«Société de l’inquiétude permanente»: le rôle des médias mainstream

Photo de couverture: AFP.

Mercredi le 15 janvier 2025, à 16:30

Jérôme Blanchet-Gravel reçoit l’intellectuel Gaël Brustier aux grandes entrevues. L’auteur de nombreux essais critique le déclin intellectuel en France aggravé par la superficialité des médias traditionnels, la culture du buzz et l’hystérie woke. 

 

Selon Gaël Brustier, le paysage intellectuel français a profondément changé, et pas pour le mieux. Ce changement est marqué par «la domination de l’immédiateté dans tous les domaines du commentaire», une tendance qui favorise les réactions éphémères au détriment d’une réflexion approfondie.

 

Cette frénésie médiatique contribue à une dégradation du débat public: «Chaque fois qu’un grand intellectuel comme Jacques Julliard meurt, il n’est pas remplacé», déplore notre invité à Paris.

 

Il pointe la sélection par les partis de responsables «médiocres», ce qui accentue le détachement entre la vie politique et le monde intellectuel. Cette fracture nuit à la qualité des discussions et, par extension, à la crédibilité de l’action politique.

 

Les médias traditionnels au cœur de «l’hystérisation» collective

 

Les médias traditionnels jouent un rôle central dans ce déclin intellectuel en privilégiant régulièrement des sujets secondaires et sensationnalistes.

 

Gaël Brustier critique le chaos informationnel dans lequel baigne la société française: «Non seulement il n’y a plus de hiérarchisation entre les dangers, mais tout devient une source d’inquiétude permanente».

 

Il souligne que, depuis la pandémie de Covid-19, les médias traditionnels entretiennent un climat apocalyptique où le moindre phénomène météo devient une catastrophe.

 

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En outre, la quête du «buzz» et l’omniprésence de réseaux sociaux ont alimenté un phénomène «d’hystérisation».

 

Non seulement tout est abordé sous un angle psychologisant, mais les véritables enjeux sont souvent écartés au profit de microphénomènes insignifiants: «une balade à vélo devient une grande aventure», ironise-t-il dans Les Analphabètes au pouvoir (Cerf, 2024).

 

Les wokes, «ces gros bébés éternellement insatisfaits»

 

Le wokisme participe de cette dégringolade. Pour Gaël Brustier, ce courant se concentre principalement en France au sein d’une «jeunesse diplômée» qui s’approprie des concepts venus des États-Unis, mais souvent sans les comprendre pleinement ni les adapter au contexte local.

 

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Les wokes en France, ce sont ces «gros bébés éternellement insatisfaits parce qu’on ne leur a pas donné tout ce qu’ils voulaient», lance-t-il. «Ils expriment leur position uniquement en hurlant. L’émotion a remplacé la polémique», ajoute l’auteur.

 

Cependant, tout n’est pas noir dans l’œil de Gaël Brustier. Il cite avec optimisme l’élection de Louis Schweitzer à la tête de Sciences Po, un homme qu’il juge capable de rétablir une forme d’équilibre dans le débat universitaire.

 

Voir l’entrevue directement sur YouTube.