Ancien consul du Venezuela en France, Nelson Castellano-Hernandez croit en un soulèvement du peuple vénézuélien contre Nicolas Maduro. Selon lui les habitants «ont compris que c’est maintenant ou jamais». En exclusivité, il nous livre son analyse.
«D’après les bruits qui courent, Nicolas Maduro souhaiterait déjà partir, mais c’est La Havane qui l’a placé, qui ne veut pas. Il ne faut pas oublier que Maduro a été formé dans les années 1980 à Cuba. Ce qui est sûr, c’est qu’il ne partira pas là-bas! Les Cubains n’aiment pas du tout que les pions qu’ils ont placé à l’étranger reviennent en tant que perdants», s’amuse Nelson Castellano-Hernandez auprès de Libre Média.
Des mercenaires venus d’Iran ou de Colombie
Ancien consul du Venezuela en France, c’est l’un des plus fins connaisseurs des rouages du système chaviste, l'ayant connu de l'intérieur. Au cas où Nicolas Maduro serait contraint à quitter le pouvoir, il ne serait pas impossible qu’il s’exile dans un pays tel que la Turquie, selon lui. «De façon non officielle, comme si c’était un citoyen turc», avance-t-il.

L'ancien consul du Venezuela en France, Nelson Castellano-Hernandez, lors d'une manifestation contre le chavime à Paris. Droits réservés.
Depuis que Nicolas Maduro a affirmé avoir gagné les élections présidentielles sans en apporter la moindre preuve, des manifestations secouent le pays et des statues commencent à être déboulonnées. Les images qui parviennent à Nelson Castellano-Hernandez lui rappellent celles du Printemps arabe ou même celles des pays d’Europe de l’Est lors de la chute du communisme.
«Désormais le divorce est total entre le peuple et le chavisme. La pression interne continue et il y a déjà sept morts chez les opposants. Ce n’est pas l’armée qui les a tués mais les milices créées par le régime chaviste. Ces miliciens sont constitués de gros bras de la société civile vénézuélienne, mais aussi de mercenaires venus d’Iran ou d’anciens guérilleros des FARC colombiennes», précise l'ex-diplomate.
Quand il était consul du Venezuela à Paris, Nelson Castellano-Hernandez a refusé d'acquiescer à la demande de Chavez de faire libérer le célèbre terroriste Carlos, Vénézuélien déjà en prison en France – et actuellement à la maison centrale de Poissy, toujours dans l’Hexagone.
Carlos lui a ensuite fait un procès qui a duré dix ans. Alors que Nelson Castellano-Hernandez n’avait qu’un seul avocat pour faire entendre sa cause, qu’il rémunérait lui-même, Carlos en avait cinq, tous payés par le gouvernement chaviste.
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Il faut dire qu'en 2022, alors qu'il était consul du Venezuela au Liban, Nelson Castellano-Hernandez a été kidnappé par Carlos. Dans quel but? Faire pression pour extrader en Europe l'intraitable militant auquel sera plus tard consacrée une série. «Ça a duré 12 jours. J’ai su au bout de six jours qu’il ne voulait pas me tuer, mais ça fait peur au début. Si vous voulez que l’on parle en détail de cette histoire ce sera une autre fois», glisse-t-il.
La dame qui défie Maduro
C’est le Venezuela qui passionne notre interlocuteur qui ne cache pas son admiration pour Maria Corina Machado, la tête de liste de l’opposition, qui a mené la vie dure à Maduro avant d’être déclarée inéligible par ce dernier.

La chef de l'opposition vénézuélienne Maria Corina Machado salue la foule avant de voter à l'élection présidentielle, à Caracas le 28 juillet 2024. Photo: Yuri CORTEZ pour l’AFP.
«Elle n’a fait aucune promesse électorale, mais a simplement dit qu’il était l’heure que la famille vénézuélienne se réunisse de nouveau. Ça peut nous paraître curieux, mais ce message aux antipodes des promesses populistes faciles a très bien fonctionné», souligne Nelson Castellano-Hernandez.
Un soutien populaire
Dans un pays où 7,7 millions de personnes ont pris la route de l’exil depuis l’arrivée au pouvoir de Maduro en 2013, la leader de l’opposition a fait campagne en rencontrant des grands-parents et leurs petits-enfants.
