Alarmisme climatique, immigration massive, activisme judiciaire, wokisme: les dérives s’accumulent et la confiance s’effondre. Derrière ces échecs se profile une même tendance: la «féminisation» des valeurs, analyse Joanne Marcotte.
Sommes-nous à des sommets d’absurdités politiques? Réalise-t-on les dégâts qu’ont faits certains courants de pensée dans les dernières décennies?
Comment a-t-il été aussi facile pour certains groupes somme toute assez marginaux de contaminer nos institutions, d’influencer les politiques publiques et d’inonder nos médias, eux-mêmes infectés?
Peut-on reconnaître, comme citoyens, qu’on a dormi au gaz et laissé des institutions mondiales et étrangères dicter nos politiques nationales? Comment la Charte des droits de la personne sert-elle maintenant de prétexte à certains juges pour se substituer à des parlements démocratiquement élus?
Voilà où on en est. Les modèles sociaux-démocrates occidentaux sont en fin de vie utile alors que les gouvernements s’investissent dans des lubies chimériques.
Quant à la confiance des citoyens envers leurs gouvernements, l’épisode Covid a fait des dégâts indéniables et, selon certains sondages, le décrochage citoyen et le cynisme ne se sont qu’accentués depuis.
Pouvons-nous espérer un mouvement de retour au «raisonnable»? Peut-être bien. Les excès sont de plus en plus dénoncés. Et des reculs qu’on n’aurait pas soupçonnés possibles jusqu’à tout récemment sont décrétés par des gouvernements qui réalisent, sans l’avouer, leurs écarts de conduite. Il demeure que les dégâts sont colossaux, certains même irréparables.
L’écologisme à l'épreuve du réel
Prenons pour preuve l’instrumentalisation politique du réchauffement climatique.
Les énoncés hystériques et alarmistes du secrétaire général des Nations unies, António Guterres, ont fait leur œuvre. Les prédictions invraisemblables d’Al Gore et de Greta Thunberg, bien qu’ayant suscité l’adhésion de plusieurs activistes intellectuels et médiatiques, ne se sont pas avérées.
Le GIEC lui-même a écarté son scénario le plus extrême, scénario qui a pourtant servi à l’élaboration de politiques mondiales de diminution des GES extrêmement coûteuses.
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Au Canada, l’alarmiste en chef et ex-ministre fédéral du Changement climatique, Steven Guilbeault, quitte la vie politique en mai 2026. Il ne se sentait pas écouté du premier ministre Mark Carney, pourtant ancien envoyé spécial des Nations unies pour le financement de l’action climatique! C’est beaucoup dire...
Aujourd’hui, la recherche se poursuit et la science évolue. L’idée que le CO2 soit l’unique responsable du réchauffement climatique est contestée par une communauté crédible de scientifiques.
Plus encore, se servir des changements climatiques comme bouc émissaire pour justifier l’incurie des gouvernements ne passe plus. Les gens ne sont pas dupes. Ils réalisent bien qu’en remontant à la source de certains phénomènes, on trouvera un gouvernement qui a négligé les aqueducs, les égouts, la gestion des eaux et celle de la forêt, etc.
Les sommes colossales dépensées pour assurer une transition vers le net zéro sont également de plus en plus dénoncées. Taxes, réglementations, quotas d’achat de voitures électriques et dirigisme économique à coups de milliards de dollars ont finalement atteint le portefeuille des citoyens.
À la fin, les politiciens n’ont plus le choix que de tempérer leur «syndrome du sauveur» de la planète, au grand désarroi de la galerie de presse.
Après quatre décennies de fièvre climatique, les sondages révèlent que les changements climatiques sont loin de constituer la principale question de l’urne. Il y a donc un espoir de retour à la raison.
L’Occident rattrapé par l'immigration massive
S’il y a un enjeu partagé par l’ensemble des pays occidentaux, c’est bien celui de l’immigration. Deux phénomènes se superposent ici: celui d’une immigration massive qui met à l’épreuve les capacités d’intégration de la société d’accueil et celui d’une immigration aux mœurs incompatibles avec les valeurs occidentales.
