À Mexico, Jérôme Blanchet-Gravel annonce la fin des médias de masse

L’essayiste Jérôme Blanchet-Gravel: Photo: Joahan Monreal Rivera.

Jeudi le 21 mai 2026, à 14:10

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À Mexico, Jérôme Blanchet-Gravel annonce la fin des médias de masse
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Crise de confiance, modèle économique épuisé, émergence d’une «constellation de voix éditoriales»: à Mexico, Jérôme Blanchet-Gravel a analysé la grande mutation des médias en Occident.

 

Le mercredi 20 mai 2026, Jérôme Blanchet-Gravel, journaliste, essayiste et rédacteur en chef de Libre Média, a présenté au Centro Universitario Tlacaélel, à Ixtapaluca, en périphérie de la ville de Mexico, une conférence intitulée «La transformation du système médiatique en Occident et l’émergence des médias indépendants».

 

Devant des dizaines d’étudiants du programme de journalisme et communication, il a expliqué comment les dernières années ont profondément modifié le rapport du public aux médias traditionnels. 

 

Selon lui, la pandémie de Covid-19 a marqué un point de rupture. 

 

«Une partie très importante de la population a commencé à se détourner des médias traditionnels», a-t-il soutenu, en précisant qu’il ne parlait pas seulement d’une baisse de popularité, mais d’un véritable «bris de confiance» et d’une «crise de la représentation».

 

La pandémie comme rupture

 

Durant cette période, a-t-il expliqué, de nombreux citoyens ont eu l’impression de ne plus recevoir «une information équilibrée, rigoureuse et réellement pluraliste». 

 

Plusieurs ont senti que les grands médias avaient cessé d’exercer une fonction critique pour devenir «une sorte de courroie de transmission du pouvoir politique».

 

Le conférencier québécois a toutefois pris soin de préciser qu’il ne s’agissait pas de nier l’existence du virus ni les difficultés réelles vécues par les systèmes hospitaliers.

 

Photo: Joahan Monreal Rivera.

 

Son propos visait plutôt à montrer comment une crise sanitaire réelle – quoiqu’exagérée par les autorités –, a pu être utilisée pour accélérer certaines transformations politiques, sociales et technologiques déjà en cours.

 

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Selon Jérôme Blanchet-Gravel, c’est aussi pendant cette période que plusieurs voix dissidentes ont été rapidement accusées de «complotisme» ou de «conspirationnisme». 

 

Or, a-t-il insisté, beaucoup de citoyens n'adhéraient pas forcément à un récit mensonger relayé sur le web: ils avaient plutôt le sentiment «qu’on ne disait pas toute la vérité» et qu’on ne leur offrait pas «un tableau complet de la situation».

 

Un modèle trop lourd

 

La conférence a aussi porté sur la crise économique et structurelle des médias traditionnels. D’après l’essayiste, ces médias reposent sur «un modèle coûteux, lourd et peu flexible»: grands studios, nombreux paliers hiérarchiques et administratifs, figures médiatiques encore très bien payées.

 

Ce modèle, selon lui, correspond de moins en moins à la réalité actuelle. Les outils numériques ont profondément transformé la manière de produire et de diffuser l’information. 

 

«Aujourd’hui, une seule personne peut faire ce qui exigeait autrefois le travail de quatre ou cinq personnes dans un média traditionnel», a-t-il affirmé.

 

Photo: Joahan Monreal Rivera.

 

 

Cela ne signifie pas que la qualité soit automatiquement garantie, ni que tout puisse être fait seul. Mais cette évolution oblige les journalistes, surtout dans les médias indépendants, à devenir beaucoup plus polyvalents. Ils doivent savoir écrire, interviewer, filmer, monter, publier, diffuser et animer leurs propres réseaux.

 

«Constellation de voix»

 

Jérôme Blanchet-Gravel a également décrit le passage progressif des médias de masse vers une nouvelle «constellation de voix éditoriales». 

 

Pendant longtemps, quelques grands médias concentraient l’attention du public, imposaient les grands sujets et structuraient une large partie du débat. Aujourd’hui, ce paysage se fragmente.

 

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De nouveaux médias plus légers, plus spécialisés et plus proches de publics spécifiques apparaissent. Cette évolution ouvre un espace plus pluraliste, où des sensibilités autrefois marginalisées peuvent trouver leur place.

 

Mais ce changement emmène aussi des défis: dispersion des audiences, affaiblissement des repères communs et fragmentation du débat public.

 

Le conférencier a aussi averti que les médias indépendants ne sont pas automatiquement vertueux. Ils peuvent eux aussi céder à «la paresse intellectuelle, l’esprit de clan, le sensationnalisme ou la soumission à l’algorithme». 

 

Le mot qui censure


Jérôme Blanchet-Gravel a aussi mis en garde contre l’usage politique du concept de «désinformation».

 

Selon lui, les fausses nouvelles existent bel et bien, et les trucages vidéo rendent le problème encore plus sérieux. Mais cette notion peut aussi servir à disqualifier des voix dissidentes.

 

«La lutte contre la désinformation peut être légitime. Mais elle peut aussi servir de prétexte», a-t-il expliqué. Le danger apparaît lorsque le pouvoir utilise ce mot pour décider quels discours sont acceptables et lesquels doivent être exclus du débat public. 

 

Trois conseils aux étudiants

 

En conclusion, Jérôme Blanchet-Gravel a partagé trois conseils avec les étudiants en journalisme et communication.

 

Le premier: cultiver la polyvalence. Dans le monde médiatique actuel, il ne suffit plus de bien écrire. Il faut aussi savoir interviewer, enregistrer, monter, publier et s’adapter aux différents formats.

 

Le deuxième: conserver sa curiosité et sa capacité d’adaptation. Le marché médiatique change rapidement, et ceux qui ignorent ces transformations risquent de se former pour un monde qui n’existe déjà plus.

 

Le troisième: préserver sa liberté intellectuelle. «Ne vous laissez domestiquer ni par le pouvoir politique, ni par les modes idéologiques, ni par le conformisme professionnel», a-t-il lancé.

 

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Il a finalement ajouté une dernière idée, peut-être la plus importante pour les futurs journalistes: «Dans un écosystème saturé de contenu, la crédibilité ne dépend pas seulement de la technique, mais aussi du courage et de la capacité de regarder la réalité avec ses propres yeux.»