Il fallut attendre tard à l’été 1632 pour que la France soit fin prête à diriger une nouvelle expédition colonisatrice en Amérique, d’abord en Acadie. La chronique histoire de Marco Wingender.
À la fin de l’été de 1629, après s’être emparé de la colonie française de Québec et d’y avoir laissé une garnison de soldats britanniques, les frères Kirke se préparaient à regagner l’Angleterre.
Au revoir poignant
À Tadoussac, sous les exhortations de Champlain, le commandant David Kirke avait accepté d’envoyer davantage de provisions à Québec, suffisamment afin de pourvoir aux besoins des habitants en prévision du prochain hiver.
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Dans les barques de rivière qui retournaient vers l’Habitation de Québec se trouvaient notamment deux des trois jeunes Innues adoptées par Champlain, Espérance et Charité. Malgré leur désir de l’accompagner et de visiter la France, elles avaient été sommées par les Kirke de demeurer au Canada, où elles seraient hébergées par la famille Hébert.
Dans ses derniers moments avec elles, Champlain, le cœur gros, leur promit que les Français seraient bientôt de retour dans la vallée du Saint-Laurent. Le même jour, soit le 14 septembre, les Kirke levèrent l’ancre pour entreprendre le voyage de retour, atteignant la côte anglaise le 16 octobre 1629.
Une colonie française… sur papier
Aussitôt débarqué, Champlain s’informa de l’état des relations diplomatiques entre la France et l’Angleterre. On lui apprit que la guerre était bel et bien terminée. Un traité de paix avait même été signé trois mois avant la prise de Québec, dont les termes stipulaient que toutes conquêtes ou saisies réalisées après la conclusion de l’accord devaient être rendues à l’autre camp.
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Champlain était enchanté et David Kirke, en furie. Afin d’éviter d’être l’objet de poursuites coûteuses, il se dépêcha de relâcher ses captifs et prit les arrangements nécessaires pour que ces derniers regagnent la maison le plus rapidement possible.
Tous les Français se réjouissaient de pouvoir être ramenés en France à l’exception de Champlain qui refusait de quitter l’Angleterre jusqu’à ce qu’il puisse confirmer le statut juridique de la Nouvelle-France. Bien qu’il eût avec lui la force du traité, il savait très bien que de détenir le titre légal sur un territoire était une chose, mais d’en prendre possession physiquement en était une autre.
Redonner la Nouvelle-France aux Français
Se sentant investi d’une responsabilité personnelle de restituer la Nouvelle-France à sa mère-patrie, Champlain compila dans un rapport les agissements des Kirke et le fit parvenir à plusieurs destinataires en France.
Avec l’aide de l’ambassadeur de France à Londres, le marquis de Châteauneuf, son rapport put ensuite se rendre jusqu’au roi d’Angleterre, Charles 1er, qui reconnut que la colonie française appartenait bel et bien à Louis XIII.
Sur le coup, Champlain s’en réjouit, mais il ignorait un détail important. En 1625, Charles 1er avait épousé la sœur de Louis XIII en échange d’une dot de 2 400 000 de livres. Quatre ans plus tard, cette somme n’avait été payée qu’à moitié et tant que le paiement complet ne serait pas effectué, il avait été secrètement convenu que la Nouvelle-France allait demeurer sous contrôle anglais.
Les semaines passèrent et Champlain n’avait toujours pas reçu nouvelle de son roi qui, en manque chronique de financement, ne disposait pas de l’argent exigé. Finalement, lors de la dernière semaine du mois de novembre 1629, Champlain décida de retourner en France.
Retour au bercail pénible
Après une absence de plus de trois ans, sans emploi, Champlain revenait chez lui dans une grande adversité; la chute de Québec constituant le pire revers de sa carrière.
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Alors que les choses ne pouvaient paraître pires, il essuya une autre puissante gifle du destin quand sa magnifique épouse, Hélène Boullé, lui annonça qu’elle ne souhaitait plus vivre avec lui. Le divorce étant hors de question dans la France catholique, elle décida d’entrer dans un couvent et se réfugia dans les dévotions jusqu’à la fin de sa vie.
Malgré les difficultés et la tristesse qui l’affligeaient, Champlain puisa dans sa foi chrétienne la force de tenir bon, demeurant résolu à poursuivre son œuvre de vie.
Un espoir de courte durée
À Paris, Champlain commença à jeter de nouvelles bases d’appuis envers la Nouvelle-France et rapidement, il fut en mesure de capter l’attention du cardinal Richelieu et de Louis XIII. L’espoir renaissait tranquillement.
Soudainement, tout s’arrêta à nouveau quand une guerre éclata en Italie. Absorbés par les événements en Europe, le roi et son premier ministre décidèrent de repousser à plus tard le problème de la Nouvelle-France. Encore une fois.
Un promoteur infatigable de la Nouvelle-France
Malgré les reculs, Champlain redoubla d’ardeur et à Paris, il continua à jouer un rôle majeur pour garder en vie le rêve d’une nouvelle France en Amérique. Sans relâche, travaillant de pair avec les directeurs de la Compagnie des Cent-Associés, il exhorta le roi, le cardinal et le conseil royal à travailler à sa restitution.
Il profita aussi de cette période pour écrire son livre le plus important, intitulé Voyages de la Nouvelle-France, qu’il publia en 1632. Cet ouvrage, qui intéressa un vaste lectorat, visait à faire la promotion de son grand projet pour la Nouvelle-France à la cour de Louis XIII.
Restitution officielle
Finalement, en mars 1632, ses efforts portèrent fruit. Après une longue attente, Louis XIII accepta de payer son dû à Charles 1er pour la dot de sa sœur, en plus des intérêts. À la suite de longues négociations, la Nouvelle-France fut officiellement rendue à la France en vertu du traité de Saint-Germain-en-Laye.
La restitution officielle de la Nouvelle-France étant maintenant chose faite, le choix d’un responsable permanent pour la colonie demeurait une question ouverte. Pour des raisons obscures, Richelieu n’était pas un partisan de la nomination de Champlain, lui préférant Isaac de Razilly, un officier militaire d’une grande compétence et lui aussi profondément intéressé par le Nouveau Monde.
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À la surprise de Richelieu cependant, Razilly déclina l’invitation en précisant qu’il préférait servir à titre de lieutenant de Champlain, qu’il jugeait «plus compétent dans les affaires coloniales». Après un long délai, Richelieu céda au conseil de Razilly et malgré ses réticences, il nomma Champlain dans le rôle de lieutenant au cardinal pour la Nouvelle-France.
Une mission historique se prépare
Il fallut attendre tard à l’été 1632 pour que la France soit fin prête à diriger une nouvelle expédition colonisatrice en Amérique, d’abord en Acadie sous le commandement de Razilly. Quant à la vallée du Saint-Laurent, elle serait investie au printemps suivant par les Français dont les ordres étaient de récupérer la colonie perdue et de rebâtir sa capitale.
On ne peut qu’imaginer le bonheur ressenti par Champlain qui enfin, allait pouvoir reprendre la mer et se consacrer à ce qu’il aimait le plus au monde: la réalisation de son rêve d’un Nouveau Monde en Amérique.














