Covid-19: le principe de précaution sacrifié sur l’autel de Big Pharma

Un enfant de 8 ans reçoit le vaccin Pfizer-BioNTech Covid-19 à Montréal, le 24 novembre 2021. Photo: Andrej Ivanov pour l’AFP.

Lundi le 2 décembre 2024, à 10:05

Le médecin retraité Robert Béliveau s’adresse au Collège des médecins du Québec pour lui demander de jouer son rôle de gardien éthique et de réhabiliter le principe de précaution, littéralement piétiné durant la Covid-19.

 

Au cours de la pandémie de Covid, le terme «principe de précaution» a été complètement oublié. Non, plutôt piétiné.

 

Ce principe de prudence interdit de déployer des innovations non éprouvées au seul motif qu’elles «puissent peut-être s’avérer bénéfiques» ou qu’on présume et croit qu’elles le seront. 

 

Le principe de précaution est, en fait, un principe conservateur qui stipule que les innovations ne devraient pas être autorisées, à moins qu'il ne soit clairement établi que les avantages sont supérieurs aux inconvénients. 

 

Ce principe précise aux promoteurs de toute nouvelle technologie, diagnostique, préventive ou thérapeutique, qu’ils doivent rester vigilants, être à l’affût. 

 

Et méthodiquement rechercher aussi bien les dommages que les avantages présumés du produit. Si des inconvénients sont possibles, même sans être radicalement saillants, et même s’ils ne sont que possibles ou virtuels, des recherches doivent être menées, avec rigueur et transparence, pour établir que des preuves de sécurité et d’efficacité sont clairement démontrées avant que leur mise en marché ne puisse être envisagée. 

 

L’urgence ne saurait tolérer la négligence ou la violence. 

 

D’abord ne pas nuire

 

À bien des égards, le principe qui est à la base de ce processus, avant même la commercialisation, est bien connu des praticiens: primum non nocere; le premier devoir du médecin est de ne pas nuire. 

 

Et le rôle primordial du Collège des Médecins du Québec (CMQ) ainsi que des organismes de réglementation est celui de faire respecter ce principe. Ceci afin de mieux protéger la population, ce qui constitue le fondement même de notre profession. 

 

 

Le débat scientifique, ouvert, respectueux, libre de toute censure, aurait dû être favorisé, facilité, et encouragé par le Collège des médecins.

 

 

Tous les médecins, et en particulier le CMQ, sont légalement imputables en vertu de cette règle qui doit superviser toute décision. Sans quoi la méfiance envers la médecine, les médecins et les institutions ne pourra que s’installer, et même s’incruster. Irrémédiablement. 

 

Le principe de précaution est intégré dans de nombreuses réglementations relatives aux industries pharmaceutiques et aux dispositifs médicaux. La sécurité ne saurait être présumée. Au contraire, elle doit être démontrée. 

 

Bien sûr, on doit aussi tenir compte d’un élément de proportionnalité. On concédera que dans le cas d’un médicament destiné à prolonger la vie de patients en phase terminale, il puisse être approprié de tolérer un risque d'effets indésirables sévères plus élevé. 

 

En revanche, pour une maladie anodine, sans risque marqué, comme un banal mal de tête ou un cas de Covid-19 chez un enfant en bonne santé, on exigera d’une nouvelle technologie qu’elle soit extrêmement sécuritaire avant son adoption ou son inclusion dans le carnet vaccinal des enfants. 

 

La prudence, une entrave pour Big Pharma

 

On peut imaginer que ce «principe de précaution» n'est pas souhaitable pour l’industrie bio-pharma et se dresse comme un obstacle pour ces entreprises en mal d’innovations et en quête de nouveaux marchés; en effet, la prudence ne leur permet pas, en temps normal, de commercialiser leurs produits aussi vite qu’ils ne le souhaiteraient tout en augmentant les frais de mise en marché. 

 

L'industrie pharmaceutique, en particulier, a plaidé fortement en faveur d'un
«principe d’innovation» qui accepte les risques inhérents à toute innovation: il y aura toujours un risque et il faut donc l’accepter. 

 

À l’opposé, le principe de précaution nous contraint à exiger des preuves solides de sa sécurité avant la mise en marché plutôt que d’obtenir des preuves de sa dangerosité avant de le retirer du marché. 

 

Le monde à l’envers

 

On peut dire sans se tromper que le principe de précaution fut totalement inversé durant l’épisode de la «crise sanitaire Covid-19». La même présomption téméraire que «la fin justifie les moyens», surtout lorsque fondée sur un climat de panique savamment orchestré et entretenu dans la population. 

 

La fabrique de la peur fut à l’origine de plusieurs interventions non pharmaceutiques discutables: masques, lavage des mains, distanciation, confinement, couvre-feu, fermetures d’école, d’entreprises jugées non essentielles, etc. 

 

Pour conclure, l’injection ARN-m fut élevée frauduleusement au rang de «vaccin» pour gagner en réputation à d’une population désinformée. 

 

Les conditions dites d'urgence ne justifient jamais d’abandonner le principe de précaution. C’est en vertu de l’article 13 du code de déontologie («Le médecin doit s'abstenir de participer à une action concertée de nature à mettre en danger la santé ou la sécurité d'une clientèle ou d'une population») que nous avons porté cette situation à l’attention du CMQ. 

