Patrick Déry, censeur fidèle de l’establishment

Réplique

L'analyste en politiques publiques Patrick Déry. Montage par LM.

Samedi le 1 mars 2025, à 17:25

L’analyste en politiques publiques Patrick Déry multiplie les appels à la censure. Dans une lettre au Devoir, celui qui se décrit sur X comme «le vérificateur officiel de Mathieu Bock-Côté» évoque même des mesures «d’hygiène publique».

 

M. Déry,

 

J’ai lu votre texte intitulé «Sortons les trumpagandistes de nos médias» publié aujourd’hui au Devoir, et je souhaite réagir à plusieurs points soulevés. 

 

Votre argumentation repose essentiellement sur l'idée que certaines voix doivent être exclues du débat public sous prétexte qu'elles s'écartent d'un consensus que vous jugez légitime. 

 

Or, une telle approche soulève une problématique fondamentale: elle contrevient au principe même de la liberté d'expression, droit fondamental inscrit tant dans la Charte canadienne des droits et libertés que dans la Charte québécoise des droits et libertés de la personne.

 

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La liberté d’expression protège les citoyens contre l’arbitraire en garantissant un débat ouvert, tant qu’il ne tombe pas sous le coup de la diffamation ou de l’incitation à la haine. 

 

Pourtant, vous semblez suggérer qu’il existerait une ligne idéologique au-delà de laquelle certaines opinions ne mériteraient plus d’être exprimées dans les médias traditionnels. 

 

Qui décide de ce qui constitue une opinion légitime? Lorsqu’on commence à tracer des frontières idéologiques arbitraires, on s’engage vers un modèle de société où seule une pensée homogène, validée par certaines élites, a droit de cité. 

 

Cette dérive constitue une menace bien plus grave pour la démocratie que les opinions jugées déplaisantes.

 

Une pensée manichéenne

 

Vous affirmez la nécessité d’un débat basé sur des faits, tout en rejetant toute remise en question des discours dominants, notamment sur des sujets comme l’Ukraine.

 

Sans défendre la Russie, qui est bien le pays agresseur dans ce conflit, l’Ukraine n’est pas aussi innocente que vous le laissez entendre naïvement.

 

Qu’en est-il des engagements pris par l’OTAN envers l’ex-URSS dans les années 1990? Le fameux engagement Not one inch eastward fait à Gorbatchev a été bafoué par une expansion constante de l’Alliance atlantique vers l’est. Est-il illégitime de remettre en question cet élément du contexte géopolitique?

 

De même, pourquoi les médias traditionnels évitent-ils de critiquer les erreurs commises par le gouvernement ukrainien, notamment la violation des premiers et seconds accords de Minsk?

 

Poser la question de la responsabilité partagée dans ce conflit ne constitue pas un acte de propagande, mais une exigence d’honnêteté intellectuelle. 

 

L’utilisation des fonds publics et des armes envoyées à l’Ukraine mérite d’être examinée. Dans une démocratie saine, toutes ces questions doivent faire l’objet d’un débat ouvert. 

 

Pourtant, toute voix qui s’écarte du récit dominant est systématiquement taxée de «propagandiste pro-russe». Une telle réduction binaire appauvrit le débat et contribue à créer un climat où la dissidence est perçue comme suspecte.

 

Le pluralisme en danger

 

Vous affirmez qu’une tribune dans un média est un privilège et non un droit. Certes, les lignes éditoriales existent et sont légitimes. Cependant, les médias ont aussi la responsabilité de favoriser une diversité d’opinions et d’assurer le principe du contradictoire. 

 

En excluant certaines perspectives sous prétexte qu’elles ne correspondent pas à la ligne dominante, les médias ne font que renforcer la polarisation idéologique.

 

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Si la diversité d’opinions est réellement essentielle, pourquoi craindre le débat? Pourquoi évacuer les questions qui dérangent au lieu de les confronter à des arguments solides? 

 

L’histoire regorge d’exemples où des opinions minoritaires, initialement rejetées, se sont avérées fondées avec le temps. Si une idée est erronée, n’est-il pas plus pertinent de la déconstruire par une argumentation rigoureuse plutôt que de l’exclure d’emblée?

 

Des gardiens de la Vérité

 

Votre appel à «faire le ménage» dans les médias est hautement préoccupant. Il est d'ailleurs étonnant qu’une institution comme Le Devoir lui donne voix. 

 

La diversité des idées, même celles qui dérangent, constitue l’un des piliers de la démocratie libérale. Qualifier toute critique de l’establishment occidental de «trumpagande» revient à instaurer une forme d’orthodoxie idéologique qui nuit davantage à la démocratie que les opinions que vous dénoncez.

 

Vous évoquez la nomination d’une prétendue «complotiste prorusse à la tête du renseignement américain». Pourtant, les processus de nomination passent par des vérifications rigoureuses et l’approbation du Sénat, où siègent des sénateurs républicains et démocrates. 

 

Si des individus incompétents ou controversés sont nommés, cela relève davantage de l’imperfection démocratique que d’un glissement autoritaire.

 

Quant à la politique étrangère de Donald Trump envers l'Ukraine, il est réducteur de la qualifier de «menace autoritaire» simplement parce qu’elle privilégie la négociation et la diplomatie à la confrontation armée. 

 

Le rôle d’un dirigeant est d'abord de défendre les intérêts de son pays, même si cela implique de dialoguer avec des adversaires. L’opposition systématique à toute démarche diplomatique sous prétexte qu’elle émane de Trump relève davantage d’une posture idéologique que d’une analyse factuelle.