Élections américaines: beaucoup plus qu’un duel gauche-droite

Donald Trump montre des vidéos de la vice-présidente américaine et candidate démocrate à la présidentielle Kamala Harris lors d'un événement en Géorgie, le 23 octobre 2024. Photo: Christian MONTERROSA pour l’AFP.

Jeudi le 31 octobre 2024, à 10:40

L'élection américaine 2024 dépasse le clivage gauche-droite. Elle met en lumière un mouvement de fond contre un certain establishment, où des citoyens désabusés réclament une réelle liberté d’expression et le retour du bon sens.

 

Une élection est toujours fascinante parce qu’elle lève le voile sur les humeurs d’un peuple. Des humeurs qui sont souvent refoulées, dont les élites ne tiennent pas compte, et qu’on tente parfois même de faire taire.

 

L’élection américaine 2024 est encore plus fascinante parce que, cette fois-ci, il me semble que c’est plus qu’une élection entre démocrates et républicains, ou entre la gauche et la droite. À cette élection-ci, ce qu’une bonne moitié de la population (sera-t-elle majoritaire?) va demander mardi prochain, c’est une correction.  

 

Aux États-Unis comme ailleurs en Europe, en Amérique latine et chez nous au Canada, les citoyens ne sont pas de bonne humeur envers leurs élites. 

 

Pour les Américains, ce sera à leur tour d’exprimer leur refus de ce qui leur est proposé depuis quelques décennies par les administrations progressistes de Clinton, Obama, Biden et Harris: une immigration insoutenable, des politiques climatiques qui doublent et triplent le coût de l’énergie, des politiques EDI injustes, discriminatoires et exclusives… et des institutions gangrenées par une philosophie woke que le commun des mortels subit sous peine d’être perçu comme immoral.

 

Une bataille culturelle

 

Ce à quoi on assiste, c’est une bataille culturelle, un appel à la raison, un retour au sens commun d’un État national qui respecte la liberté individuelle de ses citoyens. 

 

Parmi les enjeux jugés extrêmement importants pour les Américains selon un sondage Gallup de septembre 2024: l’économie, l’état de la démocratie américaine, le terrorisme et la sécurité nationale et l’immigration. Voyez donc dans où se situent les changements climatiques…

 

Cette élection n’est donc pas une bataille entre les démocrates et les républicains tels qu’ils se définissaient dans les dernières années. Tout ça est en train de bouger. Les bases militantes se redéfinissent. 

 

On le voit par des mouvements de gens qui passent d’un camp vers l’autre: des démocrates qui appuient maintenant Trump et des républicains qui rejoignent Harris. Des cols bleus syndiqués qui normalement étaient associés au Parti démocrate affichent les couleurs du Parti républicain. Idem pour les jeunes hommes noirs, les latinos, les juifs, les musulmans, etc. 

 

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Les femmes, quant à elles, sont nombreuses à opter pour Kamala Harris. Parce que c’est une femme, parce qu’on est de gauche, parce que Trump est une brute, mais aussi parce qu’on a reculé (quelle erreur!) sur Roe vs. Wade qui garantissait le droit à l’avortement sur tout le territoire américain.

 

La liberté d’expression et la démocratie à l’ordre du jour

 

On observe aussi qu’il s’agit d’une campagne où on n’a jamais autant parlé de liberté d’expression, de la censure imposée par les gouvernements démocrates, leurs agences et leurs alliés médiatiques. La notion de «Censorship Industrial Complex» est de plus en plus utilisée pour dénoncer les lois muselant l’expression libre des idées. 

 

De fait, plusieurs influenceurs ou journalistes de grand calibre, des gens depuis toujours associés au Parti démocrate se sont maintenant rangés du côté républicain.

 

Pourquoi? Parce qu’il y a dans l’équipe de Trump des gens qui font une bataille pour la liberté d’expression alors qu’il y a du côté de Harris, des officiers de la censure et une arrogance envers «le petit peuple sous-éduqué» qu’on veut museler et à qui on veut imposer des changements sociaux et culturels qui n’ont aucun sens.

