Artificiellement gonflé par des bureaucrates déconnectés et privilégiés, le prix de l’essence au Québec nuit au bien-être des familles. Un texte d'opinion de Nicolas Gagnon, directeur à la Fédération canadienne des contribuables.
Avec la hausse du prix des carburants, il est facile de comprendre pourquoi les automobilistes québécois se sentent abandonnés.
Le gouvernement Legault a refusé de réduire les taxes sur l'essence à chaque occasion, alors que les prix à la pompe ont rarement été aussi élevés.
Avec près de cinq taxes sur l'essence entrant dans leur voiture, les Québécois sont parmi les plus taxés à la pompe au pays et, de facto, paient des prix parmi les plus élevés.
Pour chaque litre d'essence, près de 61 cents sont des taxes. Et c'est encore pire à Montréal, où six taxes en font la troisième ville la plus chère du Canada.
Les gouvernements pires que les pétrolières
Les compagnies pétrolières et les stations-service sont certainement un facteur et on peut les blâmer. Mais que se passerait-il si une station-service réduisait ses prix?
Chaque semaine, la Régie de l'énergie du gouvernement provincial fixe arbitrairement un prix minimum en dessous duquel le gaz ne peut être vendu.
Si une station-service s'estime lésée par une autre station proposant des prix trop bas, elle peut la mettre en demeure d'augmenter ses prix.
-Nicolas Gagnon, directeur à la Fédération canadienne des contribuables
C'est ce qu'on appelle officiellement le «prix minimum de la rampe». Au lieu de laisser les raffineurs fixer leurs prix en fonction des coûts réels, le gouvernement - par l'intermédiaire des bureaucrates de la Régie de l'énergie - s'efforce de déterminer les coûts de raffinage et d'acquisition de chaque baril d'essence afin de fixer un prix «équitable».
Mais empêcher les raffineurs de vendre leurs produits à des prix inférieurs n'est pas la seule préoccupation de la Régie de l'Énergie. Cette dernière calcule également ce qu'elle appelle le «prix minimum estimé» pour fixer le prix minimum auquel l'essence peut être vendue dans les stations-service du Québec.
Et que se passe-t-il lorsque les stations-service décident de vendre leur essence à un prix inférieur au prix minimum de la Régie? Elles reçoivent une mise en demeure de leur concurrent de l’autre côté de la rue..
Vous avez bien lu: si une station-service s'estime lésée par une autre station proposant des prix trop bas, elle peut la mettre en demeure d'augmenter ses prix. Si le propriétaire de la station-service en question refuse d'obtempérer, il s'expose à des poursuites de la part de ses concurrents.
Les technocrates nuisent aux familles
Bien que la plupart des gens s'accordent à dire qu'une baisse des prix à la pompe est bénéfique pour les familles et pour l'économie en général, les bureaucrates veillent à ce que cela ne se produise pas.
Le dernier rapport annuel de la Régie de l'Énergie admet ouvertement qu'en 2021-2022, plus de 547 mises en demeure ont été envoyées à des stations-service qui avaient commis le crime de ne pas vendre l'essence à un prix suffisamment élevé - un prix fixé par le gouvernement, et non par le marché
Des centaines d’occasions ratées
En d'autres termes, les automobilistes ont manqué 547 occasions d'obtenir de meilleurs prix à la pompe, parce que les stations-service se menacent les unes les autres avec des avis juridiques pour se conformer à un prix minimum fixé par le gouvernement. Pourquoi cette pratique est-elle légale?
La Régie de l'énergie affirme que le prix minimum sert à protéger les usines à essence indépendantes. Si tel était l'objectif de la Régie, elle a échoué. Selon les propres chiffres de la Régie, le marché de l'essence au Québec est de plus en plus concentré.
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Alors que les principaux distributeurs de carburant détenaient 49% du marché québécois en 2010, ils en détiennent aujourd'hui 63%. De toute évidence, le prix minimum n'a pas empêché les grands acteurs de s'emparer d'une plus grande part de marché.
En fin de compte, le prix minimum de l'essence ne fait que nuire au portefeuille des Québécois. En fixant un prix au-dessous duquel les détaillants ne peuvent pas vendre leur essence, le gouvernement protège efficacement les marges bénéficiaires des stations-service, des raffineries et des autres acteurs locaux de l'industrie pétrolière.
L'impact se répercute également sur les caisses de l'État, puisque des prix plus élevés se traduisent par une augmentation des recettes de la taxe sur les ventes.
C'est un moyen de soutenir à la fois les grandes sociétés pétrolières et le gouvernement, le tout aux dépens des Québécois.
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Les bureaucrates de la Régie de l'énergie sont moins bien équipés que les milliers de propriétaires de stations-service pour fixer les prix. Les acteurs de l'industrie connaissent leurs coûts et leurs marges et n'ont pas besoin d'une armée de bureaucrates hautement rémunérés pour leur dire comment gérer leurs affaires.
Le gouvernement Legault a refusé à plusieurs reprises de réduire les taxes provinciales sur l'essence, alors que l'Alberta, l'Ontario et Terre-Neuve-et-Labrador n'ont pas hésité à offrir un allégement fiscal à la pompe.
Si le gouvernement du Québec ne peut pas donner un coup de pouce aux automobilistes, le premier ministre peut-il au moins permettre aux stations-service d'offrir des prix plus abordables aux Québécois?