Aujourd’hui, tout l’Occident réalise son erreur. L’immigration figure désormais parmi les principales questions de l’urne, parfois même comme LA question de l’urne. Des partis autrefois craints et qualifiés d’extrême droite atteignent des sommets de popularité.
Le Canada, qui a inondé le pays de nouveaux arrivants pour assurer sa prospérité, voit maintenant son projet rejeté par la population.
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L’islamisation de contrées européennes annonce également de mauvaises nouvelles pour le Canada, aux prises avec des activistes en mode de conquête civilisationnelle.
L’antisémitisme connaît une hausse marquée au Canada, où les crimes haineux signalés à la police atteignent des niveaux records et disproportionnés. Les collèges et les universités deviennent les terreaux d’une propagande et de conflits hérités de pays d’origine islamiques.
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Quel égarement! Ici aussi, une sévère correction des politiques d’immigration et du système de justice s’impose. Autrement, ce qui arrive en Europe arrivera ici aussi, et un soulèvement populaire sera nécessaire pour redresser une politique un peu trop généreuse pour son propre bien.
Malheureusement, nous sommes loin d’y être, et des excès d’empathie et de générosité risquent d’emporter de grands pans de notre civilisation occidentale: liberté d’expression, égalité entre les hommes et les femmes, respect des institutions, État de droit, etc.
Quand les juges se substituent aux élus
La Charte des droits de la personne sert-elle de prétexte à certains juges pour se substituer à des parlements démocratiquement élus? Les tribunaux administratifs et les collèges professionnels censés «protéger le public» vont-ils trop loin dans la censure disciplinaire?
N’y a-t-il plus de droit à la liberté d’expression? À la propriété privée? A-t-on balayé le respect du bien public?
Le système de justice est-il à deux ou plusieurs vitesses? Est-il devenu trop compatissant envers des immigrants criminels? Peut-on encore compter sur le fait qu’une loi adoptée par un ordre de gouvernement dûment élu aura force de loi?
À titre d’exemple, au Canada, des décisions judiciaires interdisent à des administrations municipales de démanteler des campements de sans-abri. Selon les tribunaux, ces campements doivent être protégés au nom de la Charte canadienne des droits et libertés. Exit la notion de «bien public» ou de «propriété publique».
Plus récemment, un juge de la Cour supérieure interdisait au gouvernement de l’Ontario de démanteler des pistes cyclables sous prétexte que cela portait atteinte aux droits des cyclistes à la vie, à la liberté et à la sécurité de leur personne. Heureusement, cette décision a depuis été renversée par une cour d’appel.
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Encore plus renversant, le National Post rapporte qu’«un juge québécois a accusé le procureur provincial d’admettre qu’il proposait régulièrement des absolutions absolues ou des peines clémentes spécifiquement pour les non-Canadiens reconnus coupables de crimes parce qu’ils risquent l’expulsion, créant ainsi artificiellement un système de détermination de la peine à deux vitesses inutile».
Que dire de la dérive des ordres professionnels qui censurent leurs membres pour s’être exprimés librement? Et que dire de l’autocensure des professionnels par peur d’être sanctionnés, ou encore de l’absurdité d’un système de plaintes qui assure l’anonymat des plaignants?
Est-ce là un autre effet du wokisme, le but étant de protéger les susceptibilités de plaignants trop émotionnellement secoués pour sortir de l’anonymat?
Le wokisme a-t-il atteint son sommet?
Enfin, sommes-nous à bout de tolérance envers le wokisme? Cette culture imposée par des groupes marginaux anticapitalistes, hostiles à l’Occident, repose sur la victimisation, la haine de «l’homme blanc colonisateur raciste», la haine des hommes tout court, le rejet des forces policières (Defund the Police), le néoféminisme dénonçant le «masculinisme toxique», et j’en passe.
Quand la grande prêtresse de la gauche radicale américaine, Alexandria Ocasio-Cortez, veut se distancer du wokisme — elle aspire à la présidence — et que le nouveau maire d’extrême gauche de New York, Zohran Mamdani, exprime son appui à la police, peut-être est-il temps de concéder que ce courant populiste attire de moins en moins l’électeur raisonnable et responsable.
