Aux grandes entrevues, la criminologue Maria Mourani revient sur l’augmentation exponentielle des cas de leurre d’enfants sur le web. Elle insiste sur le rôle des parents pour préparer leurs enfants à devenir des «citoyens numériques».
«On voit de plus en plus une augmentation du leurre d’enfants par des individus qui vont utiliser toutes sortes de stratagèmes pour leurrer des enfants, soit pour avoir des photos intimes d’eux, soit pour avoir des conversations à caractère sexuel avec eux», avertit Maria Mourani devant la caméra de Libre Média.
Notre invitée – qui travaille sur de nouveaux outils de protection des mineurs sur le web avec son entreprise ECrime ProteX – insiste sur le rôle fondamental des parents. Les discussions avec leurs enfants restent «beaucoup plus efficaces que tous les outils de contrôle parental actuellement sur le marché».
«Préparer son enfant à devenir un citoyen numérique»
Des prédateurs sexuels vont sur «des applications utilisées par les jeunes […] dont l’objectif est de mettre en relation des mineurs et des adultes. Je me pose toujours la question: qui a pu créer cette application et pourquoi?», poursuit-elle.
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Il est urgent pour les parents de bien préparer leur enfant à devenir un «citoyen numérique», plaide l’ex-députée du Bloc québécois.
«Pollution pornographique»
Pour créer des images pédopornographiques que s’échangeront les prédateurs, l’utilisation du deepfake (hypertrucage) est de plus en plus fréquente. De nombreuses vidéos pédopornographiques sont maintenant créées grâce à l’intelligence artificielle.
Des visages de jeunes sont sélectionnés partout sur les médias sociaux pour les agencer à des corps qui ne sont pas les leurs. Une pratique qui n’empêche pas d’autres «créateurs» de continuer à produire de la pornographie juvénile «traditionnelle» en faisant intervenir directement des jeunes.
«Ce qu’on voit sur le web, c’est une pollution violente et pornographique très présente et il faut se rendre compte que ce n’est pas l’industrie qui va s’autoréguler». «Si l’industrie peut faire de l’argent avec le sexe et la violence, elle va le faire», lance-t-elle.
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Non seulement des pédophiles peuvent voler les images de mineurs pour créer des images sexuelles contre leur gré, mais ils peuvent utiliser le deepfake «pour faire chanter le jeune ou obtenir d’autres photos et des vidéos réelles». Ce procédé peut emmener le mineur berné à rencontrer le prédateur sexuel qui va alors saisir l’occasion de l’agresser sexuellement.
Le Code criminel inadapté
Notre invitée déplore aussi le retard du Canada par rapport à des pays comme la France en ce qui a trait à la représentation et à la mise en scène de la pédophilie. «Au Canada, la pédophilie n’est pas criminalisée en tant que telle lorsque les victimes ne sont pas réelles». En France, la «représentation juvénile» est criminalisée dans le Code pénal, explique-t-elle. Au Canada, «le Code criminel n’est pas encore adapté à ce qui s’en vient».
Entre avril 2022 et mars 2023, le Centre national contre l’exploitation des enfants de la GRC a reçu 103 000 plaintes et signalements d’infractions d’exploitation sexuelle d’enfants sur internet, contre 52 000 pour 2020-2022, ce qui équivaut au double.











