La campagne électorale pourrait rouvrir des plaies qui n’ont jamais été vraiment refermées. L’éditorial de Jérôme Blanchet-Gravel.
Officiellement, la campagne électorale provinciale sera sans doute déclenchée le 29 août prochain, mais officieusement, elle est déjà bien entamée.
Il aura suffi de quelques jours d’échauffement pour entrevoir le ton que pourraient adopter les grands médias jusqu’au scrutin, le traitement réservé à Éric Duhaime rappelant celui réservé aux «covidiots» et autres «complotistes» durant la pandémie.
Partis-pris
Nul besoin d’être un partisan du chef du Parti conservateur ni d’adhérer à une seule de ses idées pour constater que la couverture de sa campagne est déjà plutôt partisane et inégalitaire.
Le 17 août sur les ondes de LCN, la journaliste Julie Marcoux insistait pour demander à Duhaime s’il entendait «aller chercher sa dose de rappel», le rappel étant à la première injection ce qu’est la confirmation au baptême dans l’Église catholique.
Dans cette société où l’État a remplacé l’Église, qui ne témoigne pas de son adhésion au tribalisme national est passible d’une lourde amende que ne tardent jamais à vous remettre nos institutions-congrégations.
Le même jour, Duhaime était aussi accusé d’encourager la violence pour avoir utilisé l’expression «régler son cas [à François Legault]», un nouveau sommet de ridicule alors qu’on utilise depuis des années un vocabulaire sportif près de la boxe pour commenter la politique et les débats des chefs.
Mais au-delà d’un traitement médiatique qui ressemble au fond à celui réservé à bien des personnalités de «droite» en Occident, le retour d’une rhétorique axée sur le dénigrement d’une catégorie de citoyens pourrait être la goutte qui fait déborder le vase pour plusieurs.
Fracture sociale
On mesure mal l'impact dévastateur que pourrait avoir pour une nation fragilisée le retour de la stigmatisation de tout un segment de la population dit «complotiste» dans la campagne électorale. C'est une partie de la cohésion sociale qui pourrait n'être jamais rétablie.
Inversement, la polarisation pourrait contribuer à insécuriser davantage la frange de l’électorat anxieux et donc favorable aux mesures sanitaires et autres règlements.
Je rappelle que durant la pandémie, un certain nombre de Québécois ont préféré prendre la route de l’exil plutôt que de continuer à vivre dans cette boîte sur-réglementée, groupe sur lequel il n’existe toutefois aucune donnée.
À lire aussi: Au Québec, la religion des règles
Tous en sont conscients: des familles sont divisées et des amitiés ne reviendront plus.
Ayant passé l’essentiel de mon temps dans la ville de Mexico ces dernières années, j’ai moi-même été témoin de l’immigration de nombreux Québécois sur les terres de l’ancien empire aztèque. Certains sont repartis, d’autres sont restés.
À chaque fois, la gestion de la pandémie et l’état désolant du Québec sur le plan de la vie sociale sont présentés comme les principaux motifs.
«La magie de la CAQ»
Pour l’instant, forte de sa «magie» invoquée dans ses publicités, rien n’indique que la CAQ entend offrir autre chose aux Québécois qu’un discours rassurant et protecteur, la sécurité étant la colonne vertébrale de son programme.
Sécurité sanitaire, sécurité identitaire. Bientôt aussi la sécurité écologique.
La recette de la CAQ est d'offrir un faux sentiment de sécurité à une société qui cherche à lutter contre l'anxiété à travers la multiplication de règles, c'est-à-dire de nouveaux rituels traduisant son besoin d'encadrement partout où le gouvernement a remplacé Dieu.
Espérons que François Legault fera preuve de sagesse et d’élégance et qu’il choisira d’éviter une stratégie facile qui donnerait envie à une partie de la population échaudée de faire sécession symboliquement.
Éric Duhaime n’est certainement pas le seul politicien à contribuer à polariser le Québec.











