Avec l’avènement d’un nouvel équilibre mondial marqué par la montée des BRICS, doter le Québec du statut d’État «neutre» suivant son indépendance pourrait être un atout majeur, estime le citoyen et scientifique Denis Bélanger.
Alors que le Parti québécois mène les intentions de vote présentement au Québec, le projet d’indépendance revient à l'avant-plan.
Le PQ retrouve une place importante dans le désir de changement pour plusieurs raisons, dont le style respectueux de PSPP, l’effondrement de la CAQ, la faiblesse des autres partis, et surtout l’absence de contrôle d’un gouvernement provincial.
De l’avis de bien des observateurs, les Québécois se rendent compte que la société qu’ils veulent, pour y vivre selon leurs valeurs, dont la prédominance du français, devient de plus en plus inatteignable à l'intérieur du Canada.
Pour changer de système, le PQ porte un projet d’indépendance et même un budget pour aller en ce sens.
L’objet de ce texte ne porte pas sur l’analyse de ce projet, mais bien sur un élément que l’on devrait considérer et discuter: la neutralité du Québec advenant son indépendance.
Définir la neutralité
Il existe plusieurs caractéristiques intéressantes définissant un pays «neutre» officiellement, et surtout quelques avantages incomparables et exceptionnels.
La neutralité implique la non-ingérence, le terme «neutre» venant du latin «neuter », qui signifie: «ni l’un ni l’autre». Elle s’applique dans le cas de conflits entre États, elle interdit l’octroi d’avantages militaires à ces parties en conflit, elle a un devoir d’impartialité, elle induit un droit d’inviolabilité de son territoire.
La neutralité d’un État est fondée sur le droit de la neutralité, et sur la politique de neutralité, le premier étant codifié dans les Conventions de La Haye de 1907 (cela fait partie du droit international) concernant les droits et devoirs de l’État neutre, la seconde couvrant l’ensemble des mesures prises par l’État pour préserver et promouvoir la crédibilité et l’efficacité de son statut d’État neutre.
Les concepts et variantes sont nombreux. Simplement, un État peut se déclarer neutre ponctuellement ou à titre permanent, cette neutralité pouvant être obtenue par un traité (comme la Suisse en 1815 ou l’Autriche en 1955), ou par une déclaration unilatérale (comme Malte en 1981 ou le Turkménistan en 1995), librement choisie.
Lors d’un conflit, les États belligérants ne peuvent pas pénétrer l’espace national d’un État neutre, y instruire ou recruter des combattants, y établir des moyens de communication à des fins militaires. De son côté, l’État neutre ne doit pas s’impliquer militairement dans le conflit, doit faire respecter sa neutralité, doit traiter les États belligérants de manière équivalente.
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Les textes officiels sur ce sujet mettent en lumière l’interprétation de la neutralité pour les pays concernés dans le cadre de diverses organisations internationales comme l’ONU, l’OSCE ou l’OTAN.
De façon générale, la participation d’un État neutre dans des œuvres de paix, de sécurité, de respect des droits et de la démocratie est compatible avec la neutralité, mais elle ne l’est pas dans le cas de traités imposant un devoir d’assistance en cas de conflit.
Avec les enjeux planétaires complexes qui forcent un nouvel équilibre mondial marqué par la multipolarité et la montée des BRICS, distinguer notre pays du Québec comme étant «neutre» serait un atout très important. Le Québec tirerait un trait sur les obligations et redevances.
La naissance d’un nouveau pays serait le moment idéal pour le définir officiellement neutre, après acceptation par le peuple. Lors de l’arrivée de notre État comme nouveau membre des nations, les autres pays découvriraient spécialement nos valeurs, notre culture, notre langue, notre civilisation, mais aussi nos nouvelles priorités de paix et de sécurité.
Médiation, négociation, diplomatie
Voici des changements fondamentaux. Le Québec participerait à des processus de médiation, de négociations, de diplomatie, offrirait ses services de soutien aux pays qui en ont besoin. Il contribuerait à créer un climat propice à des ententes pacifiques, par l’exemple qu’il donnerait depuis sa neutralité!
L’argent qui est normalement dépensé à l’envoi de ressources aux pays «amis» serait plutôt investi dans la médiation. Ce serait un changement impressionnant par rapport aux caractéristiques des voisins, qui ferait augmenter considérablement notre notoriété.
Notre Québec pourrait jouer un rôle constructif dans la fourniture d’aide humanitaire, caractéristique de la neutralité mais surtout de la coopération. Ce serait tout à l’honneur du Québec, qui serait reconnu mondialement. La promotion de la paix et de la liberté est au premier plan de l’état de neutralité, alors que ces valeurs sont caractéristiques – entre autres – de l’identité québécoise.
Ce nouveau pays neutre pourrait faire l’envie de bien d’autres pays, et le Québec pourrait très bien voir arriver de nouveaux investissements étrangers à cause de la stabilité de la neutralité, qui augmenteraient la richesse collective.
Une marche difficile, mais réaliste
Il faut partir du principe qu’un pays existant depuis longtemps peut difficilement se déclarer neutre soudainement (comme le Canada), mais que la naissance d’un nouveau petit pays est l’occasion rêvée pour le faire.
La Suisse a réussi, même en étant au centre de l’Europe et surtout en y étant le seul État «neutre» entouré entièrement à un certain moment par des pays sous le contrôle des nazis durant la Seconde Guerre mondiale.
Son historique, son expérience et son savoir-faire de tradition humanitaire font que la Suisse est reconnue dans le domaine de la promotion de la paix. Nous n’avons pas un passé crédible comme elle, mais nous pouvons y travailler. Et nous avons l’avantage d’être plus éloignés des sources de conflits, donc plus susceptibles d’être retenus comme site de négociations et de coopérations.
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Le Québec serait à l’écart des grands axes d’alliances et des blocs de puissance. Les prises de position officielles du Canada, comme dans le conflit Hamas/Israël, disparaîtraient dans un Québec neutre, ce qui éviterait les négociations entre les élus. Ce jeu d’équilibre complexe serait absent pour un gouvernement d’un État neutre.
Notons que presque tous les pays neutres sont des petits pays (Malte, Irlande, Costa Rica, etc.). Le Québec aurait cet avantage. Les grandes puissances exercent une grande influence, et les autres nations prennent en compte ces influences pour évoluer.
Heureusement, les pays neutres sont des joueurs de moindre impact et peuvent s’impliquer davantage autrement au niveau mondial, soit par la coopération, la paix et la diplomatie.
Il faut aussi noter que la Suède et la Finlande viennent d’adhérer à l’OTAN, faisant deux pays neutres de moins dans le monde, car le traité de l’Atlantique Nord impose à tous les États membres un devoir d’assistance en cas de guerre. Le Québec pourrait combler l’espace vacant.
Le Québec est déjà distinct des autres États en Amérique, il le serait davantage avec la neutralité. Grâce à ces nouvelles priorités de société, le Québec serait un État remarquablement différent, très distinctif, très original de par cette notion emballante.













