«La politique sanitaire a été une violation de la démocratie»

Entretien exclusif avec Ivan Rioufol

Ivan Rioufol le 17 janvier 2012 à Paris. Photo: Bertrand GUAY/AFP.

Jeudi le 16 février 2023, à 17:35

Journaliste au Figaro pendant 35 ans, Ivan Rioufol était déjà une personnalité dite controversée avant de devenir l’un des principaux opposants au sanitarisme en France. Quel regard porte-t-il sur son pays aujourd’hui? Entretien exclusif.

 

Ivan Rioufol s’exprime depuis plusieurs années sur la chaîne CNEWS. Essayiste, on lui doit notamment Le réveil des somnambules (2020) et Journal d'un paria (2022) aux éditions de L'Artilleur.

 

En dénonçant inlassablement le risque d'un asservissement des Français lors de la pandémie de Covid-19, il s'est particulièrement fait remarquer. Aujourd'hui, quel regard porte-t-il sur la gestion de la crise sanitaire? Voit-il venir un réveil des Français? Entretien avec un esprit libre. 

 

Alexis Brunet: Bonjour Ivan Rifoul. Lors de la pandémie de Covid-19, vous avez été fort virulent à l'encontre de sa gestion par le gouvernement du président Macron. Avec le recul, quel regard portez-vous sur vos positions? 

 

Ivan Rioufol: «Je ne regrette aucun des mots que j'ai prononcés depuis le début de cette pandémie. Au risque de paraître prétentieux, tout ce que j'avais annoncé s'est réalisé. Lors de la survenue de la pandémie, j'ai partagé la même sidération que tout le monde, mais au bout de quinze jours, je me suis méfié du discours apocalyptique mené par les médias sous la pression du discours officiel. 

 

Surtout, ce qui m'a mis la puce à l'oreille, c'est que la mécanique de la censure s'est immédiatement mise en place pour faire taire tous ceux – scientifiques, médecins – qui assuraient déjà que la pandémie n'était pas si létale et qu’elle était soignable.

 

Les mesures sanitaires ont pris la couleur d'un ordre sanitaire qui est devenu assez implacable – avec confinements à répétition et passe vaccinal. Cet ordre a été le témoignage d'une volonté d'asservissement d'un peuple docile. N'étant pas scientifique, je me suis bien gardé de juger les motivations scientifiques, mais ce qui ressort de cette politique sanitaire, c'est une violation de la démocratie. 

 

Il y a eu une impossibilité de débattre des solutions à apporter. C'est ce qui m'a fait parler, très vite, d'une sorte de tyrannie sanitaire, incapable d'entendre un autre discours. Des gens comme le professeur Didier Raoult sont donc devenus des dissidents. Didier Raoult a symbolisé cette incapacité à entendre une pensée alternative. »

 

Pensez-vous que la gestion de la crise sanitaire ait été un tournant dans la société française? 

 

Ivan Rioufol: «Ce qui m'a effrayé, et qui m'effraie toujours, c'est de voir que le peuple français, que l'on avait vu révolté avec l'affaire des gilets jaunes il y a quatre ans, s'est précipité chez lui pour mettre ses pantoufles et ses masques. Une politique de la peur a été insufflée par une propagande d’État, et a été accompagnée d’une politique de diabolisation des dissidents.

 

Cette double action a montré qu'elle pouvait être efficace quand un pouvoir, structurellement faible dans le reste de ses missions régaliennes – notamment face à l’insécurité –, parvenait à s'imposer sur un sujet très largement fabriqué. 

 

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La leçon à en tirer, c'est qu'un peuple soumis à une politique de la peur – que ce soit la peur climatique, la peur du populisme, la peur de la guerre ou encore d’un virus –, peut renoncer à toutes ses libertés essentielles. 

 

Aujourd'hui encore, je pense que beaucoup de gens ont pris goût à cette sorte d'asservissement. Ils se sont réfugiés sous les ailes de cet État providence qui a feint de les protéger, alors qu'il ne les protège plus sur beaucoup d'autres aspects. Cet État a fait de la santé un dogme suprême, alors que ce n'est pas le cas.» 

 

Cet asservissement que vous dénoncez, avez-vous le sentiment qu'il est irréversible? 

 

Ivan Rioufol: «C'est difficile d'être catégorique, ce ne sont que des impressions, mais je ne vois pas de rébellion. Certes, il y a actuellement des protestations contre la réforme des retraites, mais elles ne reflètent pas l'état d'irritation de la population. Avec cet épisode du Covid-19, il me semble que les Français ont renoncé à affronter le réel. Aujourd'hui, ils semblent craindre tout ce qui pourrait leur arriver et qui n'ait été prévu. 

