De djihadiste radical à chef «pragmatique», Abu Mohammad al-Jolani redore son image avec le concours des grands médias. Une «zelenskisation» qui masque à peine les contradictions profondes et le radicalisme du groupe Hayat Tahrir al-Sham.
Depuis la chute du régime de Bachar al-Assad, Abu Mohammad al-Jolani, chef de Hayat Tahrir al-Sham (HTS), incarne une transformation spectaculaire.
Longtemps lié au djihadisme à travers son appartenance à Jabhat al-Nosra et Al-Qaïda, il tente aujourd’hui de projeter une image de chef pragmatique et modéré.
«Zelenskisation»
Cette «zelenskisation» vise à faire oublier le lourd passé du chef «rebelle», nous explique dans cette entrevue Daniel Dory, chercheur et spécialiste du terrorisme.
Le discours d’al-Jolani s’aligne tout d’un coup avec les priorités géostratégiques occidentales: l’ennemi désigné n’est plus la civilisation occidentale «impie», mais le régime de Bachar al-Assad et ses soutiens russes et iraniens.
Construction médiatique
Cette posture sélective, habilement relayée par des plateformes influentes comme CTC Sentinel, s'accompagne de la mise en place de structures de gouvernance dans la ville d’Idlib. Maintenant présentée comme une enclave islamiste «modérée», la région constitue un laboratoire fragile où coexistent ambitions étatiques et dépendances financières vis-à-vis de la Turquie et des monarchies du Golfe.
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Pour autant, cette tentative de normalisation ne peut faire abstraction des contradictions profondes de HTS. La répression locale, les violences passées et le fanatisme islamiste rappellent les racines djihadistes du groupe.
En tentant de se façonner une image plus acceptable sur la scène internationale avec le concours des grands médias, al-Jolani joue un jeu d’équilibriste: gagner en légitimité sans perdre l’adhésion de ses partisans radicaux.
Derrière la façade rénovée, la rébellion syrienne reste prise dans un tissu d’intérêts étrangers, d’ambiguïtés idéologiques et de conflits internes. Une transformation qui, pour l’heure, demeure plus narrative que structurelle.












