverse sur le financement du transport collectif. La formule provenait d’un album pour enfants qui mise sur l’humour pour rappeler aux tout-petits que les interactions sociales s’avèrent nettement plus harmonieuses lorsque chacun se mêle gentiment de ses affaires.
Ironiquement, cette injonction résume bien le sentiment d’une poignée de Québécois, dont je suis, qui, maintenant que la poussière retombe lentement sur cette élection, s’inquiètent de l’américanisation pathétique de nos cœurs et de nos esprits.
Américanisme de façade
En effet, les lendemains de ce scrutin historique révèlent au grand jour l’emprise insidieuse de l’américanisme qui règne dans la belle province. Et pourtant, cet américanisme n’est en fait qu’un trompe-l’œil, une façade.
Bien que nous soyons obnubilés par ce qui se déroule aux USA, notre compréhension réelle des dynamiques qui s’y jouent demeure curieusement des plus limitées.
Le fait que la victoire retentissante du 5 novembre déconcerte et laisse perplexe un immense pan de la population du Québec en témoigne.
Depuis le début de la campagne, les articles sur d’autres sujets que l’élection américaine se réduisent comme peau de chagrin dans les médias d’héritage. Exception faite d’une poignée de commentateurs, la grande majorité des analystes errent la plupart du temps.
Le sujet est sur toutes les lèvres et néanmoins, bien peu visent juste. Sur les réseaux sociaux, les témoignages de tout un chacun, d’ordinaire coi sur une pléthore d’enjeux préoccupants bien de chez nous, se multiplient.
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Les professeurs profitent allègrement de leurs tribunes pour admonester leur public captif constitué de jeunes plus au fait (superficiellement du moins) de ce qui se passe chez Oncle Sam qu’au coin de leur rue.
Jamais des lendemains d’élections locales ne suscitent un tel engouement.
Certes, il s’avère normal et logique que notre nation limitrophe s’intéresse dans une certaine mesure à ce qui se trame au cœur de l’Empire américain, même si nous n’y avons pas voix au chapitre.
Les États-Unis, ce monstre contagieux
Après tout, les États-Unis trônent à l’épicentre culturel du monde. Ils influencent ainsi l’ensemble de la périphérie qui en est tributaire et en subit malgré elle les conséquences, pour le meilleur et pour le pire.
L’exportation des ramifications du wokisme qui se sont répandues comme une traînée de poudre en Occident en atteste.
Bien sûr, l’importance d’une nation se mesure à l’aune de sa puissance. Dès lors, notre situation géopolitique nous contraint à entretenir de bonnes relations avec notre voisin du Sud, qui constitue de surcroît un partenaire commercial de premier plan.
Nous devons anticiper les impacts que revêtiront les choix politiques américains ici et jouer habilement nos cartes diplomatiques.
Plusieurs membres de notre classe politique semblent d’ailleurs déterminés à entrer en mode proactif plutôt qu’à se morfondre et se languir inutilement. Il faut s’en réjouir. Mais ne nous leurrons pas. Notre relation avec les États-Unis est loin de représenter un rapport de forces égal. Notre pouvoir d’influence dans cette sphère s’avère donc des plus limité.
Pouvoir local
En revanche, nous avons le champ libre pour agir sur une myriade de dossiers qui nous concernent directement. C’est pourquoi une question pressante m’habite au sortir de cette interminable campagne.
Et si nous gérions notre fougère au lieu de nous faire un sang d’encre obsessif avec des enjeux de politique interne américaine sur lesquels nous n’avons aucune prise?
D’autant plus que notre fougère montre des signes de dépérissement que nous ne pouvons tout simplement pas ignorer.
Éducation, pénurie de main-d’œuvre, déclin du français, transition énergétique, itinérance, crise du logement, santé, environnement. Visiblement, jeunes et moins jeunes qui se cherchent un cheval de bataille ont l’embarras du choix.











