Pour Gordon Houlden, spécialiste de la Chine contemporaine, la réaction de Washington à l’apparition de mystérieux ballons chinois s’explique en partie par la diffusion d’un récit médiatique alarmiste. Entrevue.
Gordon Houlden est professeur de science politique à l’Université de l’Alberta où il dirige le China Institute. Il a travaillé 34 ans pour le compte des Affaires étrangères canadiennes, ayant occupé des postes qui l’ont notamment mené à La Havane, Hong Kong, Varsovie et Pékin.
Jérôme Blanchet-Gravel: Les Américains ont admis qu'ils ne connaissent ni la nature ni la fonction exacte de ces ballons. La réaction de Washington à la destruction du premier ballon était-elle donc exagérée?
Gordon Houlden: «Je pense que la réaction aux trois ballons, qui sont arrivés après les ballons originaux, a été en effet exagérée.
Je pense que cela était principalement dû à l'hystérie des médias – une bonne histoire pour eux, et à la réaction de certains leaders du Parti républicain qui ont sévèrement critiqué le retard dans la destruction du premier ballon.»
À quoi servent selon vous ces ballons chinois? À espionner des pays occidentaux, à commencer par les États-Unis, principal rival de la Chine?
Gordon Houlden: «Nous savons maintenant que les trois derniers ballons n'étaient peut-être même pas chinois. Bien que n'étant pas un expert en aérostats, je suis prêt à croire que le premier et le plus grand ballon avait un objectif de surveillance, bien qu'il soit possible qu'il ait eu d'autres fonctions.
Nous savons aussi maintenant que la République populaire de Chine avait un programme actif de ballons qui incluait presque certainement une certaine participation de l'Armée populaire de libération.
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Mais je tiens à souligner que les États-Unis ont également un programme de ballons militaires. En 1999, le citoyen américain Fawcett a survolé les États-Unis et la Chine, mais il s'agissait du voyage d'un aventurier et non de l'armée américaine.»
Des observateurs voient dans la couverture médiatique de cette affaire un véritable «spectacle» orchestré par Washington. Dans un récent éditorial, le journal mexicain La Jornada dénonce «un gouvernement de Hollywood». Peut-on parler d'une sorte de stratégie de communication pour occulter des questions plus importantes?
Gordon Houlden: «Je pense que Washington et le Pentagone ont été réellement alarmés par la détection d'un si grand nombre de ballons. Il est possible que le ballon qui a survolé le Costa Rica et la Colombie ait eu une certaine capacité de surveillance, mais cette zone aurait, je pense, un très faible intérêt pour Pékin.
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La plupart des tâches de surveillance et d’espionnage peuvent être effectuées par des satellites-espions.»











