Gestion de la pandémie, «contrôle accru de l’État», avenir du Canada face à Donald Trump: entrevue à Londres avec l’ex-premier ministre albertain Jason Kenney.
Du 17 au 19 février avait lieu à Londres la Conférence 2025 de l'Alliance for Responsible Citizenship (ARC-Forum). À cette occasion, Francis Denis a eu l’occasion d’interviewer Jason Kenney.
Francis Denis: Jason Kenney, vous êtes l’ancien premier ministre de l’Alberta et vous avez occupé plusieurs rôles sous le gouvernement Harper. Vous êtes ici, à Londres, pour un événement qui rassemble des personnalités influentes. Que représente cette rencontre pour vous?
Jason Kenney: «C’est un rassemblement de gens très intéressants autour de thèmes essentiels pour les sociétés libres. Il y a des journalistes, des universitaires, des politiciens, des penseurs, tous inquiets de la direction que prend la société moderne: un contrôle accru de l’État, moins de liberté économique.
C’est une occasion unique d’échanger des idées, de renforcer des réseaux et d’unir nos forces. L’ARC, dont je fais partie du conseil, veut offrir une vision porteuse d’espoir, en opposition à celle du Forum économique mondial de Davos.»
Justement, certains voient l’ARC comme une alternative conservatrice au Forum économique mondial. Qu’en pensez-vous?
Jason Kenney: «La raison d’être de l’ARC, c’est effectivement de répondre à cette impression d’un monde gouverné par une élite globaliste qui impose une vision idéologique aux populations.
Pendant des années, on a vu des politiques environnementales, économiques et culturelles déconnectées du bon sens, qui réduisent la liberté d’expression.
L’ARC veut offrir une alternative basée sur la liberté individuelle, les communautés locales et la souveraineté des peuples.»
Vous avez été premier ministre de l’Alberta. Comment voyez-vous la politique du «net zéro» en matière de gaz à effet de serre qui suscite de vifs débats?
Jason Kenney: «Cette politique, c’est une manière de contrôler la vie quotidienne des gens: comment ils se déplacent, comment ils chauffent leur maison, comment ils consomment.
C’est un contrôle total de la société sous prétexte d’une urgence climatique.
L’ARC donne une plateforme aux penseurs qui défendent une approche différente: une transition énergétique réaliste, respectueuse des libertés et du droit des citoyens à gérer leur propre vie.»
Parlons de la gestion de la Covid-19. Vous étiez aux commandes en Alberta durant cette période. Avec du recul, avez-vous des regrets? Auriez-vous agi différemment?
Jason Kenney: «Peut-être à la marge, mais je tiens à rappeler que mon gouvernement a été vivement critiqué par la gauche, par Justin Trudeau et d’autres. Pourtant, l’Alberta a été l’une des provinces les plus libres du pays durant la pandémie.
J’observe aujourd’hui que certaines provinces sont allées beaucoup trop loin, particulièrement le Québec, avec des restrictions farfelues et excessives comme le couvre-feu et l’interdiction des rassemblements familiaux à Noël.
Cela dit, il faut aussi parler d’un problème fondamental au Canada: la faiblesse de notre système de santé public. Avec un système entièrement étatique, sous-financé et rigide, nous n’avions tout simplement pas la capacité hospitalière pour gérer les vagues successives de la pandémie.
Contrairement aux États-Unis, où il existe un secteur privé complémentaire, nos hôpitaux étaient débordés en quelques semaines.
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Cette fragilité a forcé les gouvernements à imposer des mesures restrictives qu’ils auraient sans doute voulu éviter. En Alberta, nous avons tenté de maintenir un équilibre, mais la pression sur le système de santé a été un facteur déterminant.
Et les chiffres le montrent : malgré nos mesures plus souples, l’Alberta a eu un taux de mortalité plus bas par habitant que le Québec et l’Ontario, qui ont imposé des restrictions bien plus sévères. Cela démontre que la multiplication des interdictions et des confinements ne garantissait pas nécessairement de meilleurs résultats.»
Depuis le retour de Trump, on assiste à une reconfiguration des relations entre le Canada et les États-Unis. Votre successeure en Alberta, Danielle Smith, a adopté une approche très proactive, allant jusqu’à établir des contacts directs avec des personnalités influentes aux États-Unis, y compris lors de sa visite à Mar-a-Lago. Comment percevez-vous la posture du Canada face à tout cela?
Jason Kenney: «Il est essentiel que le Canada, et toutes ses provinces, se montrent unis et solides face aux menaces économiques. Mais nous avons un problème: depuis une décennie, le gouvernement Trudeau n’a pas été sérieux sur des dossiers majeurs comme la sécurité des frontières, le système d’immigration ou la croissance économique.
Cela affaiblit notre pays et nous rend plus vulnérables aux tensions commerciales avec les États-Unis. Nous avons besoin d’un gouvernement fédéral qui mise sur le développement économique, la souveraineté et la sécurité.»
Vous êtes sur le conseil consultatif de l’ARC. Que peut-on attendre dans l’année à venir?
Jason Kenney: «Lors de cette deuxième réunion de l’ARC, nous avons remarqué une forte participation canadienne, ce qui était loin d’être le cas la première fois.
Beaucoup de Canadiens souhaitent maintenant une initiative similaire à l’ARC chez nous. Cela montre qu’ils ne se sentent plus isolés dans leurs idées et qu’il existe une communauté internationale partageant les mêmes valeurs de liberté. J’espère que nous verrons encore plus de Québécois comme vous l'année prochaine.»











