Le besoin de s’autochtoniser révèle la nécessité d’améliorer sa relation avec son territoire et les êtres qui l’habitent, tout comme ceux qui l’ont habité par le passé.
Il y a une vingtaine d’années, l’ONU a reconnu les premiers peuples établis sur le territoire canadien comme «Autochtones». Depuis, on emploie ce nom avec une majuscule pour désigner l’ensemble des membres des Premières Nations, des Inuits et des Métis au Canada.
Ceux et celles qui n’en font pas partie, c’est-à-dire les descendants des colons européens et autres immigrants récents dans l’histoire du pays, sont désormais parfois appelés «non-autochtone » ou encore «allochtones». Qu’est-ce que cela signifie réellement?
Majuscule ou minuscule?
Au Québec, le nom propre «Autochtone» désigne un groupe ethnoculturel dont le nom d’origine ne s’est pas (encore) imposé dans la langue française. D’ailleurs, pour certains Autochtones francophones, il manque quelque chose à ce nom propre, notamment car il vient d’une langue étrangère.
En français, le nom commun «autochtone» avec une minuscule signifie une «personne née dans le pays même où elle habite, dont les ancêtres ont vécu dans le pays». Le nom commun est donc générique, car il fait référence à un concept plutôt qu’à un peuple précis.
Les racines de l’autochtonie
La racine étymologique du mot «autochtone» provient du mot autokhthōn en grec ancien signifiant «issu de sa propre terre». Il y a donc deux concepts fondamentaux qui constituent le sens de ce mot : le rapport d’une personne ou de sa communauté avec son territoire, et celui avec son passé.
Ce qui est paradoxal pour les Autochtones, c’est que leurs ancêtres n’avaient pas la notion de propriété; ni envers les idées, les objets, la Terre ou tout autre être vivant, y compris les ancêtres.
Les gens étaient issus d’un territoire auquel ils avaient un sentiment d’appartenance, mais il était inconcevable qu’ils en soient les propriétaires. Leur rôle était d’assurer la pérennité des ressources par respect pour leurs ancêtres et les futures générations.
À lire aussi: La crise d’Oka, les prémices d’un réveil autochtone
Il y avait un lien sacré de nature spirituelle qui les unissait (et qui les unit toujours) au territoire d’où ils étaient originaires, et donc au passé également. C’est là le cœur de l’esprit autochtone, que l’on nomme en français «autochtonie». Le CNRTL définit ce mot comme suit: «état d'une personne dont l'âme, la pensée sont celles de l'autochtone».
La relation entre des autochtones, leur territoire et les êtres qui l’habitent (ou l’ont habité) est essentielle au maintien d’un certain équilibre global; ils en sont les gardiens. Il leur est primordial de respecter la technologie naturelle et de s’en inspirer fortement, car celle-ci a donné naissance à l’être humain et le nourrit.
La notion d’humilité est donc également fondamentale à la viabilité d’un écosystème où ils sont présents.
Un besoin omniprésent
On ressent actuellement au Québec, tout comme dans beaucoup d’autres pays occidentaux, un besoin de se rapprocher de la nature, que l’on pourrait traduire par un désir d’«autochtonisation».
Ce phénomène s’inscrit notamment en réaction à la formation d’une monoculture mondiale ainsi que pour faire face aux défis de la vie quotidienne moderne.
À lire aussi: Le traité de Murray et les droits territoriaux des Wendat
Certains groupuscules d’extrême droite tentent maladroitement de s’approprier ce mouvement, mais contrairement à ce qu’ils prétendent, l’autochtonie n’est pas exclusive à un groupe ethnique: tout être humain peut y aspirer.
D’ailleurs, chez les Autochtones, il était courant d’adopter des personnes issues d’autres ethnies pour différentes raisons.
Le besoin de s’autochtoniser révèle la nécessité d’améliorer, de manière plus ou moins urgente, sa relation avec son territoire et les êtres qui l’habitent, tout comme ceux qui l’ont habité par le passé.
Il s’agit donc de transmuter le rapport de domination, de surexploitation et de surconsommation des éléments naturels en lien de confiance et de réciprocité avec ceux-ci afin de raccorder la voix de l’humain au chœur de la nature.













