Pavel Durov arrêté: une guerre contre les plateformes rebelles?

Le fondateur et PDG de Telegram Pavel Durov. Photo tirée de son compte Instagram.

Lundi le 26 août 2024, à 18:45

Pavel Durov a été arrêté samedi dernier à Paris sans que les autorités appuient leur démarche sur des documents solides. Spécialiste des questions de censure sur le net, le youtubeur Viva Frei dénonce une persécution politique. Entrevue. 

 

«Cette arrestation fait partie d’une guerre contre les plateformes refusant de se conformer aux exigences des gouvernements. Ils voulaient un backdoor sur Telegram et Durov a laissé entendre qu’il n’allait pas coopérer. Le but est de censurer et de contrôler le contenu sur le web», assure Viva Frei en entrevue avec Libre Média.

 

Une arrestation opaque

 

Le fondateur et président de Telegram, Pavel Durov, a effectivement été arrêté à son arrivée à Paris samedi dernier, dans le cadre d'une enquête pour complicité dans des affaires de trafic de drogue, d'apologie du terrorisme et de cyberharcèlement.

 

Notre interlocuteur relève d’entrée de jeu le caractère «opaque» de l’arrestation:

 

«On n’a pas encore vu les documents légaux. Les informations sont partielles. Pavel Durov est une personnalité politique notoire dont l’arrestation – énorme – devrait être justifiée de manière beaucoup plus rigoureuse», enchaîne-t-il.

 

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Redoutant le même sort, le fondateur et président de Rumble, Chris Pavlovski, aurait décidé de quitter l’Europe quelques heures après l’arrestation de cet entrepreneur «libertarien» à qui l’on reproche son laxisme en matière de modération, une posture qui aurait laissé le champ libre à divers groupes criminels. 

 

La France et le Royaume-Uni, des pays à risque pour ces dissidents du web?

 

Viva Frei estime que les pays comme la France et le Royaume-Uni ne sont plus sûrs pour les présidents de ces plateformes rebelles, concurrençant dans ce domaine les nombreux «régimes autoritaires» dont ils sont censés se distinguer. Il inclut également le Brésil dans cette liste, un pays dont la Justice favoriserait aussi la censure sur les médias sociaux.

 

«Regardez ce qu’ils ont fait au Royaume-Uni: ils ont arrêté des gens pour avoir simplement partagé du contenu sur les réseaux sociaux [durant les émeutes anti-immigration, ndlr]. Franchement, aujourd’hui j’aurais même peur de rentrer au Canada», craint le citoyen canadien maintenant établi en Floride.

 

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Notre interlocuteur croit également que le manque d’informations entourant l’arrestation de Durov, il y a déjà plus de 48h, cache la main de Washington:

 

«On peut raisonnablement penser que les États-Unis sont liés d’une manière ou d’une autre à l’arrestation. D’autant plus que l’administration Biden ou plutôt Harris abuse du système judiciaire pour persécuter ses adversaires».

 

Le contrôle de l’info avant tout

 

Souvent présenté comme un opposant à Vladimir Poutine, le Franco-Russe avait refusé en 2018 de transmettre aux services secrets russes les codes leur permettant de lire les messages des utilisateurs. Un acte de dissidence manifestement jugé insuffisant par un État français pourtant engagé en Ukraine contre le Kremlin:

 

«C’est plus important pour les gouvernements occidentaux de contrôler l’information que de protéger les opposants à Poutine... Ce n’est pas parce qu’ils ont un ennemi en commun avec un individu qu’ils vont lui permettre de diffuser des informations qu’ils veulent baliser… Telegram est une plateforme puissante qui peut attaquer n’importe quelle puissance gouvernementale», précise le célèbre youtubeur. 

 

De Julian Assange à Pavel Durov?

 

Viva Frei compare enfin le début de cette nouvelle saga au sort réservé à Julian Assange avant sa récente libération et son retour en Australie:

 

«Pavel Durov va-t-il maintenant être accusé de harcèlement sexuel ou de quelque chose du genre? Le procédé est toujours le même», déplore-t-il.

 

«Le contrôle de l’information est l’une des plus puissantes armes contemporaines dans la guerre qui fait rage actuellement. Il n’y a aucune limite à ce que les gouvernements peuvent entreprendre pour limiter et encadrer l’expression libre dans l’univers numérique», prévient Viva Frei.