Fédération: le Québec veut encore le beurre et l’argent du beurre

François Legault participe à une réunion avec le premier ministre fédéral Mark Carney et les premiers ministres des provinces, le 21 mars 2025 au Musée canadien de la guerre à Ottawa. Photo: page Facebook officielle du premier ministre du Québec.

Lundi le 24 mars 2025, à 12:45

Le Québec veut les avantages de la fédération sans en assumer les responsabilités, même dans un contexte de crise énergétique et commerciale.

 

Les politiciens canadiens se sont réveillés avec toute une gueule de bois lorsque le président Trump a annoncé la mise en place de tarifs allant jusqu’à 25% sur tous les biens canadiens et de 10% sur l’énergie. 

 

Pour Ottawa, c’est une menace existentielle, car 79% des exportations canadiennes vont vers les États-Unis et 49% de nos importations proviennent de l’Oncle Sam. 

 

Environ 3,6 milliards de dollars canadiens traversent chaque jour la frontière d’un côté comme de l’autre. Près de 20% du PIB canadien provient des échanges avec les États-Unis.

 

Un virage est-ouest complexe et coûteux

 

Plusieurs minimisent l’ampleur de la situation, arguant que nous n’avons qu’à transiger davantage avec d’autres pays, mais c’est avoir une vision bien simpliste de notre économie, construite autour de l’axe nord-sud. Nos infrastructures suivent toujours le chemin des billets verts. 

 

Cette dynamique est un grave problème, car pour exporter ailleurs, nous devrions orienter notre économie sur un axe est-ouest. Autant dire qu’un tel changement, s’il est possible, requiert à minima deux décennies. 

 

Néanmoins, quelques politiciens canadiens ont enfin réalisé que cette vulnérabilité était insoutenable tandis que la question du transport énergétique a refait surface. 

 

Au risque de heurter les écologistes québécois qui présentent le pétrole de l’ouest comme une ressource «sale» et désuète, les exportations énergétiques vers les États-Unis représentent environ 27% des exportations de marchandises vers nos voisins. 

 

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C’est sans compter que sans le commerce de l’énergie, le Canada serait dans un déficit commercial constant, ce qui coulerait encore plus le huard, pourtant déjà bien bas. 

 

Bref, n’en déplaise aux députés du Bloc Québécois et aux députés de l’Assemblée nationale, la dure réalité frappe à la porte: le pétrole de l’ouest contribue directement à la prospérité du Québec. 

 

Le pétrole «sale», pilier ignoré de la prospérité québécoise

 

Devant la menace tarifaire et l’état de dépendance, plusieurs politiciens ont fait valoir qu’il faudrait, pour des raisons de sécurité nationale, être capable d'acheminer le pétrole canadien d’un océan à l’autre. Il est présentement impossible pour le Québec ou les maritimes de s’approvisionner en pétrole de l’ouest autrement que par train ou via un pipeline passant aux États-Unis.

 

Cette situation incongrue réduit le Canada, déjà dans une position de faiblesse, à une position de soumission totale face au géant américain.

 

Impossible de riposter en fermant les valves, car le cœur économique du pays se trouve sans énergies fossiles. Dans un rare élan de conscience, nos dirigeants canadiens se sont dit qu’il vaudrait mieux rectifier le tir.  

 

Or, malgré le regain patriotique chez les citoyens du Québec, terrifiés à l’idée de faire partie des États-Unis, la possibilité de faire passer un pipeline au Québec demeure impensable.

 

François Legault ouvre timidement la porte, le Bloc Québécois déchire sa chemise devant l’idée, bref le message est clair: le Québec semble totalement indifférent au concept de sécurité nationale dans une perspective canadienne. 

 

Le Québec, la classe politique du Québec à tout le moins, ne se perçoit pas comme un membre actif de la fédération devant participer aux projets communs pour le bien de cette dernière. 

 

Les intérêts canadiens sont perçus comme des intérêts étrangers. Fort bien, mais si le Québec refuse de participer aux devoirs de la fédération, il doit aussi être cohérent et ne pas s’attendre à recevoir les privilèges de la fédération...

 

Un fédéralisme à la carte 

 

La classe politique québécoise ne peut pas, d’un côté, s’indigner qu’Ottawa ne priorise pas les besoins du Québec dans les négociations commerciales ou les projets d’infrastructure, si, de l’autre, le Québec refuse systématiquement de faire du Canada une priorité dans ses propres décisions politiques.

 

À un certain moment, les Québécois devront choisir entre être Canadiens ou Québécois. Ils ne peuvent pas être Canadiens quand vient le temps d’obtenir une subvention artistique, un transfert fédéral en santé, mais être Québécois quand vient le temps pour le Canada d’assurer sa sécurité nationale. 

 

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Soit nous faisons partie de la fédération avec ses lois et ses obligations, soit nous n’en faisons pas partie. Ce n’est pas un menu à la carte. 

 

Bloquer systématiquement des projets économiques au Québec pour des raisons d’acceptabilité sociale et d’environnement vient avec ses conséquences: l'appauvrissement du Québec, la diminution de son influence au Canada et la perte de ses leviers de négociation sur le plan constitutionnel. 

 

Deux fois, nous avons choisi de demeurer au Canada et cela implique de contribuer à un dessein collectif qui dépasse le Québec.

 

Si les Québécois jugent que la fédération est incompatible avec leurs intérêts, ils savent ce qu’ils ont à faire. En attendant, le Québec ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre.