Le legs de Samuel de Champlain

Extrait de la série télé "Le rêve de Champlain". Capture d'écran.

Samedi le 23 décembre 2023, à 10:20

En 1635, l’avenir de la Nouvelle-France semblait prometteur. Son droit d’exister avait été reconnu par les autres puissances européennes et à la maison, la colonie était bien appuyée par le roi Louis XIII et le cardinal Richelieu. 

 

Avec ses quelques postes de traite implantés dans la vallée du Saint-Laurent, la Compagnie des Cent-Associés était à nouveau florissante. La productivité des pêcheries françaises dans le golfe du Saint-Laurent se trouvait à son apogée et l’agriculture prenait enfin racine au Canada (vallée du Saint-Laurent) et en Acadie.

 

En 1635, les colons français vivaient en paix avec toutes les Premières Nations de la région, à l’exception des Iroquois.

 

Un commandant respecté

 

À Québec, Champlain — maintenant soixantenaire — pouvait regarder ce portrait avec satisfaction. Plus que pour tout autre personnage de la Nouvelle-France, ce succès était le fruit de son œuvre. Il était respecté par celles et ceux qui l’avaient connu en Nouvelle-France.

 

 

En sa qualité de père fondateur d’une colonie française en Amérique, Champlain a su tisser avec les peuples autochtones des liens qui constituent le terreau dans lequel tous les francophones d’Amérique du Nord ont fait pousser leurs racines.

 

 

Les Premières Nations le tenaient en haute estime à titre de guerrier et l’appréciaient dans son rôle de diplomate et de pacificateur et par-dessus tout, ils avaient confiance en sa parole.

 

Le destin frappe

 

Après toutes ces années à œuvrer sans relâche, l’énergie de Champlain commençait toutefois à décliner. Au cours du printemps et de l’été de 1635, il ne quitta que rarement l’établissement de Québec. À la mi-octobre, le destin le frappa d’une crise cardiaque dont les effets furent dévastateurs. Il perdit l’usage de ses jambes et, rapidement, ce fut le tour de ses bras.

 

Durant les mois qui suivirent, ne lui restant que sa voix, il s’appliqua à exposer ses dernières volontés à ses amis et associés. Il disposa ainsi de son patrimoine, dont hériteront notamment le clergé et plusieurs familles françaises ayant planté leurs racines en terre d’Amérique.

 

Le grand départ

 

Pendant que Champlain poursuivait ses ultimes travaux à partir de son lit, les saisons se succédaient et la température commença à chuter. Dans sa chambre réchauffée par un feu de foyer crépitant et éclairée par quelques chandelles, l’esprit de Champlain commença à glisser et le soir de Noël de 1635, il rendit son dernier souffle.

 

À Québec, la population entière sortit dans les rues pour honorer cet homme et dans le froid hivernal, on marcha en procession à travers l’établissement. Des membres des Premières Nations aussi s’amenèrent pour exprimer leur peine sincère.

 

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Une délégation de Wendats arriva un peu plus tard avec un généreux cadeau de colliers de wampum afin de consoler les gens de Québec qui venaient de perdre leur chef. Leurs mythes et légendes garderont sa mémoire bien en vie durant plusieurs générations.

 

Malgré plus de trente ans de loyaux services à la couronne française, Champlain ne reçut aucun honneur significatif. Dans la décennie qui suivra, son remplaçant, Charles Huault de Montmagny, rompra avec la politique tempérée de Champlain dans ses relations avec les Premiers Peuples et plongera la colonie dans des conflits sanglants et coûteux aux conséquences historiques.

 

Un héritage unique dans les Amériques

 

Entré dans l’histoire au début du 17e siècle, Champlain a mené la charge de l’entreprise coloniale française en Amérique du Nord. En œuvrant étroitement avec trois générations de Français, ce visionnaire courageux et adroit aura permis à la France de revendiquer un vaste territoire et d’en faire une colonie viable.

 

Il s’imposa comme l’un des plus grands explorateurs de son époque. Il a étudié des milliers de kilomètres sur le littoral atlantique, du Panama jusqu’au Labrador, et exploré de vastes territoires d’Amérique du Nord, à l’échelle de ce qui constitue aujourd’hui six provinces canadiennes et cinq États américains.

 

Cartographe, Champlain fut un pionnier de la connaissance géographique en vertu des nombreuses cartes qui ont imposé de nouveaux standards de précision. Auteur prolifique et l’un des premiers ethnographes, il a publié plusieurs livres d’intérêt qui firent découvrir avec force détail l’Amérique aux Européens, tant sa nature sauvage que ses premiers habitants.

 

Pour aller plus loin, le livre Le Nouveau Monde oublié: La naissance métissée des premiers Canadiens

 

Sincèrement intéressé et fasciné par le monde autochtone malgré ses biais religieux et ethnocentriques, il a vécu avec eux durant de longues périodes, voyagé avec eux et combattu à leurs côtés lors de trois campagnes militaires.

 

Il a connu intimement les Wolastoqiyik et les Mi’gmaq, les Innus, les Algonquins, les Wendats et nombre d’autres Premières Nations. Il avait saisi leurs cultures politiques ainsi que leurs manières de faire la guerre et il sut en faire des partenaires et des alliés loyaux.

 

Champlain aura démontré un dévouement entier envers son rêve d’un Nouveau Monde en Amérique. Dans les moments critiques, il fut capable de tout risquer et de maints périls, il est passé près de ne jamais revenir — des batailles épiques qu’il a livrées aux 27 traversées de l’Atlantique, côtoyant chaque fois la mort de près.

 

Dans son développement historique, la Nouvelle-France aura hérité de l’attachement qu’avait Champlain à une humanité dont le caractère inclusif n’avait d’égal nulle part ailleurs à l’échelle des colonies européennes en Amérique du Nord.

 

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En sa qualité de père fondateur d’une colonie française en Amérique, il a su tisser avec les peuples autochtones des liens qui constituent le terreau dans lequel tous les francophones d’Amérique du Nord ont fait pousser leurs racines.

 

La culture canadienne, qu’il a contribué à faire naître, aura longtemps honoré son dévouement à une cause plus grande que lui. Pour son biographe David Hackett-Fischer: «sa plus importante contribution fut l’héritage d’un leadership fondé sur des principes dirigés vers la cause de l’humanité. C’est cela qui fait de lui une figure de classe mondiale dans l’histoire moderne. C’est son héritage légué à nous tous».