Zelensky «pire que Poutine»? Ces réfugiés ukrainiens hors du cadre

Libre Média en Espagne

Des photos des combats en Ukraine sont disposées sur le sol du Paseo del Prado devant un kiosque recueillant des dons pour les victimes de la guerre, le 7 juillet 2024 à Madrid. Photo: Jérôme Blanchet-Gravel pour Libre Média.

Lundi le 8 juillet 2024, à 10:35

Les temps de guerre fabriquent l’image tronquée de peuples unis derrière leurs dirigeants. Entrevue avec trois réfugiées ukrainiennes en Espagne fustigeant le comportement de leurs compatriotes ayant préféré au front… la plage. 

 

«Poutine, c’est le diable. Mais Zelensky est encore pire!», me lâche une quinquagénaire récoltant tout près du Musée Prado, à Madrid, des dons pour venir en aide aux Ukrainiens piégés par l’avancée russe.

 

Avec deux de ses compatriotes récemment installées dans la capitale espagnole, Olena (prénom fictif), monte la garde devant un modeste kiosque à l’une des extrémités du vert et agréable Paseo del Prado, avec des drapeaux bleu et jaune bien en vue.

 

Peur des représailles 

 

Si les trois femmes ont accepté de me parler, elles insistent pour garder l’anonymat, craignant pour la sécurité des membres de leurs familles, là-bas en Ukraine.

 

«Ne nous prenez pas en photo! Si votre article voyage sur les médias sociaux et se rend jusqu’en Ukraine, mon fils pourrait recevoir de la mauvaise visite», m’explique alors Oksana (prénom fictif), elle dans la soixantaine.

 

Elles appuient sans réserve leur pays contre l’offensive russe – opération qu’elles décrivent comme une «abomination» –, mais n’en demeurent pas moins très critiques du régime Zelensky, perçu dans leur cercle comme une organisation quasi mafieuse.  

 

«Volodymyr Zelensky, c’est un président corrompu qui n’entend absolument pas trouver de solution pour la paix. Il ne veut pas de cessez-le-feu et les Américains qui le soutiennent non plus. On sait très bien que l’entourage du président en profite pour s’en mettre plein les poches», assure Olena. 

 

«Pas au front mais en vacances»

 

Valentyna (prénom fictif) et Oksana sont en colère de voir certains de leurs compatriotes se la couler douce en Espagne, alors que les deux femmes ont présentement un fils sur le front, dans la région de DonetskLe fils de Valentyna, qui n’aurait pas même vingt ans, serait présentement tout près de Kharkiv, une ville mise sous pression de manière intensive par l’armée russe.

 

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«Cherchez bien, promenez-vous et vous verrez plein d’Ukrainiens sur les plages à Alicante, à Barcelone, sur la côte, etc. Grâce aux aides du gouvernement, ils ne sont pas au front mais en vacances. L’Espagne est un refuge de déserteurs!», s’indigne Olena, qui aura traduit pour l’occasion les propos de ses comparses maîtrisant peu l’espagnol.

 

 

Des manifestants portent un grand drapeau ukrainien lors d'un rassemblement de soutien à l’Ukraine soulignant la deuxième année de l'invasion russe, à Madrid le 24 février 2024. Photo: Javier SORIANO pour l’AFP.

 

 

Rappelons que début avril dernier, le président Zelensky a promulgué une loi sur la conscription réduisant l'âge des hommes appelés de 27 à 25 ans, dans le but de regarnir ses rangs alors que Kiev manque à la fois de soldats et de munitions.

 

Au moins 200 000 Ukrainiens en Espagne

 

Selon les chiffres officiels, le gouvernement espagnol a accordé une protection temporaire à plus de 200 000 citoyens ukrainiens depuis le 9 mars 2022, un statut qui accorde des permis de séjour et de travail aux Ukrainiens ayant fui l’invasion russe.

 

Plus de 14 millions d’Ukrainiens ont quitté leur pays depuis l’offensive, selon l’ONU. L’Ukraine comptait près de 45 millions d’habitants avant février 2022.

 

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Olena, Oksana et Valentyna déplorent toutes les trois de voir leur peuple être coincé entre deux gouvernements qu’elles ne portent manifestement pas dans leur cœur: ceux de Kiev et de Moscou, renvoyés ainsi presque dos à dos.

 

«Qu’est-ce qu’on peut faire? Attendre, et espérer que ça se termine le plus rapidement possible», souffle Oksana en haussant les épaules.