Les lubies de l’EDI — équité, diversité et inclusion — et de l’ESG — environnement, société et gouvernance — sont-elles au sommet de leur ascension? Ces constructions de l’esprit des grands influenceurs mondiaux, dont l’actuel premier ministre du Canada, ont-elles perdu leur influence auprès des gouvernements et du milieu des affaires?
La fin d’un délire, peut-être, mais pas d’une infection dont souffrent encore de nombreuses institutions, j’en ai bien peur. Les dégâts de l’EDI et de l’ESG sur la culture, le milieu universitaire, la santé mentale et la prospérité des entreprises sont incommensurables.
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Quant au milieu universitaire, sommes-nous allés trop loin pour espérer qu’une correction soit possible? Combien de générations paieront la note?
Combien nous coûtera l’EDI dans le corps professoral, cette nouvelle forme de discrimination envers le talent, l’excellence et le mérite? Combien de garçons seront noyés dans une mer de bonnes intentions et de réglementations?
Le phénomène LGBTQ+, la théorie du genre, la tentative de redéfinir ce qu’est un homme ou une femme, le néoféminisme, le masculinisme toxique: des courants assurément marginaux, mais qui, à la fin, nuisent davantage qu’ils n’aident leur cause, s’il en est une. Tout au plus auront-ils attiré l’attention sur la victime du jour et retardé le groupe.
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La censure exercée contre des professionnels ou des citoyens désireux de nuancer les stratégies entourant la Covid et les changements climatiques a certainement discrédité les gouvernements et les médias officiels. La réconciliation sera longue.
Plus récemment toutefois, il semble qu’un coup dur ait été porté à ceux qui voulaient censurer les personnes s’interrogeant sur la pertinence ou la sécurité de la transition pour les mineurs. «La science est formelle», répliquait l’Association mondiale des professionnels de la santé transgenre (WPATH).
Pourtant, à la suite d’une procédure récemment intentée par la Commission fédérale du commerce des États-Unis (FTC) et de la publication des «WPATH Files» par l’organisme à but non lucratif Environmental Progress, la WPATH «a finalement admis que le débat sur l’idéologie du genre est bien réel et que ses directives ne sont pas si sacrées, après tout».
Ainsi, comme pour la Covid et les changements climatiques, un organisme mondial confronté au réel se révèle comme un «édifice en ruine fondé sur l’idéologie», cette fois-ci l’idéologie du genre, selon Amy Hamm, du National Post.
Comment en sommes-nous arrivés là?
Crise climatique, immigration massive, activisme judiciaire et wokisme... Comment en sommes-nous venus à tolérer de tels dérapages?
À ce jour, les social-démocraties sont toujours sacralisées et les groupes d’intérêt en sont les plus féroces gardiens. Au sud de la frontière, quelques candidats s’affichent maintenant résolument comme socialistes. Aux États-Unis d’Amérique! La terre de la liberté individuelle et économique!
Bien sûr, les symboles sont puissants et réconfortants: le modèle québécois «protège» notre identité, le système «universel» de santé nous «protège» de celui des États-Unis, la gestion de l’offre «protège» nos agriculteurs, le pouvoir syndical «protège» les travailleurs, etc.
Sommes-nous si faibles, si dépendants, si losers qu’on ne peut plus s’adresser à la population autrement qu’avec une voix parentale, autrement qu’en la couvant?
N’avons-nous pas réalisé que les fabulations de ceux qui se présentent comme de grands intellectuels ou experts ne sont parfois, en réalité, que celles de rêveurs puérils ou de mordus de réingénierie sociale? Des gens qui veulent reconstruire le monde à leur image?
Même en faisant abstraction de la malgouvernance de la période Covid, il me semble qu’il y a suffisamment d’indices pour conclure qu’il faudra, à l’avenir, être plus vigilants et défiants envers les gouvernements.
Savent-ils qu’ils ont échoué dans leurs missions fondamentales? Reconnaissent-ils qu’ils y ont perdu en crédibilité? Déplorent-ils le décrochage du citoyen ordinaire, qui ne fait plus confiance ni aux pouvoirs officiels ni aux médias officiels? Sont-ils capables d’analyser les dégâts? Peut-être un jour...
Mais ce qu’ils ne feront pas, c’est s’excuser publiquement d’avoir trompé la population. Pire, ils recommenceront! Ne les entendons-nous pas projeter «un nouvel ordre mondial»?
