1995: financement illégal et mobilisation ciblée des immigrés

Des milliers de Montréalais brandissent le drapeau canadien lors d'un rassemblement sur la place du 25 octobre à Montréal, le 24 octobre 1996. Photo: André PICHETTE pour l’AFP.

Vendredi le 12 décembre 2025, à 12:00

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1995: financement illégal et mobilisation ciblée des immigrés
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Selon le politologue André Lamoureux, le résultat du référendum de 1995 repose sur trois facteurs clés: une défaillance du OUI chez certains francophones, la naturalisation accélérée de milliers d’immigrés et le financement en partie illégal du NON.

 

Dans le contexte du trentième anniversaire du référendum québécois de 1995, la polémique a rebondi à nouveau, comme elle l’a fait périodiquement. 

 

En écartant certaines perceptions fantaisistes et décrochées de la réalité, en m’appuyant sur une recherche exhaustive, je soutiens qu’il faut décoder les résultats de cette votation par la conjonction de trois facteurs prépondérants. 

 

Deux d’entre eux, hautement politiques, auraient scellé l’issue du vote.

 

Défaillance du OUI chez une portion des francophones

 

Tout d’abord, le sociologue émérite et regretté Pierre Drouilly, ex-professeur à l’UQAM, a établi, dans un articule publié à La Presse le 7 novembre 1995, que l’aboutissement de ce référendum était «exemplaire» et qu’il a confirmé ce qui était anticipé. 

 

À savoir que les résultats obtenus par le OUI dans les circonscriptions francophones ont été fortement redevables au pourcentage des francophones dans chacune d’elles (corrélation de 0,86).

 

Ces manœuvres déloyales demeureront inscrites à jamais dans la mémoire collective des Québécois.



Cette corrélation a même été de 0,96 dans la région de Montréal, dans les milieux populaires de l’est où les francophones ont voté à 66,7% pour le OUI. Contre 42,2% dans les circonscriptions de l’ouest de Montréal. 

 

D’autre part, il a observé que cette corrélation franco-oui n’a été que de 0,60 dans le reste du Québec.

 

D’ailleurs, certaines circonscriptions à majorité francophone ont voté majoritairement pour le NON, le vote francophone pour le OUI n’ayant pas fait le plein de son potentiel à bien des endroits, comme dans Bonaventure, Bellechasse, en Beauce, en Gaspésie, en Outaouais, dans la circonscription de Jean-Talon ou sur la rive sud-ouest de Montréal. 

 

Néanmoins, pour l’ensemble du Québec, 60% des Québécois ont voté pour le OUI.

 

De l’autre côté de l’échiquier référendaire, les circonscriptions qui ont été gagnées par le NON se sont avérées fortement redevables au pourcentage d’électeurs anglophones (corrélation de 0,80) ou allophones (corrélation de 0,62). 

 

Dans l'ensemble, Pierre Drouilly conclut que les anglophones ont voté à 95% pour le NON. L’appui des non-francophones au camp du OUI est demeuré grosso modo inférieur à 5%.

 

C’est ici que se termine «l’exemplaire». Le reste relève d’une bataille politique rangée! 

 

Naturalisation pressurisée de milliers de ressortissants étrangers

 

Sur un deuxième plan, pour s’assurer de la victoire du NON, les dirigeants fédéralistes ont déployé tous les moyens pour permettre l’entrée massive et précipitée de nouveaux immigrants. 

 

C’est d'ailleurs l’avis exprimé en 2015 par le directeur général des élections du Québec du moment, Pierre-F. Côté. 

 

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Par cette manœuvre, appelée Opération citoyenneté, le gouvernement a organisé à toute vitesse l’attribution de milliers de certificats de citoyenneté à compter de septembre 1995. 

 

Au total, jusqu’en novembre 1995, le gouvernement a fait entrer au Canada et naturaliser environ 41 000 nouveaux arrivants, tout en prenant bien soin de cacher ce stratagème et son envergure. 

 

Selon Réal Ménard, ex-député du Bloc québécois, au cours des quatre dernières semaines de campagne seulement, Ottawa a fait naturaliser 11 429 personnes. 

 

L’échéance visée était le 30 novembre, pour que ces «nouveaux citoyens» puissent se joindre au vote en faveur du NON.

 

Dix ans après le référendum, l’ancien directeur général du PLC, Benoit Corbeil, déclarait en entrevue que Parizeau avait eu raison de référer à des votes ethniques: «Aujourd’hui, si on me pose la question, je suis obligé de dire oui».

 

Un Love In nageant dans le financement illégal  

 

Enfin, parallèlement à l’octroi de dizaines de milliers de certificats de citoyenneté, le camp du NON s’est lancé dans une manœuvre de fin de campagne, accoudé par un financement totalement illégal. 

 

C’est ainsi que des milliers et milliers de partisans du NON, provenant de différentes provinces du Canada ont été invités à participer au dit «Love in» tenu le 27 octobre à la Place du Canada. 

 

L’objectif: bloquer la souveraineté du Québec en invoquant son «amour» et son «affection» pour les Québécois. Le centre-ville de Montréal a été rempli. Les routes pancanadiennes, dont l’autoroute 417, ont même été congestionnées.

 

Le hic, c'est que les sommes engagées dans cette manigance se sont élevées à 18,5 millions de dollars. Elles incluaient les montants transférés par Option Canada et le Conseil pour l’unité canadienne. 

 

Ces sommes ont été jumelées aux contributions fournies par de grandes entreprises privées. Un autre montant de 12,5 millions s’est ajouté, obtenu par le biais d’un autre programme fédéral. 

 

Les participants au Love In ont donc pu profiter d’une quasi-gratuité pour leur séjour: chambres d’hôtel sans charges, billets d’avion au rabais (par Canadien et Air Canada), autocars et transport routier sans frais, pancartes et panneaux publicitaires fournis, repas distribués, etc.  

 

Il appert aussi que des milliers de dollars en argent comptant ont aussi été distribués à des partisans dans les régions des Laurentides et de Lanaudière. 

 

Tout cela évidemment en contravention avec les règles établies et limites fixées par la Loi sur les consultations populaires. Sans scrupule, le camp fédéraliste a donc débloqué illégalement des millions de dollars pour combattre le OUI québécois.

 

Ces grandes manœuvres ont vraisemblablement eu un effet direct dans l’urne. Sans cette entrée si imposante d’immigrants, le résultat aurait-il été le même? 

 

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En considérant les 54 288 voix de différence entre le NON et le OUI dans le décompte final, il suffisait d’enlever 27 144 voix pour que le OUI obtienne la victoire. Peut-être, peut-être que non. On ne le saura jamais. 

 

Sans cette immense célébration du Love In, survenue trois jours avant le vote, la force du NON aurait-elle été aussi affectée? Vraisemblablement, on peut le penser.  

 

A posteriori, on peut estimer que pas mal de gens, surtout parmi les indécis, ont possiblement été influencés par cette spectaculaire et grossière manœuvre. Pour sa part, le directeur P.F. Côté parlait d’un référendum volé. 

 

Une certitude demeure: ces manœuvres déloyales des forces fédéralistes demeureront inscrites à jamais dans la mémoire collective des Québécois.