Israël: Netanyahou aux portes d’un nouveau mandat

Une casquette portant le slogan «Je vote Bibi» est exposée parmi du matériel électoral à l’effigie de Benjamin Netanyahou, avant une cérémonie de vœux du Nouvel An juif à Tel-Aviv, le 17 septembre 2026. Photo: Jack GUEZ/AFP.

Mercredi le 28 octobre 2026, à 16:15

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Israël: Netanyahou aux portes d’un nouveau mandat
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Quatre ans de plus pour Bibi? C’est le scénario qui se dessine au lendemain des élections législatives israéliennes, les premières depuis le pogrom du 7 octobre 2023 et la guerre de Gaza.

 

Initialement donné battu par son principal adversaire Gadi Eizenkot, le «Roi Netanyahou» pourrait remporter 53 des 120 sièges de la Knesset, même si 10% des bulletins restaient à dépouiller ce mercredi soir, heure de Tel-Aviv.

 

Un vote aux allures de référendum

 

Au carrefour d’enjeux vitaux, tant sur le plan intérieur qu’international, le pays n’avait sans doute jamais connu de campagne aussi haletante.

 

Fortement polarisée, la société israélienne a au fil des mois transformé ce scrutin en référendum «pour» ou «contre» Benjamin Netanyahou, alors que 68% des Israéliens juifs considéraient les attaques du 7 octobre 2023 — au regard desquelles le rôle du premier ministre est vivement critiqué — comme un élément structurant de leur choix.

 

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À midi mardi, le taux de participation avait dépassé 31%, soit la plus forte participation depuis 1977 pour des élections législatives en Israël. Sans surprise, la mobilisation a été plus enthousiaste chez les opposants qu’au sein des partis de la coalition actuellement au pouvoir.

 

Dans la presse israélienne, la «fatigue Bibi» a été maintes et maintes fois commentée au cours des dernières semaines. Beaucoup, notamment chez la jeune génération, n’ont de fait pas connu d’autre figure à la tête du gouvernement de l’État hébreu.

 

Mais de toute évidence, cela n’aura pas suffi à renverser l’homme fort du pays, alors que ce dernier penche plus fortement à droite depuis le début de la guerre.

 

La performance Eizenkot

 

Les derniers sondages, publiés vendredi dernier, annonçaient pourtant Benjamin Netanyahou au coude-à-coude avec son principal rival Gadi Eizenkot (50 sièges contre 54 sièges pour chaque bloc).

 

Gadi Eizenkot, ancien chef d’état-major de l’armée israélienne et chef du parti Yashar, s’adresse à ses partisans lors d’un rassemblement électoral à Hadera, en Israël, le 8 octobre 2026. Photo: Jack GUEZ/AFP.

 

 

Considéré comme centriste, Gadi Eizenkot n’est pas un tendre. Chef d’état-major de l’armée israélienne entre 2015 et 2019, il a théorisé la «doctrine Dahiya», qui consiste en l’emploi délibérément disproportionné de la force militaire pour répondre à toute attaque, sans égard pour les vies civiles ni pour l’intérêt tactique des cibles.

 

La doctrine, appliquée par Israël depuis le pogrom du 7 octobre, a isolé le pays sur la scène internationale. Paradoxalement, c’est pour renouer avec les alliés d’hier que Gadi Eizenkot s’est lancé dans l’arène, à la fin de l’été.

 

Les débats clés de l’élection

 

Gadi Eizenkot avait fait valoir son désaccord avec Benjamin Netanyahou sur d’autres dossiers, comme la réforme judiciaire — qui avait fait descendre, chaque semaine, près d’un million d’Israéliens dans les rues avant le 7 octobre 2023 — ou la loi fondamentale de 2018 privant les citoyens non-juifs de certains droits politiques.

 

Au cours de la campagne, M. Eizenkot a également défendu l’extension du service militaire obligatoire aux jeunes juifs ultra-orthodoxes, un sujet particulièrement sensible en Israël.

 

À la sortie de son bureau de vote à Herzliya (nord de Tel-Aviv), le héraut des anti-Netanyahou avait déclaré mardi: «J’appelle tous les citoyens israéliens à aller voter, à ne pas se laisser décourager par la chaleur ou les perturbations, et à garder leur objectif en tête, remplacer dès ce soir le pire gouvernement qu’ait connu Israël depuis la création de l’État».

 

Que fera Isaac Herzog?

 

À la lumière des résultats partiels, les Israéliens ne l’ont pas tous entendu de cette oreille. Mais dans un pays au fonctionnement institutionnel complexe, rien n’est encore joué.

 

Désormais, c’est au président Isaac Herzog de trancher, en appelant au pouvoir le candidat jugé le plus capable de rassembler.

 

Dans cette optique, la constitution ne le contraint pas à choisir celui dont le parti est arrivé en tête, ce qui pourrait théoriquement mettre Benjamin Netanyahou hors course.

 

Certains arguments de poids jouent contre Bibi : parmi eux, son procès toujours en cours pour corruption, le mandat d’arrêt international dont il fait l’objet, le bilan humain de la guerre à Gaza ou l’enlisement du conflit iranien.

 

Mais la capacité hors pair du chef du Likoud à former des coalitions devrait vraisemblablement lui permettre de garder son fauteuil, même si la reprise attendue des hostilités entre Washington et Téhéran — après les élections américaines de mi-mandat — reste une inconnue de l’équation. Mercredi soir, Gadi Eizenkot a à ce titre mis en garde contre «toute tentative d’utiliser la sécurité d’Israël à des fins politiques».

 

L’avenir d’Israël en question

 

Quoi qu’il en soit, le prochain titulaire du poste n’aura pas la tâche aisée: profondément fragilisée par trois années de frappes meurtrières, la diplomatie israélienne devra redoubler d’efforts pour retrouver sa voix dans le concert des nations, dans un contexte où les menaces existentielles persistent pour l’État hébreu.

 

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Aux prises avec une société toujours très fracturée, tant au plan économique que religieux, le prochain premier ministre israélien devra aussi panser les plaies collectives. Signe de ces tensions, le Likoud a accusé mercredi soir les partis à majorité arabe d’avoir «volé les élections».

 

La probable reconduction de Benjamin Netanyahou ne devrait d’ailleurs pas l’exonérer de réponses publiques quant aux failles de sécurité ayant permis le massacre du 7 octobre 2023.

 

Alors qu’une commission de l’ONU vient d’accuser les autorités israéliennes «d’extermination» en Cisjordanie et de «poursuite du génocide» à Gaza, une issue politique au conflit paraît plus que jamais indispensable. Avec ou sans Bibi.