 

En 2024, l’électeur a donc le choix de mettre un terme à toute cette folie, et de congédier les élites du Parti démocrate qui ne lui ressemblent pas – ou d’acheter l’idée que Trump est fasciste, le prochain Hitler, et donc, un danger pour la démocratie.

 

Les médias traditionnels vétustes

 

Mais parlant de danger pour la démocratie, suggérons aux médias tentés de récupérer le spin d’Hitler d’analyser le rôle qu’ils jouent présentement. Parce qu’ils auraient beaucoup à se reprocher. Et parce qu’à l’heure actuelle, ils sont d’une parfaite inutilité.

 

S’ils croient vraiment qu’une saine démocratie repose sur un quatrième pouvoir qui sait rendre compte factuellement de toutes les options qui s’offrent aux électeurs, il y a un danger pour la démocratie qui vient au moins en partie d’eux.

 

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À cet égard, cette élection est révélatrice du désarroi des médias traditionnels. En effet, même s’ils essaient très fort d’orienter la réflexion des électeurs avec des spins les plus injurieux, les plus criants d’absurdité ou dégradants… c’est la première élection où on a le sentiment qu’ils n’exercent aucune influence sur l’électeur. Pour l’honnête citoyen gourmand de politique publique, ils sont donc parfaitement inutiles.

 

Le monde de l’information bouleversé 

 

En sourdine à cette élection, on assiste ainsi à une profonde transformation du monde de l’information. Cette semaine, le propriétaire du Washington Post donnait la consigne à ses équipes de journalistes et d’éditorialistes de ne pas appuyer un candidat dans cette élection. 

 

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Ce n’était pas arrivé depuis 30 ans que la rédaction de ce journal ne prenne position pour un candidat à la présidentielle américaine. La raison? Parce que la direction de ce média estime qu’il a un problème de crédibilité, notamment parce qu’il parait biaisé. «Notre travail, en tant que quotidien de la capitale du plus important pays du monde, est d’être indépendants», a déclaré le directeur général du quotidien, William Lewis.

 

Un souhait bien compréhensible. Mais est-il trop tard? On le voit bien, on l’entend, on y assiste en temps réel. Et ça va vite! Si Obama utilisait les médias sociaux de son époque, pour Trump et Harris, on est à mille lieux de ça: réseaux sociaux, X «non-censuré», podcasts qui comptent des millions d’écoutes et d’abonnés, mèmes qui ridiculisent et amplifient des sorties loufoques qui indignent les adversaires, etc. 

 

Ajoutez à cela des réseaux accessibles sur Internet tels CNN, FOX et CNBC, mais qui sont en fait des fans clubs pour chacun des partis. Voilà ce qui s’offre au citoyen qui veut s’informer des visions de chaque formation, comme à l’électeur militant et consommateur d’infodivertissement.

 

Restons calmes

 

Finalement, cette campagne 2024 n’a rien pour nourrir les mordus de politique publique. Les deux partis sont protectionnistes et projettent d’endetter les États-Unis comme jamais auparavant.

 

Malheureusement, le conservatisme fiscal et le libéralisme économique ne font pas l’objet de cette élection. Aux États-Unis comme au Canada et au Québec, les élections se gagnent en distribuant des bonbons électoraux.

 

Mais le 5 novembre prochain, nos voisins du sud se choisiront un nouveau président ou une nouvelle présidente. Mon seul souhait, c’est que le résultat du vote soit indiscutable. En fait, l’idéal serait que le candidat gagnant remporte à la fois le vote populaire et le collège électoral.

 

Pour le reste, restons calmes devant les prophéties d’apocalypse. Les Américains en ont vu d’autres et quant à nous, la sagesse exige de faire la différence entre nos voisins américains et leurs administrations qui se succèdent.