Pauline Marois: une carrière exemplaire face aux dérives extrémistes

Pauline Marois annonce son départ de la politique lors d’un rassemblement partisan du Parti Québécois à Montréal, le 7 avril 2014. Photo: François Laplante-Delagrave pour l’AFP.

Mercredi le 11 décembre 2024, à 15:00

Pauline Marois est une figure incontournable de la politique québécoise. Sa nomination comme chancelière de l’UQAM est pleinement justifiée, malgré les critiques d’une minorité d’extrémistes qui polluent idéologiquement le Québec.

 

Pauline Marois demeure une personnalité politique prédominante des 40 dernières années au Québec. Elle s’est elle-même toujours déclarée sociale-démocrate, féministe et souverainiste. Sa désignation au poste de chancelière de l’UQAM est tout à fait indiquée et souhaitable. 


La récente déclaration délirante de l’AFESH, association étudiante du secteur des sciences humaines, dénonçant le rôle qu’elle aurait joué dans un «soi-disant» Québec (!!!) relève d’un dérapage gauchiste décroché de la réalité. Il fait malheureusement ressurgir les pires dérapages de l’extrême gauche maoïste ou anarchiste des années 1970.
 

Un parcours remarquable

 
Pauline Marois a pourtant suivi une trajectoire impressionnante. Elle a d’abord été élue députée péquiste pour une première fois aux élections générales du 13 avril 1981 dans la circonscription de La Peltrie. Le 30 avril de la même année, sous le gouvernement de René Lévesque, elle est nommée ministre d’État à la Condition féminine et membre du Comité des priorités du gouvernement du Parti Québécois.

 
Lors d’un remaniement ministériel effectué en septembre 1982, Pauline Marois devient ministre déléguée à la Condition féminine et vice-présidente du Conseil du Trésor.
 

En 1984-1985, elle est promue au poste de ministre de la Main-d’œuvre et de la Sécurité du revenu, mais aussi vice-présidente du Conseil du Trésor. Aux élections québécoises du 2 décembre 1985, Pauline Marois perd son siège de La Peltrie. Mais ce n’est que partie remise.

 

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Dans la foulée de la victoire du Parti Québécois aux élections du 12 septembre 1994, Pauline Marois est élue pour une première fois députée de la circonscription de Taillon.  Elle réintègre le Conseil des ministres. Elle est aussitôt nommée ministre déléguée à l'Administration et à la Fonction publique, présidente du Conseil du Trésor et ministre responsable de la famille. 

 

En novembre 1995, la ministre se voit attribuer aussi le ministère des Finances et du Revenu.

 

Quelques mois plus tard, sous la gouverne de Lucien Bouchard, Pauline Marois devient ministre de l’Éducation, de la Famille et de l’Enfance.  Elle est aussi membre du Comité des priorités. 

 

C’est en janvier 1997 qu’elle crée le grand réseau universel de garderies que représentent les CPE. Ce geste consiste en une véritable révolution sociale-démocrate profitant à tant de femmes et de familles québécoises. C’est d’ailleurs toujours le cas. Puis en décembre 1998, toujours au sein du gouvernement Bouchard, Pauline Marois est désignée ministre de la Santé et des Services sociaux.  

 

En mars 2001, sous la direction de Bernard Landry, Pauline Marois est nommée ministre d’État à l’Économie et aux Finances, ministre des Finances, ministre de la Recherche, de la Science et de la Technologie et ministre responsable de la Montérégie.  Elle obtient aussi le titre de vice-première ministre.

 

Au début de l’année 2002, s’ajoute le ministère de l’Industrie et du Commerce. Toutes ces fonctions ministérielles sont exercées jusqu’au scrutin du 14 avril 2003, date de la défaite du Parti Québécois.

 

Lors de cette élection générale de 2003, Pauline Marois est néanmoins réélue députée dans la circonscription de Taillon. Elle devient porte-parole de l’opposition officielle en matière d’éducation. 

