Syrie: la chute de Damas ouvre la voie à un pouvoir islamiste radical

D’un drapeau syrien à l’autre. Photo: Louai BESHARA (gauche) et Omar HAJ KADOUR (droite) pour l’AFP.

Lundi le 16 décembre 2024, à 09:35

Souvent présentée comme une «libération», la prise de Damas par le groupe Hay’at Tahrir al-Sham ouvre la voie à une gouvernance fragmentée et radicale, menaçant d'entraîner la Syrie dans la barbarie islamiste.

 

La fuite de Bachar al-Assad et la prise de Damas par Hay’at Tahrir al-Sham (HTS), un groupe jihadiste autrefois affilié à Al-Qaïda, marquent une étape cruciale dans le conflit syrien, modifiant les équilibres du pouvoir au sein du pays et remettant en question la stabilité de la région. 

 

La chute du régime d’Assad, conjuguée à l’ascension de HTS, soulève des inquiétudes concernant l'avenir de la Syrie, une nation déjà en proie à des souffrances profondes depuis plus de 13 ans.

 

Le départ d’Assad, longtemps soutenu par la Russie et l'Iran, symbolise l’effondrement d'un régime marqué par des années de guerre civile, de répression et de luttes pour maintenir le pouvoir. 

 

Depuis 2011, la Syrie est le théâtre d'un conflit sanglant qui a dévasté son infrastructure, provoqué la mort de centaines de milliers de civils et entraîné des millions de réfugiés. 

 

Malgré les nombreuses victoires militaires et la consolidation de son pouvoir, notamment grâce à l’intervention de Moscou et Téhéran, le régime d'Assad n'a jamais su stabiliser le pays. 

 

Les récentes défaites militaires, culminant avec la perte de Damas au profit de HTS, ont fait tomber les dernières illusions concernant la pérennité de son autorité.

 

D’un front à l’autre

 

Le départ d’Assad intervient dans un contexte particulièrement tendu. L’engagement militaire de la Russie en Ukraine a réduit sa capacité à soutenir efficacement ses alliés syriens. Une grande partie des ressources militaires russes est désormais engagée sur le front européen, ce qui a inévitablement affecté le soutien à l'armée syrienne. 

 

L'Iran, autre soutien de taille du régime, est également confronté à un affaiblissement stratégique dans la région, en particulier avec la montée de HTS qui fragilise le «croissant chiite», un axe d’influence allant de l'Iran au Liban, avec la Syrie comme élément clé.

 

Radicalisme islamiste

 

HTS, anciennement Jabhat al-Nusra, s'est dissocié d'Al-Qaïda pour adopter une nouvelle identité, tout en conservant une idéologie salafiste rigide. Malgré la volonté affichée par son chef, Abu Mohammad al-Jolani, de se distancer des positions extrémistes d'Al-Qaïda, le groupe continue d’appliquer une interprétation très stricte de la charia dans les territoires qu’il contrôle.

 

Cette gouvernance autoritaire et puritaine aura de profondes conséquences sur la société syrienne, notamment sur les droits des femmes et les libertés individuelles. Damas, capitale réputée pour son aspect cosmopolite, pourrait ainsi devenir un bastion du radicalisme islamiste, privant ses habitants de nombreuses libertés essentielles.

 

La Russie et l’Iran affaiblis

 

Les implications de la prise de Damas par HTS ne se limitent pas à un bouleversement interne: elles affectent également la géopolitique régionale. La Russie, qui a longtemps vu dans la Syrie un allié stratégique en Méditerranée, se trouve désormais dans une position inconfortable. 

 

Le port de Tartous, dernière installation militaire russe en Syrie, reste un point névralgique pour la présence navale russe dans la région. Cependant, les relations avec HTS demeurent complexes et incertaines, et Moscou espère toujours maintenir son influence sur cette base.

 

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Pour l’Iran, la montée de HTS représente un revers considérable. Le groupe islamiste constitue une menace directe pour les milices chiites soutenues par Téhéran en Syrie. Cela fragilise le projet iranien de maintenir un axe de puissance reliant l’Iran au Liban, via la Syrie. 

 

Le Hezbollah, partenaire de longue date de l’Iran, se retrouve désormais isolé face à la montée d’une force jihadiste qui conteste ses positions. En réponse, Téhéran pourrait être contraint d’adopter une approche plus agressive pour protéger ses intérêts, notamment en renforçant sa présence militaire en Syrie.

 

Du côté des États-Unis, qui maintiennent une présence militaire dans plusieurs régions de Syrie, l'ascension de HTS est à prendre très au sérieux. Alors que les forces américaines luttent contre les résidus d’extrémisme et tentent de contenir les ambitions des groupes comme l'État islamique, HTS devient désormais une menace principale. 

 

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Les États-Unis devront ajuster leur stratégie en Syrie pour contrer cette nouvelle dynamique tout en maintenant leur alliance avec les Kurdes et d'autres factions locales. Mais ce changement de pouvoir pourrait entraîner un risque supplémentaire d'escalade militaire dans le pays.

 

Incertitude à l’horizon

 

L’ascension de HTS, la chute du régime d’Assad et les implications géopolitiques en cours font de la Syrie une énigme en pleine évolution. Le pays, qui semblait autrefois stable sous le régime laïque d’Assad, se dirige désormais vers une gouvernance décentralisée, marquée par l’influence grandissante des extrémistes.

 

Alors que le monde assiste, impuissant, à la fragmentation du pays, l'avenir de la Syrie est plus incertain que jamais.

 

La transition actuelle montre un pays plongé dans des cycles incessants de violence, avec de vastes ramifications pour la sécurité internationale et l’équilibre géopolitique. La communauté internationale observe, incertaine et divisée, sans solution claire pour remédier à une situation qui semble s’enliser chaque jour davantage.