Brésil: ce qui alimente les accusations de fraude électorale

Luiz Inácio Lula da Silva (à droite) et Flávio Bolsonaro lors d’un débat avant le second tour de la présidentielle, à São Paulo, le 18 octobre 2026. Photo: Nelson Almeida / AFP.

Lundi le 26 octobre 2026, à 19:05

Écouter l'article
Lecture audio améliorée!
Brésil: ce qui alimente les accusations de fraude électorale
0:000:00

Flávio Bolsonaro conteste la victoire de Lula du 25 octobre, et Trump évoque une «élection truquée». Prolongation du vote, prestations sociales et communications gouvernementales: plusieurs controverses nourrissent la défiance.

 

La présidentielle brésilienne se poursuit sur le terrain de la contestation. Flávio Bolsonaro a renoncé à demander l’annulation du scrutin, mais son équipe prépare une action pour abus de pouvoir économique contre Lula, selon la Folha de S.Paulo. 

 

Au cœur de sa dénonciation initiale: la prolongation du vote décidée à la dernière minute par Cristiano Zanin, ancien avocat de Lula devenu juge à la Cour suprême.

 

Donald Trump a amplifié la polémique lundi. «Je n’ai pas pris parti, mais cela ressemblait à une autre élection truquée», a déclaré le président américain, sans présenter d'élément à l’appui de cette accusation. 

 

Deux heures qui font scandale

 

Dimanche, alors que les bureaux devaient fermer à 17 h, Cristiano Zanin a ordonné de prolonger le scrutin jusqu’à 19 h, heure de Brasília. Le recours de la coalition de Lula invoquait un manque de transports collectifs dans trois municipalités de Bahia: Salvador, Feira de Santana et Lauro de Freitas.

 

La décision initiale avait une portée nationale. Mais sa transmission tardive a compliqué son application: de nombreux bureaux avaient déjà terminé leurs opérations. Le Tribunal supérieur électoral (TSE) a finalement précisé que seuls ceux où le vote n’était pas encore clos à 17 h devaient poursuivre. Les autres ne rouvraient pas. 

 

Pour Flávio Bolsonaro, cette intervention a changé les règles en cours de scrutin. Il avait annoncé dimanche son intention de saisir la justice pour obtenir l’annulation de l’élection, avant le recul rapporté lundi. Son camp met notamment en cause les liens passés entre Zanin et Lula, ainsi que l’intervention de la Cour suprême dans l’organisation du vote. 

 

Le gouverneur de São Paulo, Tarcísio de Freitas, a lui aussi vivement critiqué la décision. «C’est incroyable, ce qui se passe», a-t-il déclaré. Il affirme que l’offre de transports dans la capitale paulista était suffisante et estime que Zanin a empiété sur les prérogatives du TSE.

 

L'équipe de campagne de Flávio Bolsonaro avait elle aussi demandé une prolongation, mais limitée à certaines villes du Sud et du Sud-Est touchées par de fortes pluies.

 

L’utilisation de l’État en question

 

La controverse dépasse les heures d’ouverture des bureaux. Le calendrier des mesures économiques de Lula nourrit aussi les accusations d’utilisation électorale des ressources publiques.

 

Selon Associated Press, une hausse de 15% des prestations du programme Bolsa Família est entrée en vigueur quelques jours avant le second tour.

 

Le gouvernement en évaluait le coût à 5,8 milliards de réaux pour le reste de l’année. Des mesures de crédit et de renégociation de dettes pour les petites entreprises ont également été annoncées dans la dernière ligne droite. 

 

L’équipe de Flávio Bolsonaro a par ailleurs saisi le TSE au sujet du programme Conexão Cidadã. Elle dénonce un usage électoral de fonds publics pour envoyer des messages aux bénéficiaires de programmes sociaux.

 

Selon les documents présentés par sa défense, 5,26 millions de réaux auraient été réaffectés à ces envois après le premier tour. Il s’agit d’une accusation soumise au tribunal, et non d’une infraction déjà établie.

 

À lire aussi: Trump veut-il taxer Lula pour sauver Bolsonaro?

 

Dans un dossier distinct, le TSE a exigé des données détaillées sur les dépenses publicitaires du gouvernement, après une démarche du Parti libéral. L’objectif est de vérifier si les dépenses du premier semestre de 2026 ont dépassé les limites applicables en année électorale. 

 

Une décision contestée, un résultat confirmé

 

Les critiques viennent aussi de l’intérieur des institutions. Le président du TSE, Kassio Nunes Marques, a estimé que la décision tardive de prolonger les heures de scrutin avait «créé des difficultés au processus électoral». Il a néanmoins confirmé le résultat et souligné que les équipes techniques avaient surmonté ces problèmes. 

 

Quant au soupçon que la prolongation aurait surtout favorisé les bastions de Lula, il reste à démontrer. Un décompte fondé sur les données du TSE recense 34 330 votes après 17 h, contre un écart final de quelque 4,43 millions de voix. Une partie de ces électeurs attendait vraisemblablement déjà en file avant l’heure de fermeture. 

 

À lire aussi: Au Brésil, la polarisation n’est pas près de disparaître

 

Accusations de fraude, justice contestée, polarisation extrême: le Brésil offre un drôle de miroir des États-Unis.