L’attaque récente des États-Unis et d’Israël contre l’Iran n’est pas une action improvisée, mais l’aboutissement d’un projet à long terme initié il y près de trois décennies.
La faction la plus impérialiste des élites américaines avait déjà annoncé en 1997, à travers le groupe «Project for a new American Century», que les États-Unis devaient rétablir l’ordre américain, notamment au Moyen-Orient, en renversant tous les régimes hostiles à Washington.
À l’époque, on parlait de l’Irak, de la Syrie, de la Libye, de l’Afghanistan et de l’Iran. En 2026, de tous ces pays, seul l’Iran n’avait pas encore été directement attaqué; c’est désormais chose faite.
Cette guerre est donc la phase finale d’un effort prolongé, très coûteux, promu par des républicains autant que par des démocrates, pour imposer une domination géopolitique américaine dans cette région stratégique du monde.
Les vieux motifs de Washington
Les raisons invoquées par Washington et Israël pour justifier cette guerre doivent être accueillies avec prudence. On parle de «sauver le peuple iranien» et de neutraliser le programme nucléaire iranien, ce qui est presque un copier-coller des interventions américaines précédentes.
En effet, les plus vieux se souviennent que la guerre de Bush junior contre l’Irak avait été justifiée par la cruauté du régime de Saddam Hussein et ses «armes de destruction massive».
Résultat: le régime de Saddam est tombé, aucune «arme de destruction massive» n’a jamais été trouvée en Irak, et la situation a fait place à un vide géopolitique chaotique dont ont émergé les pires groupes terroristes imaginables (l’État islamique, etc.).
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Les autres guerres n’ont pas donné des résultats plus probants: l’Afghanistan est toujours contrôlé par les talibans, la Libye est un désordre terrible, la Syrie est maintenant dirigée par un ex-chef d’Al-Qaeda appuyé par Washington…
Bref, la propagande actuelle pour justifier la guerre, «sauver le peuple et supprimer une menace imminente» n’a rien de nouveau; seulement par rapport aux précédentes elle est confuse, incohérente et mal communiquée.
La réalité est moins élégante. Washington semble être entré en guerre avant tout sous la pression d’Israël, qui cherche à éliminer l’Iran comme principal rival géopolitique dans la région.
L’ombre du scandale Epstein
Le timing de l’intervention, qui survient quelques semaines après le dévoilement des Epstein files, est particulièrement douteux.
Au moment même où des millions d’Américains découvrent, médusés, qu’il semble y avoir un système de chantage mis en place par Israël pour faire pression sur les politiciens américains, Trump décide de suivre Israël dans une guerre terriblement dangereuse.
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C’est ce qui explique l’impopularité de la guerre actuelle auprès du public, particulièrement chez les conservateurs, pourtant traditionnellement favorables à Israël. Sur les réseaux sociaux, certains internautes ont même rebaptisé l’opération Epic Fury en Epstein Fury.
Des imaginaires religieux s’entrechoquent
Cette guerre est d’autant plus corsée qu’elle rassemble plusieurs narratifs religieux eschatologiques et ouvre une boîte de pandore apocalyptique.
En effet, d’un côté, des juifs intégristes y voient la guerre ultime qui va permettre la construction du troisième temple de Jérusalem et l’établissement du grand Israël longtemps rêvé.
De l’autre, des chrétiens évangéliques et sionistes y voient le début de l’Apocalypse, la révélation de l’Antéchrist et la seconde venue du Christ.
Pour leur part, les chiites iraniens y voient une guerre sainte contre l’Occident pour venger leur leader religieux, l’Ayatollah Khomeini, tué dès les premiers bombardements.
De tels discours donnent à l’intervention une teinte religieuse qui pourrait envenimer les tensions et durcir la volonté des belligérants.
Une résistance iranienne inattendue
Sur le plan militaire, certains auraient pu croire que la puissance militaire américaine et israélienne aurait fait une bouchée de pain de l’Iran.