Une campagne axée sur une volonté de réunification menée «sans moyens et sans argent en raison des persécutions gouvernement», souligne-t-il avant de poursuivre:
«Plus elle a été persécutée, plus le peuple est allé vers elle. Des routes et des ponts ont été cassés par les autorités pour empêcher sa venue dans des villages. Des paysans l’ont fait monter sur leurs chevaux pour qu’elle continue son chemin à travers la montagne. Des gens du peuple l’ont fait monter sur leurs radeaux pour qu’elle puisse naviguer sur des rivières et arriver dans le village suivant pour continuer sa campagne».
«L’erreur du gouvernement a été de persécuter non seulement les militants, mais aussi ses soutiens. Un paysan qui a prêté son cheval a été mis en prison, des vendeuses d’empanadas aussi, mais sa popularité n’a pas cessé de grandir. Cette campagne n’a suivi aucune des règles électorales que l’on est habitué à voir, c’est une campagne qu’il va falloir étudier de près», prévient-il.
Des gens prêts à prendre les armes?
Car si l’Occident s’est moins penché sur le Venezuela ces dernières années, les conditions de vie ne s’y sont pas améliorées. Carlos Castellano-Hernandez nous explique qu’actuellement, un médecin retraité gagne huit euros par mois. Avec ça, il peut s’acheter un poulet et demi par mois, qu’il devra rationner en attendant le mois suivant.
La seule façon de survivre est de recevoir l’argent envoyé par les membres de la famille qui ont réussi à quitter le pays. Des architectes ou des médecins sont maintenant livreurs Uber dans des pays occidentaux. Avec les 1000 euros qu’ils gagnent par mois, ils arrivent à faire vivre leur famille au Venezuela.
Mais surtout depuis cinq ans, il y a beaucoup plus de familles séparées. La population est surtout composée de grands-parents et de petits enfants, car les actifs sont partis. C’est cette douleur de la séparation «qui a tout bousculé», selon lui.
Il reste que nombre de journalistes occidentaux annoncent depuis 10 ans, à tort, la fin prochaine du chavisme.
«C’est vrai, ces manifestations avaient lieu à Caracas ou dans les grandes villes tandis que maintenant, elles viennent de la campagne et des quartiers populaires, ceux qui sont traditionnellement les plus enclins à voter Chavez. Dans le passé, les quartiers populaires ne manifestaient pas. Maintenant, il y a des gens de quartiers populaires qui s’organisent pour prendre les armes contre le gouvernement», nous répond Nelson Castellano-Hernandez.
L’armée divisée
Certes, mais ce régime tient bon. À quoi cela est-il dû? Quelle est la part de la population qui croit encore au rêve chaviste?
«Tous les employés du secteur public sont obligés de voter pour Maduro. Jusqu’à présent, ce dernier pouvait compter sur le soutien d’une partie importante du secteur populaire, mais c’est terminé. Il reste environ 20% de la population qui soutient le gouvernement. Ce ne sont plus des gens du secteur populaire, mais des gens qui font des affaires avec lui. Il y a un petit groupe d’hommes d’affaires qui reçoit des postes clés pour des membres de leur famille en soutenant le gouvernement, par exemple».
Quant à l’armée, il l’estime divisée. Une partie soutiendrait le régime alors que l’autre, majoritaire selon lui, ne le soutiendrait pas et n’aurait pas tiré sur les manifestants.
Et maintenant?
Chose certaine, 22 pays ont déjà déclaré qu’ils ne reconnaîtraient pas ces résultats tant que le gouvernement n’est pas en mesure de les prouver. Parmi eux: sans suprise les États-Unis, mais aussi la Colombie de l’ancien guérillero Gustavo Petro, le Brésil de l’ancien syndicaliste Lula, le Pérou ou encore, le Salvador. La réaction du Venezuela a été d’annoncer qu’il romprait ses relations avec ces pays.
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Cela suffira-t-il vraiment à changer la donne dans ce pays très mouvementé, très dangereux, mais aussi très attachant?
«Le gouvernement prétend faire un système cubain mais je crois que cette fois c’est plié, les gens ne vont pas l’accepter. La seule façon pour Maduro de rester au pouvoir, c’est de faire des massacres. Les Vénézuéliens ont compris que c’est maintenant ou jamais, il n’y a pas de retour en arrière possible», avertit Nelson Castellano-Hernandez.