 

On peut aussi invoquer l’article 18: «Le médecin doit chercher à établir et à maintenir avec son patient une relation de confiance mutuelle et s’abstenir d’exercer sa profession de manière impersonnelle». 

 

Dès qu’on parle de généraliser et systématiser une pratique préventive – car on s’adressait à une population à risque minoritaire, mais aussi à une majorité en bonne santé et à très faible risque avec une plateforme ARN-m, jamais utilisée chez les humains. Donc, encore au stade expérimental. 

 

On est en droit de demander au CMQ: Comment le médecin devrait-il se comporter devant un patient qui ne souhaiterait pas recevoir ce «vaccin» malgré l’insistance obsessionnelle de nos autorités politiques et sanitaires à réclamer de tous, à risque ou non, de se soumettre à cette injection?

 

Si une situation est jugée (à tort ou à raison) urgente, mais que les avantages et les inconvénients du médicament novateur sont incertains, alors les actions ou les innovations devraient être provisoires et très étroitement surveillées. 

 

Non seulement par les fabricants, en conflit d’intérêt, mais aussi, et surtout, par des scientifiques indépendants et sans conflit d’intérêt. Ne serait-ce pas là le rôle de la santé publique et de l’INSPQ? Pourquoi donc? Afin de retirer très rapidement le produit (vaccin ou autre) ou d’en stopper la promotion si les avantages ne sont pas clairement supérieurs aux dommages. 

 

Manquements graves

 

Il ne suffit pas de faire quelque chose «juste au cas où ça pourrait peut-être aider». Des preuves solides doivent être au rendez-vous après une analyse soignée par des chercheurs compétents, incorruptibles et basée sur une collecte rigoureuse des données. Ce qui fait actuellement cruellement défaut. 

 

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La «bonne science» est rudement mise à l’épreuve et malheureusement, la capture et le détournement par la politique de la science sont catastrophiques pour la population. Le politicien ne saurait se substituer au médecin. Ni lui dicter sa conduite, l’intimider et bafouer notre code de déontologie. 

 

Les politiques de lutte contre la pandémie auraient été très différentes si le principe de précaution avait été appliqué correctement, notamment face aux diverses interventions non pharmaceutiques promues ou imposées, telles que l’usage du masque (inutile), surtout imposé aux jeunes et aux enfants (nuisible), le couvre-feu (nuisible), le confinement (nuisible), la distanciation sociale arbitraire, les fermetures d’entreprises jugées non essentielles (très nuisible aux entrepreneurs), etc. 

 

Chaque intervention politique (dite sanitaire) aurait dû être aussi examinée à l'aide d’autres outils, déjà validés dans les sciences sociales et dans le domaine du droit afin d’évaluer plus justement leur utilité, leur valeur, leur légitimité, leurs risques, connus ou non, et leur proportionnalité. 

 

Le silence troublant du CMQ

 

Le Collège des médecins, exclu des décisions politiques et soumis à celles-ci, a-t-il encore un rôle à jouer? Et des opinions éthiques à émettre? Comment le CMQ, entité essentielle et, en principe, indépendante du pouvoir politique, justifie-t-il son silence complice et qu’il a contribué à imposer, dans cette période de tumulte, de crise et de doute? 

 

Le débat scientifique, ouvert, respectueux, libre de toute censure, aurait dû être favorisé, facilité, encouragé par notre Collège, afin d’éviter de basculer dans le dogmatisme, le scientisme et l’aveuglement, qu’il soit volontaire ou non. 

 

Le Dr Mauril Gaudreault est-il ce leader éthique, centré sur des valeurs intemporelles, celui qui pourrait contrebalancer ou du moins nuancer ce moment délirant et monolithique, basé sur des choix politiques, justifiés par quelques experts condescendants et clairement biaisés par des conflits d’intérêts? 

 

La science, la vraie, cherche, questionne, doute et se contente d’informer sur ce qui est connu, à découvrir ou toujours inconnu. La «science médicale» est très complexe, imparfaite et souvent biaisée; elle doit respecter son rôle et ses limites, ne rien imposer, ni intimider, ni culpabiliser. La science médicale n’a rien à vendre. 

 

Elle poursuit sa quête, qui n’est pas financière. Une vraie science est fiable, reproductible, sait douter, débattre et reste enracinée à cet art de la rencontre individuelle, sacrée et respectueuse. 

 

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Elle s’établit fermement sur des principes inaliénables de déontologie, un art du soin personnalisé et surtout, respectueux, entre le médecin et son patient. L’art de la rencontre, du débat (qui n’est pas un combat, mais une ouverture) doit reprendre ses droits. 

 

Et les médecins, les soignants de tout ordre, ainsi que les patients et citoyens, dociles ou rebelles, doivent aussi rapidement retrouver leur droit de parole et de décision libre et éclairée. Et ils n’auraient jamais dû avoir à se battre si le CMQ et son président s’étaient érigés avec vigueur et courage contre cette intimidation politique et ces abus de pouvoir d’une santé publique politisée. 

 

C’est en tant que citoyen et ancien membre de cette noble confrérie, que je m’adresse au CMQ et à son président, et les invite à jouer leur rôle et défendre ardemment nos valeurs, le Code de déontologie, et, en particulier, le principe de précaution. 

 

La confiance dans nos institutions doit être restaurée et elles doivent redevenir dignes de confiance si elles veulent préserver leur légitimité.