Embrasement régional ou désescalade? Le Moyen-Orient s’impatiente

Un homme marche avec une bouteille de gaz vers le centre de la bande de Gaza avec d'autres Palestiniens déplacés en raison des combats, le 8 juin 2024. Photo: Eyad BABA pour l’AFP.

Vendredi le 16 août 2024, à 09:40

La double élimination à Beyrouth et à Téhéran d’un cadre du Hezbollah et du chef du bureau politique du Hamas fait planer le risque d’une escalade régionale incontrôlable. La diplomatie s’active pour éviter un tel scénario. Analyse. 

 

Alors que les renseignements israéliens et américains tablaient, selon certaines sources, sur une riposte iranienne avant la date fatidique du 15 août, symbolisant la reprise des pourparlers à Doha, les négociations ont bien lieu dans la capitale qatarie.  

 

Le sommet de Doha, que les responsables israéliens ont qualifié de «dernière chance» de parvenir à un accord, intervient dans un contexte de tensions régionales accrues. Cette rencontre cruciale est présidée par le directeur de la CIA, William Burns. 

 

La délégation israélienne est menée par David Barnea, chef du Mossad, et inclut notamment le général Nitzan Alon, en charge des prisonniers et disparus pour Tsahal, ainsi qu'Ofir Fleck, conseiller du Premier ministre. 

 

Pour sa part, le mouvement palestinien du Hamas a fait savoir qu'il ne participerait pas aux nouvelles négociations. Abbas Kamel, chef du renseignement égyptien, a pris également part à la réunion aux côtés de la délégation qatarie menée par Mohammed bin Abdul Rahman al-Thani, Premier ministre du Qatar. Le Hamas a néanmoins fait savoir qu'il maintenait le contact direct avec les médiateurs égyptiens et qataris.

 

Trump s’entretient avec Netanyahu

 

Le site Axios affirmait hier que Benjamin Netanyahou avait tenu une réunion de cinq heures avec la délégation israélienne peu de temps avant son départ dans le petit émirat du golfe Persique. 

 

Toujours selon la même source, l'ancien président américain Donald Trump aurait également eu une conversation avec le Premier ministre israélien pour évoquer la libération des otages. À ce jour, 115 détenus sont encore aux mains du Hamas.

 

Les Américains tentent d'arracher un accord sur le cessez-le-feu et d'obtenir la libération des otages pour convaincre l'Iran et ses alliés de ne pas riposter. L'administration de Joe Biden espère ainsi décrocher une victoire diplomatique après plus de dix mois de guerre dans la bande de Gaza. 

 

«L'Iran a déclaré publiquement qu'un cessez-le-feu à Gaza pourrait avoir des répercussions sur sa position. S'il se lance dans une guerre majeure au Moyen-Orient et lance une attaque contre Israël, cela compromettra toute chance de parvenir à un cessez-le-feu à Gaza», avait déclaré un responsable américain.

 

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Malgré la pression diplomatique sur Téhéran et les nombreux appels des chancelleries occidentales, «la République islamique est déterminée à défendre sa souveraineté [...] et ne demande pas l'autorisation de quiconque pour utiliser ses droits légitimes», avait lancé le porte-parole de la diplomatie iranienne Nasser Kanani le 13 août. 

 

Même son de cloche de la part du Hezbollah qui se réserve le droit de répondre à Israël. Lors de son dernier discours le 6 août, Hassan Nasrallah, le secrétaire général du parti chiite libanaise, avait déclaré: «l’attente israélienne depuis une semaine fait partie de la punition». 

 

Avant d'ajouter: «Mais notre réponse viendra, si Dieu le veut, seuls ou dans le cadre d’une réponse collective de tout le front», sous-entendant que la riposte pourrait être coordonnée avec les autres mouvements de «l'axe de la résistance», regroupement de milices affilié à l’Iran.

 

Pour éviter une riposte provenant du Liban, les États-Unis ont d’ailleurs dépêché leur émissaire Amos Hochstein à Beyrouth le 15 août. Le diplomate américain a corrélé pour la première fois les dossiers gazaouis et libanais, indiquant qu’en cas d’accord de cessez-le-feu dans la bande de Gaza, il y aurait une cessation des hostilités à la frontière libanaise. Une position affichée par le parti chiite depuis le début du conflit. 

 

En attendant la désescalade, Washington prévoit un nouveau contrat d’armement...

 

Outre les efforts diplomatiques déployés depuis plusieurs jours, les Américains renforcent également la dissuasion militaire dans la région. En plus d'avoir envoyé plusieurs vaisseaux dans la zone pour contraindre le Hezbollah et son allié iranien à ne pas riposter, Washington a ainsi annoncé l’approbation de plusieurs ventes d’armes à l’État hébreu, pour un total de près de 20 milliards de dollars

 

Cette transaction, qui porte notamment sur une cinquantaine d’avions de combat F-15, des dizaines de milliers d’obus de mortiers et des chars d’assaut, des missiles sophistiqués air-air et des véhicules tactiques, sera mise en œuvre sur plusieurs années à partir de 2026, après avoir été approuvée par le Congrès. Un timing loin d'être anodin, alors que les discussions sur le contrat d'armements duraient depuis plusieurs semaines. 

 

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Les craintes d'un embrasement se sont intensifiées depuis qu'Israël a tué, le 30 juillet, un chef militaire du Hezbollah, Fouad Chokor, au cœur de la banlieue sud de Beyrouth. Un assassinat auquel le parti chiite a promis de riposter. L'Iran a également promis de répondre à l'élimination, le 31 juillet à Téhéran, du chef du Hamas palestinien, imputée à Israël.

 

Depuis cette double élimination, Israël a continué ses opérations au Liban, tuant plusieurs membres du Hezbollah, ciblant même un cadre du Hamas: Samer el-Hajj à Saïda

 

Tsahal a également mené des raids en Syrie pour éliminer des responsables des Gardiens de la révolution iranienne, tout en bombardant quotidiennement la bande de Gaza. Indubitablement, le Premier ministre israélien cherche à mettre en porte à faux ses ennemis, les poussant à commettre l’erreur de trop.