Prêcher dans le désert québécois

Photo: Paul Raillard pour Unsplash.

Vendredi le 27 juin 2025, à 09:35

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Prêcher dans le désert québécois
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Notre contributrice Virginie Dostie-Toupin plaide pour le réveil du peuple québécois, entre pragmatisme et passion retrouvée pour notre avenir collectif.

 

L’an dernier, ma famille et moi étions en Catalogne pour la Saint-Jean. Résignés à manquer notre fête, nous ne suspections pas qu’une leçon de ferveur festive nous serait servie.

 

Petits et grands déferlaient dans les rues, armés de petits pétards et de grands feux. C’était bruyant, enfumé, limite dangereux — mais surtout, c’était vivant.

 

Et pourtant, Saint-Jean n’est pas leur saint patron! Les Catalans réservent leurs plus nobles hommages à Saint-Georges, leur courageux intercesseur, qu’ils célèbrent en s’offrant une rose et un livre tous les 23 avril.

 

Si les Catalans puisent leur force d’un chevalier vainqueur du dragon, le peuple québécois, dont le combat est interne, gagnerait à tendre l’oreille vers la voix qui crie dans le désert, celle qui prépare, bouscule, révèle. 

 

La voix rude de la vérité

 

Victor-Lévy Beaulieu, qui vient de nous quitter, avait des petits airs de notre saint patron. Ermite dans son fief de Trois-Pistoles, ascète des lettres, il disait vrai, même quand ça dérangeait. Surtout quand ça dérangeait. 

 

Chez lui, les mots brûlaient, dénonçaient, mais toujours pour mieux éclairer, pour mieux aimer. Derrière ses colères se cachaient une fidélité farouche à son peuple et un amour intransigeant de la vérité.

 

VLB n’était pas le seul à prêcher dans le désert politique québécois. Ils sont plusieurs, encore aujourd’hui, à préparer le chemin sans certitude d’en voir le bout. 

 

La traversée paraît interminable… Pour en sortir, nous devrons nous parler dans le blanc des yeux, loin des silos algorithmiques.

 

Des idées et des rencontres

 

C’est justement dans ce but que j’ai organisé, le 17 juin dernier, une soirée sur la convergence qui, à bien des égards, s’est avérée aussi stimulante qu’enrichissante.

 

 

 

 

Sur le plan des idées, la soirée fut féconde, nourrie par des panélistes de qualité et un public engagé. Bien sûr, chacun y a vu midi à sa porte et il y aura autant de lectures de la soirée que de personnes présentes. Mais voici ce que j’en retiens.

 

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D’abord, l’indépendance n’est pas une panacée. Quoi qu’il advienne, les Québécois doivent mieux manier les leviers qu’ils détiennent déjà: la culture, la puissance, la démographie et l’éducation. 

 

Photo: Courtoisie/Virginie Dostie-Toupin.

 

 

À ce chapitre, notre système éducatif devrait nous reproduire comme peuple, pas seulement former des êtres «instruits mais incultes». 

 

 

Cessons d’avoir peur d’avoir peur.

 

 

La fameuse «troisième voie» ne représente pas le cul-de-sac que la politique partisane tend à décrier. Elle permet de garder le cap quand tous les chemins semblent entravés, ce qui, sans mentir, est devenu la norme dans notre vie politique.

 

Le référendum doit être dépouillé d’une couche de pathos. Ce n’est ni une vache sacrée ni une apocalypse. C’est une étape, pas une fin, un outil, pas un totem. Bref, c’est une consultation populaire sur une question essentielle. Cessons d’avoir peur d’avoir peur. 

 

Et si nous nous engageons sur cette voie, qui a le mérite de conférer une légitimité diplomatique et de forcer le dialogue, que ce soit avec moins d’ingénuité et plus de rigueur. 

 

Les mots d’ordre: préparation, stratégie, quête préalable d’appuis (France, mais aussi États-Unis) et de garanties d’Ottawa (modèle écossais plus que catalan). 

 

La liberté à l’avant-plan

 

Enfin, mettons la Liberté à l’avant-plan. Tendons la main aux peuples autochtones, aux régions et aux gens de Québec. Esquissons sans tarder le cadre politique d’un Québec souverain où villes, territoires et citoyens gagneraient, eux aussi, en autonomie.

 

Bref, soyons prêts pour nos rendez-vous avec l’histoire, qu’ils prennent la forme d’un grand soir romantique ou d’une suite de petits matins lucides.

 

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Par-delà les idées, ce sont les rencontres qui ont fait le succès de cette soirée. Certes, nous étions trop peu nombreux, mais les personnes rassemblées sont reparties ragaillardies, convaincues que tant qu’il y aura une petite flamme, aussi vacillante soit-elle, il y aura moyen de rallumer le brasier. 

 

Je nous souhaite à tous des conversations brûlantes comme des feux de joie, pas sur la pluie et le beau temps, mais sur notre avenir national.