La semaine de quatre jours pour les fonctionnaires fédéraux musulmans?

Le minaret de la mosquée du Soleil de Minuit à Inuvik, dans les territoires du Nord-Ouest, au Canada. Photo: Cole BURSTON pour l’’AFP.

Mardi le 4 mars 2025, à 10:45

Un guide encourage de nouveaux accommodements pour l’islam dans la fonction publique canadienne. Une dérive qui instaure une double discrimination et soulève des questions sur l’égalité, la laïcité et le coût pour les contribuables.

 

André Sirois est avocat auprès de l’ONU.

 

On s’étonne, avec raison, de la publication du Guide des gestionnaires pour soutenir les employés musulmans destiné, entre autres, à dicter au gouvernement canadien une conduite à l’égard de ses employés musulmans, dont beaucoup, faut-il le dire, n’ont rien demandé de tout cela. 

 

Comment une interdiction de discrimination pour des motifs religieux peut-elle être ainsi transformée en une obligation d’assurer dans ses moindres détails la pratique religieuse, d’une religion et une seule, dans toute la fonction publique canadienne?

 

Poser la question c’est en démontrer l’absurdité et l’injustice.

 

Double discrimination

 

En réclamant ainsi l’imposition de la pratique religieuse de l’islam dans les milieux de travail du gouvernement fédéral, le Réseau des employés fédéraux musulmans veut imposer une double discrimination:

 

a) discrimination au détriment de tous les fonctionnaires des autres religions qui, depuis la création du Canada, n’ont pas réclamé ou obtenu de tels avantages (s’ils en réclamaient eux aussi, on assisterait à une babélisation religieuse de la fonction publique) 

 

et b) discrimination aussi à l’égard de tous les fonctionnaires athées, non croyants ou musulmans non-pratiquants – et ils sont nombreux – qui se trouvent privés des congés et des avantages ainsi accordés aux musulmans pratiquants.

 

Il s’agit là d’une interprétation abusive et erronée d’une invention déjà bien incertaine, celle de l’«obligation d’accommodement raisonnable», qui devrait s’appeler en français correct «exception obligatoire».

 

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il ne s’agit pas d’une banale affaire de privilèges religieux. Le problème est plus important concernant la gestion et le financement du personnel de la fonction publique fédérale. Et des précédents existent.

 

Des organisations internationales comme l’Organisation des Nations Unies et l’Organisation mondiale du commerce, par exemple, qui comptent des milliers d’employés de religion et d’origine diverses, ont dû le résoudre. 

 

Une solution simple

 

Dans les quartiers généraux de ces organisations, à New York et à Genève, la solution est simple: les employés, musulmans ou non, ne se conforment à aucune des mesures proposées par le Réseau et on ne voit aucune différence entre les fonctionnaires qui travaillent tous en général aux conditions des autres employés locaux.

 

 

Un très grand nombre des musulmans employés d’organisations internationales ne font qu’une semaine de quatre jours pour un salaire de cinq jours.

 

 

Dans la pratique, même au Conseil des droits de l’homme, comme au Haut-Commissariat, on ne voit jamais, personne se laver les pieds dans les toilettes publiques. Pas de tapis de prière dans ces édifices publics non plus. Ni de lieux de prières, sauf au Secrétariat de l’ONU qui prêtait une salle de la bibliothèque pour la prière du vendredi midi. 

 

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Il y a aussi une très jolie petite salle de méditation, ouverte à tous, où je n’ai jamais vu personne d’autre que quelques visiteurs. 

 

Par ailleurs, dans n’importe quel vol des pays musulmans vers l’Europe ou les États-Unis, on voit, pendant le voyage, les femmes voilées passer aux toilettes et en ressortir habillées à l’américaine ou à l’européenne. Et c’est ainsi qu’elles travaillent à l’ONU, sauf quelques très rares et occasionnelles exceptions.

 

Le Canada peut s’inspirer de l’ONU

 

Cette conformité aux conditions locales vaut pour les fonctionnaires de la cinquantaine de pays musulmans de l’ONU. Ne devrait-elle pas valoir aussi pour des fonctionnaires qui sont des immigrants au Canada, qui comptent apprendre à y vivre comme des Canadiens? 

 

N’est-ce pas pour cela qu’ils sont venus? Et, de plus, ils ont choisi de demander à travailler au gouvernement canadien aux conditions existantes. 

 

Il faut convenir qu’il reste deux problèmes, qui ne sont pas anodins: a) la détermination des jours de congés, ce qui n’est pas rien pour un employeur multireligieux et multiethnique comme l’ONU. Pour les musulmans, l’affaire a été réglée il y a assez longtemps: le Secrétariat de l’ONU à New York a reconnu deux congés pour des fêtes musulmanes. 

 

Les fidèles d’autres religions n’ont pas été aussi bien traités: par exemple, les bouddhistes: le Vesak, l’anniversaire de la naissance de Bouddha il y a plus de 2500 ans, est célébrée à l’ONU mais n’est pas un jour de congé, malgré les quelque 400 millions de bouddhistes. 

 

Le problème simple qui s’est posé à l’ONU et dans ses organes c’est qu’il y a tellement de fêtes religieuses qu’il ne resterait plus un jour de travail s’il fallait qu’elles deviennent toutes des jours de congé.

 

b) L’autre problème c’est que, dans la pratique, à New York, à Genève et partout ailleurs, les musulmans prennent un congé religieux le vendredi: soit ils viennent au bureau endimanchés, tard le matin, se rassemblent pour la prière du midi, puis se rassemblent pour discuter ou rentrent chez eux ; soit, certains ne viennent pas du tout ou ne font pas une très grosse journée de travail.

 

Absentéisme religieux 

 

Pire encore: dans la cinquantaine de pays musulmans pour lesquels le vendredi est un jour de congé religieux, les musulmans ne viennent pas au travail le vendredi et leurs collègues des autres pays ne peuvent pas faire leur journée de travail avec eux. 

 

Par ailleurs, dans beaucoup d’autres pays, pour les musulmans, le dimanche est un jour ouvrable, mais leurs collègues de New York, Genève ou Paris ne sont pas au bureau ce jour-là et c’est donc une journée de travail perdue, ou presque.

 

Dans la pratique, un très grand nombre des musulmans employés d’organisations internationales ne font qu’une semaine de quatre jours pour un salaire de cinq jours. Ce qui représente un sérieux problème administratif et une perte sèche de plusieurs millions de dollars par année pour les administrations internationales. 

 

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N’oublions pas que ces montants considérables, gaspillés allègrement, proviennent entièrement de vos impôts. Exclusivement. Je n’ai jamais entendu dire que le gouvernement canadien ait soulevé cette question à l’Assemblée générale de l’ONU ou tenté de faire quoi que ce soit pour y remédier. 

 

Je n’ai jamais entendu dire non plus que des États musulmans aient offert une compensation financière à l’ONU. Par ailleurs, certains syndicats de ces organismes ont relevé ce problème et ont tenté d’y intéresser l’administration et les médias, sans grand succès jusqu’à présent.

 

Ce qui amène à une question fort simple: à quand la semaine de quatre jours, payée comme cinq jours, pour les musulmans qui sont fonctionnaires du gouvernement fédéral?