 

Ça me désole, mais je sens une grande pusillanimité dans l'opinion publique. Pour le moment, je ne sens pas ce souffle qu'il y a eu il y a quatre ans au moment des gilets jaunes. On est à peine sorti de la peur du Covid-19 qu'on est entré dans la peur de la guerre. Emmanuel Macron attise toujours la peur du populisme et de l'extrême droite. Le régime Macron s’est rendu champion de cette instrumentalisation de la peur, ce qui est détestable.» 

 

Dans ce contexte, un réveil des Français est-il possible? 

 

Ivan Rioufol: «J'avais été admiratif du premier mouvement des gilets jaunes. C'était un mouvement spontané de la France oubliée, qui était monté à Paris sans slogans, sans partis et sans syndicats. Elle a montré qu'elle était là, qu'elle entendait exister et reprendre son destin en main. 

 

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Trop rapidement, j'en avais conclu que les Français étaient prêts à reprendre ce flambeau de la contestation pour des sujets bien plus graves que l'augmentation du prix de l'essence, ou que l'invisibilité de cette France-là. 

 

Je pensais qu'il y aurait une résurgence de ce mouvement. Or, je suis bien forcé de constater que ça n'a pas eu lieu. Pour l'instant, cet élan a été cassé, à la fois par le Covid-19, qui a tétanisé tout le monde, et par ce ‘’quoi qu'il en coûte’’ qui a calmé beaucoup de colères. Je peux me tromper, mais je n'ai pas le sentiment que les gens sont aujourd'hui prêts à se fédérer.» 

 

Ni même autour du mouvement de contestation de la réforme des retraites? 

 

Ivan Rioufol: «Il y a actuellement de grandes manifestations, certes, mais elles ne représentent pas l'ensemble des colères. Ce qui mériterait de faire descendre les Français dans la rue n'arrive pas à faire sortir de leur somnolence une grande partie des citoyens. 

 

Malgré ce qu'ils nous disent, les syndicats ne sont pas représentatifs du peuple français, d'abord pour une raison simple: leur refus de voir le Rassemblement national les rejoindre dans les manifestations. Ce parti ayant fait près de 50% des voix aux dernières élections présidentielles, les syndicats se coupent de la moitié de la population. 

 

Pour l'instant, je suis donc dans l'attente d'une révolte qui ne vient pas. Le grand paradoxe, c'est que comme beaucoup de gens, je l'espère. Tout le monde analyse que la colère française est actuellement multiforme, qu'elle est palpable à n'importe quel coin de rue. 

 

Cette colère n'arrivant pas à se fédérer, le président de la République joue assez habilement sur cette tétanisation: il continue à se montrer comme le protecteur d'un peuple qu'il ne protège plus, sinon encore une fois par ce biais hygiéniste. Il tente de délégitimer les oppositions et de diaboliser ses contradicteurs.» 

 

Être dans l'expectative de quelque chose qui ne vient pas, n'est-ce pas paradoxal? 

 

Ivan Rioufol: «Oui, c'est une drôle de paix. Nous sommes dans une sorte de période d'attentisme. D'un côté, on voit que la moindre goutte d'eau pourrait faire exploser toute la société. De l'autre, il y a une grande crainte de faire un pas de plus en avant. 

 

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L'opinion a mesuré elle-même l'état de grande fragilité de la société, mais comme il n'y a pas de solution alternative au pouvoir en place jusqu’à présent, je crois que les Français sentent qu'il est prudent de ne rien faire pour l'instant, qu’il vaut mieux ne pas brusquer les événements. 

 

Si Emmanuel Macron était ébranlé dans son pouvoir, la seule alternative actuelle serait le Rassemblement national. Or, il y a beaucoup de gens qui doutent de la capacité du Rassemblement national à pouvoir faire mieux que lui. 

 

Néanmoins, cet attentisme peut évoluer très vite. Il est possible que si vous m’appeliez dans quinze jours, la situation ait changé. Pour le moment en tout cas, je ne vois rien venir, malgré le récit médiatique qui voudrait nous faire croire que toute la France est dans la rue pour défendre les retraites.» 

 

Vous dites que la situation peut vite changer. Seriez-vous donc un peu optimiste sur la capacité de Français à reprendre leur destin en main? 

 

Ivan Rioufol: «Je suis partagé. La soumission des Français à la peur lors de l'épidémie de Covid-19 peut laisser présager d'autres soumissions aussi futiles. Je suis déçu de l'attitude du peuple face à la gestion de la crise sanitaire, mais je la comprends et je l'accepte. 

 

Là où je suis optimiste, c'est que je pressens que cette colère n'est pas complètement éteinte: une braise est toujours présente, et un rien suffirait pour rallumer l'incendie. On est actuellement dans un entre-deux, dans une période d'attente. Je suis partagé entre une grande déception, un attentisme et un espoir, malgré tout, d'un réveil du peuple français, qui est actuellement somnambule.»