Le wokisme est un capitalisme

Des espadrilles Nike font la promotion du courant LGBT. Photo: page Facebook de Foot Locker.

Samedi le 29 avril 2023, à 11:00

Et si la gauche woke faisait alliance avec le plus intrusif des capitalismes pour imposer un nouvel ordre fondé sur la censure et la surveillance? C’est du moins l’hypothèse de notre contributeur Philippe Langlois.

 

Dans un récent article, nous avons souligné le fait que les députés de l’Assemblée nationale semblent, au-delà des différences de partis, se réunir de plus en plus autour d’une idéologie commune, surtout depuis l’épisode Covid.

 

Les contours de cette idéologie méritent d’être esquissés puisqu’elle sert de narratif dominant aux élites sociales québécoises, comme dans bien des pays occidentaux d’ailleurs.

 

D’abord, remarquons que, surtout depuis les dernières élections, le dialogue à l’Assemblée nationale se fait principalement entre les deux «nouveaux» partis: la CAQ et QS. Alors que ces deux larrons prennent beaucoup d’espace avec leur ping-pong politique, les deux «vieux» partis, le PLQ et le PQ, sont plutôt absents et voient leur rôle diminuer.

 

Ce n’est certes pas un hasard. C’est au contraire parce la CAQ et QS incarnent admirablement bien les deux volets de cette idéologie dominante unissant capitalisme corporatif et wokisme.

 

Le capitalisme corporatif érigé en système 

 

Qu’entend-on par capitalisme corporatif? Il signifie la fusion entre certaines élites économiques choisies, corporations et autres milliardaires, et des élites politiques et l’État. Ce phénomène existe depuis longtemps en Occident et se renforce sans arrêt, année après année, au point de devenir une normalité.

 

L’apex du corporatisme se trouve dans des organisations comme le Forum économique mondial et d’autres sommets où élites corporatives, politiques, médiatiques, artistiques et autres folâtrent ensemble pour décider du sort de la planète pendant que le restant de l’humanité subit leurs décisions sans avoir son mot à dire.

 

 

Au Québec et au Canada, les exemples de capitalisme corporatif menant à une fusion entre la fonction publique et des cabinets privés comme McKinsey sont infiniment nombreux.

 

-Philippe Langlois, politologue

 

 

Au Québec, le PLQ a devancé la CAQ pour s’engager dans ce type de gouvernance politico-économique. On n’a qu’à penser à Charles Sirois, co-fondateur de la CAQ, au clan Desmarais et aux immenses contrats et subventions qu’ils reçoivent de l’État québécois pour mener à bien des projets d’identité numérique pouvant mener à une surveillance accrue des citoyens.

 

La curieuse alliance entre la fonction publique et McKinsey

 

Avec le scandale McKinsey, on a même pu constater que certaines branches de la fonction publique avaient fusionné avec l’énigmatique cabinet-conseil qui a prescrit l’essentiel des mesures sanitaires au Québec, en Ontario et dans plusieurs pays, alors que cette firme avait aussi comme client des géants pharmaceutiques comme Pfizer.

 

On peut aussi admirer le cas de Philippe Couillard, qui est passé de ministre de la Santé à consultant dans une firme, Persistence Capital Partners, à laquelle il donnait des contrats alors qu’il était ministre puis premier ministre.

 

Le cas de Dominique Anglade, une ex-employée de McKinsey, est aussi très probant. En fait, les exemples québécois et canadiens de capitalisme corporatif sont infiniment nombreux, mais nous nous arrêterons là, de peur d’avoir à écrire des centaines de pages!

 

Par nature, le capitalisme corporatif capture des aspects fondamentaux de l’État, pirate les mécanismes normaux d’un libre marché, crée des oligopoles structurels et navigue dans un permanent conflit d’intérêts qui ne bénéficie que très rarement à la population.

 

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C’est pourquoi ce type de structure politico-économique a une forte tendance à l’autoritarisme et à la censure, puisqu’un régime comme celui-là évolue dans la crainte d’une révolte populaire, électorale ou sociale, provoquée par des citoyens très mécontents de la corruption institutionnalisée au sein de la classe politique.

 

D’où le développement d’outils de surveillance de plus en plus sophistiqués, d’un vigoureux autoritarisme politique et d’un appareil médiatique complaisant, voire propagandiste.

 

Le wokisme en miroir du capitalisme corporatif

 

Qu’en est-il alors du wokisme? Ce courant idéologique est issu de la gauche, mais se distingue de la gauche traditionnelle de plusieurs façons.

 

Premièrement – et ce point est capital –, alors que la gauche avait comme ennemi juré le capitalisme et l’exploitation économique, la gauche woke délaisse ou ignore cette cause. Elle se concentre plutôt sur les luttes identitaires, les «micro-oppressions» dont sont considérées victimes les membres de groupes minoritaires comme les LGBTQ ou les personnes «racisées».

 

Cette nouvelle gauche fait aussi de la lutte aux changements climatiques un cheval de bataille, mais, sous l’influence directe du corporatisme, a tendance à promouvoir comme solutions des mesures écologistes autoritaires imposées aux citoyens (suivi de l’empreinte carbone) ou des innovations technologiques (véhicules électriques) plutôt que des changements sociaux et économiques d’envergure.

 

Deuxièmement, alors que la gauche traditionnelle était universaliste (prolétaires de tous les pays, unissez-vous!), la gauche woke, en raison de son obsession de la diversité des identités, est davantage individualiste, sinon communautariste.

