Covid: l'arrogance ne remplace pas le débat scientifique

Photo: AFP,

Lundi le 24 février 2025, à 13:35

L’Association médicale albertaine et des professeurs d’université rejettent en bloc un rapport critique sur la gestion de la pandémie en Alberta, mais sans avancer de véritables argument scientifiques. 

 

Le corps médical albertain réagit avec virulence au rapport final du groupe de travail chargé d’examiner la gestion de la pandémie de Covid-19 dans la province.

 

Commandé par la première ministre Danielle Smith, ce rapport de 269 pages, rédigé par d’éminents médecins et scientifiques, a été publié le 24 janvier 2025.

 

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Les auteurs du document critiquent sévèrement les mesures de confinement et les passeports vaccinaux instaurés par le gouvernement albertain en réponse à la pandémie et recommande une approche différente pour les futures urgences sanitaires.

 

Les bien-pensants sont orgueilleux 

 

Trois jours après cette publication, l’Alberta Medical Association (AMA) a publié une déclaration expéditive de 64 mots seulement, rejetant en bloc le rapport, qu’elle qualifie de «biaisé, anti-science, anti-preuves» et accusant ses auteurs de diffuser des «informations erronées» et de promouvoir des «approches marginales».

 

J’avais déjà abordé ce sujet dans une chronique précédente.

 

Deux jours plus tard, 48 médecins et professeurs d’université ont signé une lettre ouverte adressée à la première ministre Smith et à la ministre de la Santé de l’Alberta, Adriana LaGrange, exigeant que le rapport soit rejeté dans son intégralité.

 

Depuis la publication de cette lettre le 29 janvier 2025, le nombre de signataires aurait encore augmenté.

 

Une réponse faible et paresseuse

 

On aurait pu s’attendre à ce que cette lettre réfute en détail les constats et recommandations du rapport, point par point.

 

Après tout, ces experts demandent au gouvernement de rejeter d’emblée un document de 269 pages. On aurait donc espéré une argumentation rigoureuse, démontrant en quoi chaque recommandation poserait problème.

 

Or, la lettre tient sur deux pages seulement. Ses auteurs se contentent d’affirmer que le vaccin à ARNm est «très sûr et très efficace» et de dénoncer l’ivermectine comme «inefficace et dangereuse». Ils ajoutent quelques notes de bas de page et citations pour appuyer leurs affirmations.

 

La morale avant la science

 

Certes, cette lettre s’élève légèrement au-dessus de la déclaration laconique de l’AMA en citant 29 sources. Mais elle repose avant tout sur un appel à l’autorité, invoquant l’avis de divers organismes gouvernementaux et institutions de santé mondiales, comme si la science se résumait à un consensus intangible.

 

Une véritable démarche scientifique exigerait un examen approfondi du rapport final et une réponse argumentée à chacune de ses conclusions.

 

Les médecins – ainsi qu’un professeur de sciences politiques de l’Université Mount Royal – qui ont signé cette lettre veulent être perçus comme des scientifiques. Pourtant, ils affirment à tort que le rapport final demande l’interdiction totale des vaccins à ARNm.

 

En réalité, celui-ci recommande simplement de ne pas l’administrer aux enfants et de garantir aux adultes une information complète sur les risques. Partant de cette déformation manifeste, les signataires accusent le rapport d’entraver l’accès à la vaccination, de saper le choix personnel et de violer les principes de santé publique.

 

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En somme, leur lettre de deux pages aborde brièvement l’ivermectine et le vaccin à ARNm, sujets auxquels le rapport consacre environ 50 pages. Elle passe totalement sous silence les autres thématiques abordées dans les 210 pages restantes. Ces médecins exigent donc que le gouvernement albertain rejette en bloc l’ensemble du rapport, sur la base de critiques superficielles ne couvrant que deux sujets.

 

C’est de l’arrogance pure et simple, pas de la science.

 

Un raisonnement autoritaire 

 

Comme la déclaration expéditive de l’AMA, cette lettre repose sur un raisonnement autoritaire: «Nous sommes la majorité, nous occupons des postes d’autorité, ceux qui ne sont pas d’accord avec nous sont des marginaux, et nous n’avons pas à nous engager dans un débat scientifique.»

 

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Les auteurs semblent considérer que la réponse gouvernementale à la pandémie était parfaite et qu’aucune remise en question n’est nécessaire pour mieux affronter une prochaine crise sanitaire.

 

Espérons qu’ils changeront d’avis et prendront le temps de lire le rapport en entier afin d’y répondre de manière rigoureuse et argumentée. Voilà ce qu’exige la véritable démarche scientifique. Et voilà ce dont notre société a besoin.