Dix ans après Charlie Hebdo, l’islamisme menace encore la France

Une édition spéciale de Charlie Hebdo est posée au milieu de couronnes et de crayons déposés devant les anciens bureaux du journal lors des commémorations marquant les 10 ans de l'attaque islamiste contre lui. Photo: Ludovic MARIN pour l’AFP.

Mardi le 7 janvier 2025, à 12:00

Dix ans après l’attaque de Charlie Hebdo, l’islamisme reste une menace persistante en France. Ghislain Benhessa, essayiste et avocat, revient sur les réponses de l’État et les défis à venir face à un courant qui persiste à se radicaliser.

 

Il y a dix ans, la France était frappée de plein fouet par l'un des attentats les plus marquants de son histoire. Des disciples de l’État islamique ont assassiné douze personnes travaillant pour le journal satirique Charlie Hebdo, en représailles des caricatures du prophète Mahomet publiées par le journal.

 

Selon Ghislain Benhessa, dix ans après cette tragédie, l’islamisme reste une menace omniprésente en France. Ghislain Benhessa est essayiste, docteur en droit public et observateur attentif de la scène politique française.

 

Simon Leduc: Le 7 janvier 2015, des sympathisants de l’État islamique ont assassiné douze membres de l’équipe de Charlie Hebdo à cause de caricatures du prophète Mahomet. Comment les autorités françaises ont-elles réagi à cette tragédie?

 

Ghislain Benhessa: «Cette année-là, la France a subi plusieurs attaques terroristes islamistes, notamment celles de Charlie Hebdo et du Bataclan. L’État français a adopté une double réponse.

 

Premièrement, sur le plan politique, il y a eu un véritable élan de solidarité nationale. Tout le pays s’est mobilisé autour de Charlie Hebdo avec le slogan "Je suis Charlie". Ce fut un moment de communion où journalistes et citoyens ont uni leurs voix en faveur de la liberté d’expression. 

 

Il y avait un large consensus dans la société française pour soutenir le droit de caricaturer, même s’il touchait des figures religieuses sacrées.

 

 

 

 

Deuxièmement, sur le plan juridique, des mesures exceptionnelles ont été intégrées dans le droit commun. Cela a inclus une réforme des services de renseignement, le renforcement des dispositifs de sécurité et des contrôles dans les lieux publics tels que les stades et les lieux de culte.

 

Sous la présidence de Macron, une loi a également été adoptée pour lutter contre les discours islamistes et assécher le financement des organisations extrémistes. Cela a permis de fermer plus rapidement les mosquées prônant un islam radical.»

 

Simon Leduc: Dix ans après ces événements, la menace islamiste est-elle toujours aussi présente en France?

 

Ghislain Benhessa: «Les attentats de grande ampleur, bien coordonnés comme ceux de Charlie Hebdo ou du Bataclan, se sont nettement raréfiés. Cela témoigne de l’efficacité remarquable des services de renseignement français qui parviennent à déjouer nombre de projets terroristes. 

 

La vigilance des forces de l’ordre et leur travail continu permettent de prévenir de nouveaux drames majeurs.

 

Cependant, la menace persiste sous une autre forme: celle des attentats isolés, souvent perpétrés par des individus agissant seuls. L’assassinat du professeur Samuel Paty illustre parfaitement cette nouvelle réalité. 

 

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Aujourd’hui, l’islamisme est bien implanté dans certaines parties du territoire et cherche à imposer son idéologie. À cela s’ajoute une montée de l’attraction pour un islam rigoriste parmi une partie de la jeunesse musulmane. 

 

D’après des sondages, une proportion non négligeable de musulmans en France considère que la charia devrait prévaloir sur les lois de la République. En somme, dix ans après Charlie Hebdo, l’islamisme continue de représenter une menace systémique pour la société française.»

 

Simon Leduc: Le Rassemblement national semble bien placé pour remporter les prochaines élections présidentielles de 2027. Si Marine Le Pen devenait présidente, quelles mesures adopterait-elle contre l’islam radical?

 

Ghislain Benhessa: «La priorité serait sans doute de contrôler l’immigration. Il faut reconnaître que les frontières européennes sont trop poreuses. 

 

La propagation de l’islamisme en France est intimement liée à une immigration incontrôlée. Si aucune action n’est entreprise pour freiner ce flux migratoire, l’islamisme continuera de s’enraciner. Une grande partie des nouveaux arrivants étant de confession musulmane, il est difficile d’ignorer le lien entre immigration et violence islamiste.

 

Ensuite, Marine Le Pen devra faire face à une opposition politique importante, notamment de la part de La France insoumise, qui entretient un discours ambigu sur l’islamisme. Par exemple, après l’attaque du 7 octobre par le Hamas contre Israël, certaines figures de ce parti, comme Mathilde Panot, ont qualifié les terroristes de "combattants pour la liberté". 

 

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Ce type de rhétorique est un moyen de séduire un électorat musulman concentré dans des quartiers sensibles. Cette stratégie clientéliste est particulièrement dangereuse dans un contexte où la France est déjà fragilisée par l’islamisme et le conflit israélo-palestinien.

 

Ainsi, les prochaines années verront une lutte politique acharnée entre deux blocs distincts: une droite identitaire représentée par le RN, qui entend combattre fermement l’islamisme, et une gauche radicale, incarnée par La France insoumise, qui flirte avec un électorat islamiste. 

 

Si Marine Le Pen accède à l’Élysée, elle devra composer avec ce bloc islamo-gauchiste qui ne manquera pas de contrecarrer ses initiatives.»