 

La segmentation de la population en une complexe hiérarchie d’oppresseurs et d’opprimés est inhérente à cette vision du monde qui tend à empêcher la gauche woke de percevoir un ensemble humain global pouvant évoluer de façon plus ou moins harmonieuse.

 

 

La gauche woke et le capitalisme corporatif partagent un fort enthousiasme pour l’autoritarisme et la censure.

 

-Philippe Langlois, politologue

 

 

Là où il n’y aurait pas de conflit apparent, les wokes en créeraient un pour reproduire le schéma victimes-oppresseurs qui leur est si cher.

 

Troisièmement, alors que la gauche traditionnelle était en général plutôt rattachée à des valeurs libérales modernes comme le féminisme ou l’anti-racisme, la gauche «woke» pousse ces valeurs à leur extrême, jusqu’au post-modernisme.

 

Comme une toile de Picasso, les wokes déconstruisent le genre et le sexe pour en faire une bouillie nihiliste dissociée de toute réalité biologique, au point où les catégories de «femme» et «homme» sont inlassablement répétées, mais en même temps impossibles à définir.

 

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Rajoutons que la gauche traditionnelle et la gauche woke partagent malgré leurs différences un bien vilain défaut, celui du purisme idéologique. Au sein des deux courant prévaut la tendance à vouloir être plus catholique que le pape, à exhiber des vertus révolutionnaires pour démontrer son attachement à la bonne cause et répudier quiconque ne tiendrait pas le discours adéquat ou démontrerait un attachement aux «mauvaises» idées.

 

Un improbable mais puissant duo

 

Comment alors le capitalisme corporatif et la gauche woke forment-ils un improbable duo menant à la formation d’une nouvelle idéologie dominante? D’abord, par l’abandon plus ou moins complet du combat anti-capitaliste.

 

La nouvelle gauche supprime la principale pierre d’achoppement entre les deux idéologies et ouvre la porte à un dialogue qui était autrefois à peu près impossible.

 

Ensuite, la gauche woke et le corporatisme partagent un fort enthousiasme pour l’autoritarisme et la censure. Comme nous l’avons dit, le capitalisme corporatif tend à étouffer la dissension au sein de la population, tandis que la gauche woke souhaite supprimer les «mauvaises» idées qui ne correspondent pas à son purisme idéologique et qui offensent sa pudique vertu.

 

 

On voit donc une forme de transaction sociale où la gauche et son énorme influence culturelle appuient le corporatisme afin de bénéficier de son pouvoir politique et économique.

 

-Philippe Langlois, politologue

 

 

L’échafaudage d’un système de suppression des discours alternatifs est donc un intérêt partagé, surtout si ces derniers critiquent à la fois corporatisme et post-modernisme.

 

Plus encore, les projets idéologiques portés par la gauche woke trouvent écho dans les intérêts de l’élite corporative. Ainsi, le suivi de l’empreinte carbone ou la suppression des discours haineux sont des occasions exceptionnelles pour le développement d’un système de surveillance ou la criminalisation de la dissidence.

 

L’État va donc constamment amalgamer toute forme de résistance à des catégories idéologiques profondément détestées par la gauche woke (les antivax sont misogynes et racistes) pour pouvoir justifier l’assaut contre les libertés de parole et d’action.

 

En échange, États et corporations se lancent dans d’énormes campagnes de promotion de certaines valeurs wokes, comme le transgenrisme ou l’environnementalisme, afin de solidifier leur alliance tout en adaptant leur marketing au goût du jour.

 

On voit donc une forme de transaction sociale où la gauche et son énorme influence culturelle appuient le corporatisme afin de bénéficier de son pouvoir politique et économique. Le politicien américain Vivek Ramaswamy parle même de «prostitution mutuelle».

 

Bien entendu, il ne s’agit pas nécessairement d’une alliance formelle, en coulisses, entre François Legault et Gabriel Nadeau-Dubois. L’alliance est ici plus ou moins consciente, voire totalement inconsciente, surtout chez les wokes.

 

Ceux-ci nieraient certainement qu’ils participent à l’idéologie dominante, car la nouvelle gauche tient mordicus à son statut autoproclamé de rebelle contre le système.

 

Une gauche capitaliste… et sanitariste

 

Cependant, force est de constater de depuis trois ans, la gauche woke s’est lancée avec passion dans le sanitarisme, une forme particulièrement agressive de cette nouvelle idéologie dominante. Elle a appuyé ou du moins toléré passivement l’injection forcée de produits expérimentaux, la ségrégation vaccinale, la loi martiale et la censure institutionnalisée.

 

Malgré elle, elle a ainsi considérablement renforcé le capitalisme corporatif et son appareil de répression en plus de jeter la population dans les bras du lobby pharmaceutique et des firmes privées prédatrices comme McKinsey.

 

Maintenant, elle se réjouit qu’un parti supposément de droite comme la CAQ appuie les drag queens dans les écoles, et se tait devant les projets d’identité numérique et l’élaboration de nouveaux systèmes de surveillance.

 

Le capitalisme woke n’est certainement pas propre au Québec ni au Canada. Toutefois, alors qu’il fait face dans d’autres pays à une certaine résistance populaire et politique, il est au Québec embrassé et promu par l’ensemble de l’establishment. Cette situation fâcheuse pourrait rapidement devenir catastrophique pour l’avenir du Québec.

 

Bien qu’ils croient en tirer des bénéfices, les gens de «gauche» n’ont finalement pas grand-chose à gagner de leur alliance avec le capitalisme corporatif. La création d’un système politique autoritaire et violent ne peut que satisfaire les intérêts d’une minorité fortunée qui, il y a fort à parier, ne se soucie guère des valeurs réellement progressistes.