Pour le géopolitologue Max-Erwann Gastineau, la mondialisation heureuse a cédé sa place à une phase de «désoccidentalisation» marquée par le retour assumé des rapports de force et des logiques impériales.
«Le trumpisme n’est pas un isolationnisme, mais un hémisphérisme», laisse tomber le géopolitologue français Max-Erwann Gastineau à l’émission Vents contraires.
Contrairement à une lecture longtemps répandue dans les médias traditionnels, avec Trump, Washington ne se replie pas sur lui-même: il redéfinit sa zone d’influence.
Cette nouvelle doctrine Monroe ne se limite plus aux Amériques: elle s’étendrait désormais à toute l’Europe.
La mondialisation promue par les États-Unis s’est retournée contre eux. «Les règles du jeu globalisé ont affaibli l’Occident industriellement, tout en permettant l’ascension spectaculaire de la Chine», rappelle l’auteur et enseignant.
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D’où la rupture assumée de l’Oncle Sam avec l’idéologie libérale-mondialiste: priorité à la sécurité économique, confondue désormais avec la sécurité nationale.
L’Europe plus isolée que la Russie?
L’épisode ukrainien illustre ce basculement. Si l’invasion russe a été largement condamnée sur papier, les sanctions occidentales n’ont pas été suivies par le Sud global.
«En voulant isoler la Russie, c’est l’Occident qui s’est retrouvé isolé», observe Gastineau. Les États non occidentaux raisonnent donc désormais d’abord en fonction de leurs intérêts nationaux, non d’un récit pompeux imposé de l’extérieur.
L’Europe entre l’arbre et l’écorce
Dans ce contexte, l’Europe apparaît comme la grande perdante. Longtemps convaincue d’incarner un phare moral, elle se retrouve prise en étau entre les États-Unis et la Chine.
Washington, de son côté, n’entend nullement lâcher le Vieux Continent. «L’Europe reste un actif stratégique fondamental pour les États-Unis», assure Gastineau.
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La nouveauté réside aussi dans la dimension civilisationnelle de cette stratégie. Les États-Unis, dans la lignée du politologue Samuel Huntington, estiment qu’une Europe culturellement occidentale demeurera naturellement arrimée à l’Amérique. Immigration, identité et conservatisme deviennent ainsi des enjeux géopolitiques à part entière.
Face à ce retour des empires, Max-Erwann Gastineau plaide pour une Europe lucide: soit accepter la soumission, soit renouer avec une ambition d’autonomie stratégique, inspirée d’une troisième voie à la gaullienne.
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