École commune: soupeser avant de chambouler

Photo: Jewsin Thomas pour Unsplash.

Mardi le 25 février 2025, à 18:05

À force de vouloir inclure à tout prix, l’école publique a nivelé les différences au détriment des meilleurs élèves. Avant d’imposer une nouvelle réforme idéaliste, prenons le temps de chiffrer, tester et débattre. 

 

La semaine dernière, le sondage CROP commandé par l’organisme École Ensemble avançait que 85% des Québécois soutiendraient leur idée d’«école commune». Un chiffre impressionnant, mais que signifie-t-il vraiment? 

 

S’agit-il d’un consentement éclairé à un projet dont on mesure les tenants et aboutissants ou simplement d’un appui automatique à un idéal abstrait?

 

Au-delà du concept séduisant

 

Les Québécois aspirent à l’équité. C’est tout à leur honneur. Mais entre désavouer l’école à trois vitesses dans un sondage et consentir à une transformation profonde du système éducatif, il y a un monde. Dire oui à plus d’équité, c’est une chose; renoncer au choix, c’en est une autre.

 

Bien qu’il soit permis de douter de ces résultats en l’absence d’un sondage véritablement indépendant, les chiffres exhibés suggèrent que l’appui au projet d’École ensemble aurait progressé, notamment chez les principaux intéressées, les parents d’enfants d’âge scolaire.

 

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Ainsi, sous l’effet d’une vaste opération charme, la conviction que l’école à trois vitesses serait la source de tous les maux paraît effectivement avoir gagné du terrain. 

 

Cela dit, le débat de fond sur les détails, lui, reste à faire. Et surtout, les preuves que cette refonte produirait les résultats escomptés restent à démontrer. 

 

Bref, par-delà les intentions, nous devrions surtout soupeser les coûts et les impacts.

 

Chiffrer et tester avant de généraliser

 

Certes, les projections financières mises de l’avant par École ensemble sont attrayantes, mais elles trahissent sans doute un excès d’optimisme.

 

Ainsi, avant d’envisager un pareil bouleversement, il serait impératif de soumettre l’analyse à plusieurs économistes indépendants. Après tout, une réforme qui se veut équitable se doit d’abord d’être viable.

 

Rappelons que les écoles privées subventionnées allègent le fardeau monétaire de l’État. Dans un contexte budgétaire tendu, réfléchissons donc sérieusement avant de dépouiller le gouvernement d’un tel levier de redistribution. 

 

Qui plus est, idéalement, des preuves tangibles de succès doivent être cumulées avant de mettre en péril un système qui, malgré ses défauts, fonctionne. 

 

Prenons garde de ne pas répéter les erreurs du passé en déployant une refonte globale, à l’aveugle. L’histoire montre qu’une fois instaurée, une réforme c’est comme la pâte à dents, virtuellement impossible à remettre dans le tube.  

 

Par conséquent, si une réelle volonté d’aller de l’avant avec l’ école commune» se manifestait, pourquoi ne pas débuter avec un projet pilote à Montréal, là où l’appui pour cette idée se concentre? 

 

Débattre, tester et conclure de l’efficacité avant de généraliser; voilà un principe simple qui devrait toujours guider la mise en œuvre de nos politiques publiques. 

 

Briser le cercle vicieux

 

Une question fondamentale se cache derrière le débat sur l’école à trois vitesses: comment en sommes-nous arrivés là? 

 

Comme Michel David le soulignait:  S’il y a maintenant une école à deux ou trois vitesses, c’est parce que de nombreux parents, qui auraient préféré l’école publique, s’en sont détournés au fil de sa détérioration.»

 

S’ensuit un cercle vicieux duquel, avec ou sans réforme, il s’avérera toujours impossible de s’extirper si on omet de s’intéresser à ses causes profondes. 

 

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Lors de la grève majeure de l’an dernier, les enseignants ont tenté de mettre en lumière le gigantesque angle mort du débat : la composition de la classe. 

 

À force de vouloir inclure à tout prix, l’école publique a cessé d’incarner un lieu où chacun atteint son plein potentiel, pour devenir un espace où l’on aplanit les différences au détriment, très égalitaire, de tous.

 

Résultat: des classes aux rythmes d’apprentissage inconciliables, des profs essoufflés et des parents raisonnablement en quête d’alternatives.

 

Avant de tout chambouler, osons au moins une conversation franche et lucide.