Pourtant, même si l’Iran se défend difficilement contre les constants raids de ses ennemis, il reste capable de riposter avec conviction grâce à ses drones et ses missiles balistiques.
Trump, qui promettait encore la paix hier, a mis le doigt dans l’engrenage de la guerre et il est désormais trop tard pour se retirer.
Déjà, de nombreuses infrastructures militaires américaines clés ont été endommagées ou détruites, et chaque jour, des missiles pleuvent à Tel-Aviv sans que le système de défense anti-missile israélien puisse tous les arrêter.
L’intervention ne semble pas se dérouler comme prévu et le Pentagone a commencé à mobiliser de nouvelles forces au Moyen-Orient.
On parle maintenant d’un conflit possiblement long de plusieurs mois et qui pourrait exiger des troupes au sol, ce qui n’a rien pour rendre cette opération populaire auprès des opinions publiques américaine et israélienne.
Le choc pétrolier mondial
L’Iran n’a pas que des missiles: il utilise aussi l’arme énergétique pour répliquer en bloquant la production ou le transport du pétrole et du gaz naturel de la région.
Près de 30% du pétrole produit dans le monde l’est dans le golfe Persique et passe par le détroit d’Ormuz, qui a été fermé par le régime iranien, qui a aussi bombardé des installations de pétrole chez ses voisins comme l’Arabie saoudite ou le Koweït.
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Tout cela mène inévitablement à une hausse spectaculaire du prix du baril de pétrole qui va affecter tous les pays du monde et, si la situation ne se règle pas bientôt, mener à un choc énorme pour l’économie mondiale.
Tout cela a mis en alerte de nombreux pays, dont la Chine, la France ou la Grande-Bretagne, qui tous ont envoyé d’importants navires de guerre dans la région, augmentant la possibilité d’une escalade incontrôlée du conflit.
La situation est grave au point que des rumeurs prétendent qu’on envisage à Washington une occupation militaire de la région autour du détroit d’Ormuz, ce qui serait une opération extrêmement complexe et potentiellement très coûteuse pour les Américains.
Risque d’escalade élevé
En réalité, il existe malheureusement de très nombreuses voies par lesquelles la guerre actuelle pourrait dégénérer, que ce soit par un conflit au sol qui s’enlise, l’utilisation d’armes nucléaires, des cyberattaques, une crise économique catastrophique ou l’intervention de pays tiers.
On est donc en face d’un bordel géopolitique qui mêle armes de haute technologie, crise énergétique, théories de la conspiration et théologies de fin du monde.
Un tel enlisement pourrait paradoxalement convenir aux intérêts américains à long terme, puisque leur principal rival stratégique, la Chine, est beaucoup plus dépendant du pétrole du Moyen-Orient que les États-Unis.
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Même si ses réserves stratégiques sont importantes, la perte du pétrole iranien et vénézuélien pourrait coûter très cher à la Chine si la situation perdure et que la production régionale est perturbée.
Les Américains, eux, peuvent compter sur des sources d’approvisionnement plus diversifiées (du Canada, du Mexique ou encore du Venezuela) et pourraient ainsi absorber le choc plus facilement.
L’image des États-Unis à nouveau ternie?
Cependant, bien que la guerre ne soit vieille que d’une dizaine de jours, on voit déjà que le blason américain s’en trouve terni.
La promesse d’une intervention chirurgicale décapitant le régime iranien pour faire éclore une série de révoltes populaires contre les tyrans islamistes ne s’est pas avérée.
Au contraire, le régime semble plus fort et coriace qu’auparavant, prêt à se défendre avec une stratégie raffinée et efficace. Les dommages infligés aux bases américaines sont déjà très importants: on a l’impression que le Pentagone ne sait pas comment réagir.
C’est à se demander si les USA ne sortiront pas affaiblis de la situation, à la fois militairement, politiquement et économiquement. Trump, qui promettait encore la paix hier, a mis le doigt dans l’engrenage de la guerre et il est désormais trop tard pour se retirer.