La «grande féminisation», clé du basculement?
Un épisode du balado britannique Triggernometry, coanimé par Konstantin Kisin, offre une piste intéressante. Fervent défenseur de la civilisation occidentale et conférencier dans des forums conservateurs comme l’ARC (Alliance for Responsible Citizenship), Kisin est un Russe d’origine qui a immigré en Angleterre dans son jeune âge.
L’invitée de l’épisode est l’essayiste conservatrice Helen Andrews, dont le plus récent article s’intitule The Great Feminization («La grande féminisation»). Avec intrépidité, elle s’interroge: «Le wokisme est-il une création d’une trop grande féminisation de nos sociétés? Est-ce le résultat de lois antidiscrimination qui ont écarté le mérite? À l’heure actuelle, nous avons un système prétendument méritocratique dans lequel il est illégal que les femmes soient écartées», croit-elle.
À la limite, suggère-t-elle, la prédominance des valeurs féminines mettrait en danger la civilisation occidentale!
Conservatrice et auteure de Boomers: The Men and Women Who Promised Freedom but Delivered Disaster, Andrews n’a pas froid aux yeux. Cette fois-ci, elle déplore l’influence du wokisme sur les institutions et en cherche la source. Quelques extraits:
«Tout ce que l’on entend par "woke" revient à privilégier le féminin par rapport au masculin: l’empathie plutôt que la rationalité, la sécurité plutôt que le risque, la cohésion plutôt que la compétition. Si le "wokisme" est réellement le résultat de la grande féminisation, alors l’explosion de folie de 2020 n’était qu’un petit avant-goût de ce que l’avenir nous réserve.»
Devons-nous comprendre que la domination des valeurs féminines est néfaste en toutes circonstances? Bien sûr que non, croit-elle. Encore faut-il distinguer les «valeurs féminines» de la «présence des femmes». Cela dit, selon Andrews, les chiffres démontrent qu’une présence majoritaire de femmes dans un domaine risque de le faire basculer et d’y diminuer «naturellement» la présence masculine.
«La menace que représente le wokisme peut être plus ou moins importante selon le secteur d’activité. Le domaine qui m’effraie le plus, c’est le droit. Nous dépendons tous d’un système juridique qui fonctionne correctement et, pour parler franchement, l’État de droit ne survivra pas si la profession juridique devient majoritairement féminine.»
Certes, les valeurs féminines sont bénéfiques à la croissance et à l’épanouissement de l’enfant, de la famille et d’une nation. L’empathie, l’altruisme et la recherche de l’harmonie sont des valeurs dignes d’une nation civilisée.
Mais se peut-il que les valeurs féminines pèsent de façon disproportionnée sur la manière dont nos sociétés s’organisent et se gouvernent? La peur et l’insécurité doivent-elles primer sur la raison, la cohésion sur la compétition, le consensus et la coopération sur un leadership fortement affirmé?
Transposée chez nous, la question se pose: «Le Canada et le Québec sont-ils trop féminins?» Sommes-nous trop gouvernés sur la base d’émotions nobles, mais parfois absolument inutiles dans l’élaboration de solutions sérieuses?
Les médias ne contribuent-ils pas démesurément à émouvoir, apeurer, sensibiliser et compatir, plutôt qu’à exposer rationnellement la source des problèmes et les solutions pragmatiques?
Sortir de l'infantilisation
«On a besoin d’un gouvernement qui va prendre soin de la population», affirme la syndicaliste Magali Picard, présidente de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ). Non. Il faut s’opposer férocement à cette infantilisation de la population. Ne voit-on pas où nous a menés un excès de confiance et de naïveté?
Ce dont nous avons maintenant besoin, c’est d’une population alerte, mieux informée et minimalement craintive des administrations publiques et des gouvernements. Les quatre enjeux décrits plus haut ne sont que des exemples de dérives qui ont semé le chaos et causé des dégâts.
Pour en sortir, il faut aller à la source... et cette source est culturelle. Enfin, on ne fortifie pas des générations ou des communautés d’affaires en les infantilisant. Encore moins un peuple ou un pays — pour les intéressés.