 

En mars 2006, battue par André Boisclair lors d’une course à la course à la direction du Parti québécois, Pauline Marois quitte la politique avec amertume en déclarant: «J’ai réalisé une partie de mon rêve». L’autre partie étant bien sûr de devenir première ministre du Québec. Néanmoins, à cette date, Pauline Marois a déjà cumulé des responsabilités ministérielles impressionnantes.

 

Au printemps 2007, après la démission tumultueuse d’André Boisclair, l’ancienne ministre de l’Éducation décide de reprendre le collier. Elle se lance dans la nouvelle course à la direction du Parti Québécois et elle devient cheffe, la première femme à diriger un parti au Québec. 

 

Le 21 septembre, élue à l’occasion d’une élection partielle dans Charlevoix avec 59% des voix, elle se trouve à devenir la première femme cheffe de parti de toute l’histoire à l’Assemblée nationale! Aux élections générales suivantes, le 4 septembre 2012, elle devient la première femme désignée première ministre.  

 

Une trajectoire imposante malgré les embûches

 

Au fil du temps, il y a eu passablement de chocs et d’aléas pour Pauline Marois à titre de ministre, ou première ministre: comme lors des négociations et des affrontements avec le mouvement syndical en 1981-82, à l’occasion du «beau risque» avec Brian Mulroney, à l’époque de la rigueur socio-économique du gouvernement Landry ou de l’imposition par Lucien Bouchard d’une loi d’exception aux infirmières en juillet 1999. 

 

Ce sont des types de secousses que tous les partis subissent immanquablement. Sa plus grande erreur aura possiblement été d’avoir déclenché en mars 2014 des élections sur un budget impopulaire et une hausse des tarifs dans le CPE plutôt que tenir cette élection sur la bataille de la laïcité et l’adoption de la loi 62 qui bénéficiait d’un appui de masse.

 

On ne peut toutefois pas, comme le fait l’AFESH, blâmer Pauline Marois pour ses prises de position dans la cause étudiante. Après avoir soutenu les étudiants lors du «printemps érable», elle a simplement convenu d’augmenter légèrement les frais de scolarité universitaires au rythme de l’inflation de manière à maintenir le défraiement des coûts de système. 

 

Ce n’était aucunement une décision «austéritaire» ou «antisociale». Cette augmentation était plutôt contenue comparativement à l’augmentation de 325$ par année pendant cinq ans que le gouvernement Charest voulait imposer! 

 

Quant à la question de la laïcité promue par Pauline Marois, l’AFESH affiche une position sectaire et mensongère en parlant d’un projet «judéo-chrétien». La laïcité est un positionnement totalement républicain, universaliste et démocratique. Elle est ailleurs aujourd’hui appuyée par près de 80% de la population québécoise. 

 

L’AFESH sait-elle au moins que cette laïcité était et demeure un positionnement ferme de la gauche républicaine démocratique depuis belle lurette? Précisément au nom de la protection de la liberté de conscience des citoyens. 

 

La gauche désorientée

 

Victor Hugo clamait «L’État chez lui, l’Église chez elle». Aujourd’hui, Kamel Daoud et Boualem Sansal (présentement emprisonné en Algérie) mènent ce même combat.  Combien de femmes partisanes de la laïcité sont actuellement assassinées ou emprisonnées en Iran, au Pakistan, au Soudan ou en Afghanistan par des régimes islamistes? 

 

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L’AFESH est-elle au fait de l’assassinat de la Masha Amini en Iran, du sort de Mila violentée en France? Que dire de ce qui se passe dans les écoles de la grande région de Montréal où l’islamisme cherche à faire sauter les assises de la laïcité. Un peu de recherche sérieuse serait méritoire pour ces militants éperdus.

 

Pauline Marois est toujours en faveur de la laïcité et un tel positionnement est tout en son honneur. Elle a suivi un parcours ministériel impressionnant qu’aucune autre femme au Québec n’a égalé. Elle mérite évidemment haut la main d’être chancelière de l’UQAM. Son conseil d’administration a amplement raison.