Entre repli économique, affaiblissement fédéral et chaos institutionnel, les États-Unis de Trump risquent l’implosion, selon l’historien Marc Simard. Le Canada doit donc se détacher de ce pays avant d’être aspiré dans sa chute.
Avec l’élection de Donald Trump en novembre 2024, paradoxalement, le risque d’une guerre civile aux États-Unis a diminué.
Le danger d’une révolte du noyau dur de MAGA, formé de gens lourdement armés qui auraient possiblement refusé le verdict des urnes en cas de victoire de Kamala Harris, a en effet sensiblement reculé.Par contre, en dépit de ce que croient ses supporteurs, Trump n’est pas en train de renforcir les États-Unis, mais de les atrophier, et ce, pour plusieurs raisons.
Morcellement
La possibilité d’une guerre civile s’éloigne, mais c’est pour être remplacée par la probabilité d’une implosion des États-Unis, qui risque, selon le chercheur Romuald Sciora (L’Amérique éclatée), de se produire d’ici cinquante ans. Cette désagrégation aurait trois causes principales.
D’abord, le programme d’affaiblissement de l’État fédéral que Trump est en train de mener. Nous sommes tous témoins des coups de boutoir que son administration porte à l’État fédéral: fonctionnaires invités à démissionner ou virés par le Doge; politisation de la fonction publique par les menaces; compressions massives des budgets, dans les départements de l’Éducation et de l’Aide étrangère, notamment.
Cela sans compter l’émasculation du Congrès et les attaques visant à édenter les tribunaux. Plusieurs des fonctions de l’État fédéral qui ont été ou seront charcutées par l’administration Trump devront être récupérées par les États.
Or, les États-Unis étant une fédération, le pouvoir basculera graduellement vers ses composantes, rendant le gouvernement fédéral beaucoup moins utile, ce qui pourrait provoquer une réorganisation politique de l’espace états-unien.
Celle-ci est d’ailleurs portée par la résurgence de l’esprit confédéral, qui avait été affaibli par la défaite du Sud lors de la guerre civile (1861-1865), mais qui a subsisté dans certaines régions (Sud et Centre principalement) et qui a repris de la vigueur depuis un quart de siècle environ.
En second lieu, au lieu de renforcir les États-Unis sur le plan économique, la politique tarifaire déjantée et agressive du président est en train de plonger le pays dans une récession et de l’isoler des autres pays et grands ensembles économiques.
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Une politique commerciale aussi rugueuse, qui fait fi des traités déjà signés, ne peut à terme qu’affaiblir son pays à tous points de vue, y compris et surtout économique. Elle est peut-être l’occasion, pour le Canada, d’une réorientation de notre commerce.
La troisième cause de cette possible implosion est la désacralisation de la Constitution, qui est, selon le professeur James Krapfl (Université McGill), le «signifiant-maître» des États-Unis. Tout pays stable a un signifiant-maître : en France, par exemple, ce sont les valeurs de la Révolution (liberté, égalité, fraternité); en Russie, l’Église orthodoxe.
Il est impératif que le prochain gouvernement du Canada redéfinisse sa politique étrangère dans le but de nous libérer de notre dépendance envers les États-Unis.
Or, comme l’administration Trump est dans un processus continu de violation de la Constitution, les États-uniens n’auront plus, s’il y parvient, de symbole possédant une signifiance acceptée par une majorité autour duquel ils pourront s’unir. Le pays risque de tomber alors en déliquescence, la force centrifuge s’y renforçant.
On pourrait alors assister à sa fragmentation en quelques ensembles ayant chacun une certaine cohérence culturelle et économique: la Côte Ouest, les Plaines et les Sierras; le Sud de la Bible Belt; le Texas et les anciens territoires mexicains; les Grands Lacs; et la Côte Est.
Le Canada doit se réinventer
Devant cette perspective inquiétante, en particulier pour les pays limitrophes comme le Canada, il convient que ceux-ci redéfinissent leurs politiques commerciales et étrangères, dans l’objectif notamment d’isoler ce pays en déclin et de ne pas être attirés dans ce maelstrom.
Dans ces circonstances, il est impératif que le prochain gouvernement du Canada redéfinisse sa politique étrangère dans le but de nous libérer de notre dépendance envers les États-Unis, un pays qui non seulement menace ses voisins et ne respecte pas sa signature, mais est vraisemblablement entré dans un processus d’implosion.
Sur le plan commercial, le Canada doit diversifier ses partenaires et signer avec plusieurs de ceux-ci des accords de libre-échange: renforcir l’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne (UE); contourner les États-Unis pour s’associer avec le Mexique et d’autre pays latino-américains; forger des alliances avec des pays asiatiques comme l’Inde, l’Indonésie, le Viêtnam, la Corée; etc.
Sur le plan politique, pourquoi ne pas faire une demande d’adhésion à l’Union européenne et ne pas renforcir nos liens avec les pays de l’ex-Commonwealth?
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Enfin, militairement, cesser d’acheter nos armes aux États-Unis (entre autres les F-35) et trouver de nouveaux fournisseurs d’armements comme la Suède, l’Australie, la France, l’Allemagne et la Corée, dont certains pourraient même être intéressés à investir ici sans visée impérialiste.
Aux grands maux, les grands remèdes.











