Économiste à l’Université George Mason aux États-Unis, Vincent Geloso détaille la stratégie que les souverainistes doivent selon lui utiliser s’ils veulent espérer remporter un prochain référendum.
Si les souverainistes (comme moi) veulent que le pays devienne une réalité, ils doivent cesser de s’éprendre d’idéalisme et comprendre la réalité fondamentale de la théorie des jeux derrière la sécession.
Sans cela, ils parient uniquement sur l’idée d’une force exogène (voire divine à entendre certains souverainistes) qui mènerait à l’indépendance – c’est-à-dire que celle-ci serait appelée à être réalisée en dépit des souverainistes.
Tout d’abord, il faut comprendre que la sécession pacifique ne peut se produire que si l'électeur médian perçoit un gain net. Pour convaincre cet électeur médian de voter OUI ou NON, les différents joueurs (le fédéraliste et le souverainiste) ont des stratégies largement différentes.
Un discours trop idéaliste
Le souverainiste doit promettre de minimiser les coûts de la transition puisque les bénéfices sont largement hors de son contrôle. Il doit être crédible dans sa promesse de minimiser les coûts de transition, sinon il ne gagnera même pas l'élection qui lui permettrait de déclencher un référendum.
C'est d'ailleurs pour cette raison que les souverainistes se rapprochent du pouvoir chaque fois qu'ils font l'élagage en les écartant des éléments radicaux et revanchards (par exemple, Pierre Bourgault qui a été marginalisé par René Lévesque).
Plus le souverainiste s'engage avec crédibilité à minimiser les coûts en modérant son discours, plus il maximise les chances d'une sécession.
Le fédéraliste, pour sa part, a un jeu beaucoup plus simple à jouer. Il doit promettre de faire des folies! Les bénéfices et les coûts de demeurer à l’intérieur du Canada sont connus. Tout ce qu’il peut influencer, c’est la perception des coûts de la souveraineté.
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Mais contrairement au souverainiste qui doit faire énormément d’efforts pour convaincre qu’il minimise les coûts, le fédéraliste n’a pas d’efforts à faire pour convaincre qu’il fera tout ce qu’il peut pour rendre la souveraineté plus coûteuse.
En théorie des jeux, on appelle cela des «représailles par non-coopération». Par exemple, le fédéraliste peut promettre de bloquer l’entrée du Québec dans la zone de libre-échange nord-américaine, promettre de reconnaître une partition du territoire québécois (question autochtone), promettre de vendre les actifs immobiliers fédéraux à haut prix, etc.
Si le fédéraliste réussit à convaincre qu’il se fera mal aussi pour faire mal au souverainiste, il est encore plus efficace!
Les fédéralistes ont beau jeu
Pour chaque «unité» de crédibilité acquise auprès des électeurs, le fédéraliste doit faire beaucoup moins d’efforts que le souverainiste. C’est pourquoi il est toujours en bonne position.
Une souveraineté réussie nécessite donc un effort considérable de la part des souverainistes. Comment gagner cette crédibilité? Il faut laisser le moins de pouvoirs possible à la discrétion des politiques. Et cela nécessite de définir l’ordre constitutionnel qui balisera le pouvoir politique tout en faisant des promesses claires sur la discipline fiscale.
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Un exemple extrême serait de promettre de maintenir le Québec dans le cadre institutionnel britannique (c'est-à-dire que le Roi demeure chef d’État) pour les prochains trente ans, qu’il y aura automatiquement la création d’une chambre haute ressemblant au Sénat canadien, que les régions administratives deviendront automatiquement l’équivalent d’une province à l’intérieur du Québec, et qu’on calquera l’entièreté du système légal canadien (droit civil et criminel) sans changements majeurs.
Simultanément, le souverainiste doit se refuser de promettre des nouveaux programmes sociaux qui augmenteraient les dépenses publiques. Puisque le Québec est un récipiendaire net de transferts fédéraux, il doit promettre qu’il acceptera la nécessité d’initier des plans de rigueur budgétaire ou des politiques pro-croissance afin d’éviter une augmentation du fardeau fiscal post-souveraineté.
Une tactique efficace
Pourquoi cela fonctionnerait? Parce que les souverainistes les plus extrêmes – ceux qui disent déjà voter OUI – ne changeront pas de camp. Ils ne sont pas l’électeur médian mentionné plus haut. Cet électeur médian est celui qui est affecté par les coûts. Ces démarches sont celles qui minimisent radicalement le coût perçu de la souveraineté.
Ensuite, le souverainiste ne peut pas vraiment faire autre chose que de répondre point par point aux promesses du fédéraliste et de les décrédibiliser. En fait, l’exercice de décrédibilisation des promesses de faire des folies du fédéraliste est plus facile si le souverainiste est plus crédible.
Si les souverainistes veulent arrêter de perdre, ils devraient commencer à arrêter de parler du rêve qu’ils ont. Ça n’a pas fonctionné en 1980 et en 1995, et ça ne fonctionnera pas plus la prochaine fois. Il faut être sérieux et faire des promesses sérieuses.











