Florence Bergeaud-Blackler redoute de graves affrontements dans certains territoires français. L’anthropologue met en cause les convergences entre islamisme et gauche radicale, sur fond de «rupture du pacte social».
La France peut-elle basculer dans la guerre civile? Interrogée par Jérôme Blanchet-Gravel, Florence Bergeaud-Blackler répond sans détour: «Oui, bien sûr, ça fait longtemps que je le dis.»
«Ça ne veut pas dire qu’il y aura une guerre généralisée», précise la spécialiste des mouvements islamistes. L'auteure du livre Le Djihad par le marché estime cependant que, dans certains territoires où les rapports de force favoriseraient les tenants d’un pouvoir théocratique, «on risque des violences très graves».
L’angle mort religieux
Sans nier les dimensions sociales et économiques de la crise, l’anthropologue juge que le rôle de la religion demeure sous-estimé. «On est dans une situation de pauvreté parfois en France qui est criante», reconnaît-elle, tout en refusant de réduire les violences à cette précarité.
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Elle insiste notamment sur la dimension politique de l’islamisme, dont les ambitions entrent directement en conflit avec les principes démocratiques. «La démocratie ne peut pas, évidemment, supporter la théocratie. Ce sont deux modes politiques antagonistes», affirme-t-elle.
Cette confrontation touche aux loyautés, à l’autorité et aux règles communes: que devient la cohésion nationale lorsque des mouvements radicaux placent Dieu au-dessus du cadre démocratique?
Une alliance politique
Florence Bergeaud-Blackler met également en cause les convergences entre islamisme, gauche radicale et «discours décolonial». Elle décrit une alliance dans laquelle La France insoumise chercherait des appuis électoraux, tandis que les réseaux islamistes gagneraient en influence.
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«Les islamistes font couver leurs œufs, leur idéologie dans les partis traditionnels», explique-t-elle. Le discours décolonial servirait de trait d’union entre ces courants en réunissant dénonciation du capitalisme, ressentiment colonial et fanatisme religieux. Ici, le drapeau palestinien sert à fédérer ces tendances.
Le pacte rompu
Au cœur de son inquiétude se trouve la capacité de l’État à protéger les citoyens. Elle insiste sur la peur des commerçants victimes des pillages: «Ils ont été terrorisés pour certains.» Elle évoque également les avertissements de préfets traduisant le manque de ressources des forces policières.
Selon elle, cette peur, conjuguée au sentiment d’abandon, nourrit un réflexe de défense: «Donc là, les gens se sont dit, OK, maintenant, il va falloir se défendre.»
«C’est une rupture du pacte social», affirme-t-elle. «Normalement, nous avons confié à l’État le monopole de la violence légitime.» La nécessité ressentie d’assurer soi-même sa protection pourrait ainsi alimenter l’escalade.
Le risque d’étincelle
Florence Bergeaud-Blackler envisage l’entre-deux-tours de la prochaine présidentielle, du 18 avril au 2 mai 2027, comme un moment particulièrement dangereux. Elle redoute aussi qu’un événement provoquant une commotion précipite une confrontation plus large.
Elle estime toutefois que cette escalade peut encore être évitée: «On a encore les moyens, je pense, d’arrêter tout ça.»












