Trump renforce son «Bouclier des Amériques»

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio et le président colombien Abelardo de la Espriella se serrent la main à Barranquilla, en Colombie, le 8 septembre 2026. Photo: Fernando VERGARA/Pool/AFP.

Mardi le 15 septembre 2026, à 19:25

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Trump renforce son «Bouclier des Amériques»
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Le montant paraît modeste, mais le geste est hautement symbolique: Washington retire 52 millions de dollars à l’Europe et au Moyen-Orient pour renforcer quatre gouvernements latino-américains de droite. La doctrine Monroe est de retour.

 

L’administration Trump redessine la carte de l’aide militaire américaine. Le Département d’État a informé mardi le Congrès de son intention de réaffecter 52 millions de dollars destinés à la Slovaquie, à la Macédoine du Nord, à la Tunisie et à l’Irak. Les nouveaux bénéficiaires seront le Panama, le Pérou, l’Équateur et la Colombie.

 

Selon les informations de l’Associated Press, il s’agit de fonds provenant du programme américain de financement militaire étranger. Celui-ci fournit à des gouvernements alliés de l’argent leur permettant principalement d’acheter du matériel auprès d’entreprises américaines de défense.

 

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La réaffectation ne supprimera pas complètement le financement accordé aux quatre pays concernés. Les montants qui leur resteront n’ont toutefois pas été précisés. Deux d’entre eux, la Slovaquie et la Macédoine du Nord, sont membres de l’OTAN.

 

Le Département d’État explique que la répartition actuelle de l’aide militaire ne correspond plus à la priorité accordée par l’administration Trump à l’hémisphère occidental.

 

Les nouveaux fonds serviront à «combattre le narcoterrorisme dans notre arrière-cour» et à contribuer à la sécurisation du canal de Panama.

 

«Ces fonds empêcheront nos adversaires d’établir des positions stratégiques dans notre hémisphère», a également déclaré le Département d’État, dans une référence à peine voilée à la Chine.

 

Quatre alliés de droite

 

Les quatre bénéficiaires ont un point commun politique: ils sont tous dirigés par des gouvernements de droite proches de Washington.

 

Au Panama, José Raúl Mulino mène une politique favorable aux entreprises et particulièrement ferme en matière d’immigration. En Équateur, le président de centre droit Daniel Noboa a fait de la lutte contre les bandes criminelles et le narcotrafic le cœur de son action.

 

Le Pérou est désormais gouverné par la conservatrice Keiko Fujimori. En Colombie, l’élection du nationaliste Abelardo de la Espriella a provoqué un net virage à droite après la présidence de Gustavo Petro. Le nouveau chef de l’État promet de durcir la lutte contre les groupes armés, de réduire les dépenses publiques et de relancer l’exploitation pétrolière.

 

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Le secrétaire d’État Marco Rubio s’est justement rendu en Colombie, en Équateur et au Pérou du 8 au 10 septembre. Cette tournée visait officiellement à renforcer la coopération économique et sécuritaire avec trois gouvernements considérés comme des partenaires privilégiés de Washington.

 

À Quito, Rubio a notamment annoncé qu’il demanderait au Congrès 45 millions de dollars supplémentaires pour soutenir la lutte antidrogue en Équateur. Cette enveloppe, distincte des 52 millions maintenant réaffectés, doit notamment financer du matériel naval et des opérations contre les réseaux criminels.

 

Ce rapprochement accompagne un mouvement politique plus large. Après plusieurs années de domination de la gauche dans une partie du continent, l’Amérique latine connaît un nouveau cycle favorable aux forces conservatrices, particulièrement sur les questions de sécurité, d’économie et de relations avec Washington.

 

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L’administration Trump profite de ce nouvel environnement pour former un réseau de gouvernements idéologiquement compatibles et disposés à approfondir leur coopération militaire avec les États-Unis.

 

Le Bouclier se consolide

 

Le choix du Panama, du Pérou, de l’Équateur et de la Colombie ne doit rien au hasard. Les quatre pays participent désormais au Bouclier des Amériques, une coalition sécuritaire lancée par Donald Trump en mars 2026.

 

Le Panama et l’Équateur en sont membres depuis sa création. La Colombie l’a rejoint en août, après l’arrivée au pouvoir de De la Espriella. Keiko Fujimori a finalement annoncé l’adhésion du Pérou le 10 septembre, à l’occasion de la visite de Rubio à Lima.

 

Également appelé Coalition américaine contre les cartels, le Bouclier doit faciliter le partage de renseignements et la coordination des opérations contre les organisations criminelles transnationales. Ses membres peuvent solliciter l’assistance de leurs partenaires, particulièrement celle des États-Unis, pour frapper les infrastructures et les routes utilisées par les cartels.

 

Donald Trump signe une proclamation lors du sommet du Bouclier des Amériques, à Doral, en Floride, le 7 mars 2026. Photo: Saul LOEB/AFP.

 

 

Le transfert des 52 millions s’inscrit ainsi dans une architecture régionale beaucoup plus vaste. Washington entend bâtir autour de gouvernements alliés un espace de coopération militaire capable de combattre le narcotrafic, de freiner l’immigration irrégulière et de protéger les infrastructures stratégiques du continent.

 

Mais la sécurité n’est qu’une dimension de cette entreprise. Le Bouclier des Amériques sert également à contenir l’influence grandissante de la Chine, devenue un partenaire commercial et financier incontournable de nombreux pays latino-américains.

 

La doctrine Monroe en action

 

La décision américaine matérialise surtout le retour de la doctrine Monroe. Formulée en 1823, celle-ci mettait en garde les puissances européennes contre toute nouvelle intervention dans les Amériques. Elle est ensuite devenue le fondement idéologique de la prééminence des États-Unis sur le continent.

 

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Deux siècles plus tard, Donald Trump en propose une version décomplexée. Son administration réduit certains engagements périphériques pour concentrer davantage de moyens dans son environnement immédiat.

 

L’Amérique latine redevient une priorité stratégique, tandis que l’Europe est invitée à prendre en charge une plus grande part de sa propre défense.

 

La somme de 52 millions demeure modeste à l’échelle de la puissance militaire américaine. Son déplacement possède néanmoins une forte valeur symbolique: Washington retire une partie de son aide à deux membres de l’OTAN et à deux partenaires du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord pour la consacrer à quatre piliers latino-américains du Bouclier des Amériques.