Notre correspondante Anne-Laure Bonnel arrivée à Donetsk en Ukraine

La devanture de l'Hôtel Central à Donetsk en Ukraine, le 11 novembre 2022. Photo: Anne-Laure Bonnel pour Libre Média.

Vendredi le 11 novembre 2022, à 18:00

Notre correspondante Anne-Laure Bonnel est arrivée dans la ville de Donetsk, dans le Donbass en Ukraine, après un long voyage de 48h depuis Paris. Elle a livré ses premières impressions à notre rédacteur en chef.

 

«On entend les tirs sur la ligne de front. Il y a énormément de points d’impact dans la ville, avec des fleurs déposées un peu partout, où des gens ont été trouvés morts. Malgré tout, les supermarchés sont ouverts, les salons de coiffure aussi, car les gens se sont habitués à vivre en zone de guerre», laisse tomber notre correspondante.

 

Au téléphone, elle me confie être frappée par l’absence de contrôles et de check-points dans la capitale de la République populaire de Donetsk, dans le Donbass. Cette région frontalière de l’est de l’Ukraine est déchirée par ce conflit qui n’a pas commencé fin février 2022 avec le début de l’offensive russe, mais en 2014.

 

«Les gens ne courent pas aux abris. Quand on entend des tirs, les gens lèvent la tête, évaluent la distance puis reprennent leurs activités. […] Il y a des hommes et des jeunes hommes dans les rues: ils n’ont donc pas tous été mobilisés. […] Les bus fonctionnent. Il y a du chauffage et de l’électricité. Il y a des coupures d’eau régulièrement, mais on s’arrange en faisant des réserves dans des bouteilles», m’explique la documentariste.  

 

Retrouvailles avec une ville éprouvée

 

Durant son tour de ville, elle passe devant une école et constate qu’elle a été touchée par des bombardements des forces ukrainiennes, alliées de l’OTAN. Les fenêtres ont volé en éclat. C’est l’école numéro 22. Six morts y ont été trouvés le 30 mai dernier, mais aucun grand média occidental n’en aurait fait état. 

 

«Les écoles touchées, c’est un tabou. Il y a une chape de plomb sur tout ce qui entoure les victimes de l’autre côté», lâche-t-elle.

 

Dorénavant à Donetsk, les élèves des écoles et les étudiants des universités suivent leurs cours en ligne comme les jeunes Occidentaux durant la pandémie de Covid-19.

 

Quelques heures après son arrivée, Anne-Laure Bonnel constate aussi que l’Hôtel Central, où elle a séjourné en février et mars 2022, a été endommagé depuis par la canonnade (voir photo).

 

«Il n’y a pas plus central que l’Hôtel Central. Il porte bien son nom. Cela veut dire que le matériel de l’OTAN touche le coeur même de Donestk. […]. Ce n’est pas intellectuellement moral que la communauté internationale ne parle toujours pas du sort des habitants du Donbass», insiste la journaliste. 

 

Dimanche dernier le 6 novembre, Donestk a été la cible de lance-roquettes américains de type HIMARS livrés à l’armée ukrainienne. Des morts, combien de blessés? L'information est difficile à trouver.

 

Rappel des faits

 

Depuis 2014, l’Ukraine est partagée entre les séparatistes russophones en faveur de Moscou à l’est, dans le Donbass, et les partisans de Kiev davantage tournés vers l’Occident.

 

Cette année-là, deux républiques populaires ont été proclamées dans cette région: la République populaire de Donetsk et celle de Lougansk, entités qu’a reconnues Vladimir Poutine juste avant de lancer son «opération militaire spéciale», le 21 février 2022.

 

Le 30 septembre dernier, après les référendums organisés dans ces régions, Poutine a officialisé l’annexion des oblasts de Donetsk, de Lougansk, de Kherson et de Zaporijjia couvrant entre autres le Donbass.

 

Le Kremlin accuse toujours Kiev et des groupes néo-nazis près du pouvoir de participer au massacre de russophones dans la région.

 

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Depuis 2014, le Donbass est la principale source de tensions entre Kiev et Moscou. Ratifié la même année, le protocole de Minsk qui devait favoriser le dialogue en décrétant un cessez-le-feu n’a jamais été appliqué par les deux camps.

 

Devant l’impasse, Anne-Laure Bonnel estime qu’il est loin d’être impossible que les forces en présence reviennent à ces accords. Tout ça pour ça? 

 

Les articles exclusifs d’Anne-Laure Bonnel suivront dès les prochains jours.