«Partout des initiatives émergent pour préserver des îlots de liberté»

La ministre française de la Culture Rachida Dati assiste au raccrochage de La Liberté guidant le peuple (1830) d’Eugène Delacroix au Louvre, après six mois restauration, le 30 avril 2024. Photo: Dimitar DILKOFF pour l’AFP.

Jeudi le 23 mai 2024, à 12:10

Pour l’auteur et journaliste Rémi Tell, l’humanité risque de sombrer dans un régime techno-totalitaire si les idéaux de liberté ne sont pas rapidement revalorisés. Entretien avec un intellectuel de la relève. 

 

Rémi Tell publie À l’encre du néant aux édition du Verbe haut.

 

Jérôme Blanchet-Gravel: Vous dressez le portrait d’une France dépossédée ayant en quelque sorte reçu le coup de grâce durant la pandémie de Covid-19. L’heure est si grave que vous en appelez à la formation d’un mouvement de résistance. Y’-a-t-il de l’espoir pour la liberté dans l’Hexagone?

 

Rémi Tell: Je le crois, car si l'état du pays n'est plus le même qu'avant le Covid-19, l'état des consciences a également été chamboulé. Par des portes d'entrée différentes, les Français ont progressivement acquis l'intuition qu'une époque se termine.

 

Partout, des initiatives prennent forme, avec l'ambition de préserver des îlots de liberté, de promouvoir une identité ou de recréer du lien local. On observe également une étonnante conversion des cœurs: ainsi, les fêtes de Pâques ont vu le nombre de baptisés croître de 30% par rapport à l'an passé, alors que 2023 avait déjà signé un record en la matière. Quelque chose bouge. 

 

L'auteur Rémi Tell. Photo: Frédéric Renoult.

 

Trop lentement sans doute, face à la fuite en avant de la société des machines... Cependant, on ne peut nier que ce phénomène existe, ni désespérer qu'il finisse par trouver un débouché politique.

 

Comment définiriez-vous vous rapidement le «macronisme» et le «capitalisme prométhéen», au cœur selon vous de cette société de surveillance et de contrôle?

 

Rémi Tell: Le macronisme, et le progressisme de façon plus générale, constituent l'expression politique du capitalisme prométhéen, ou dit autrement de la société des machines. Cette dernière est habitée depuis 250 ans par le rêve prométhéen: l’émancipation de l’Homme par la technique.

 

Bernanos nous prévenait: «la société des machines est elle-même une machine». Dans cette machine, l’Homme fait office de rouage. Et pour assurer le fonctionnement de l’ensemble, les rouages doivent être parfaitement ajustés.

 

C’est la raison pour laquelle la liberté humaine doit nécessairement être ramenée à sa portion congrue dans ce type de société.

 

Au Québec et au Canada, on sent une certaine tentation sécessionniste chez un nombre assez important de gens découragés par ces grands bouleversements. Sentez-vous la même chose en France et ne doit-on pas y voir le risque de se couper de la société selon une logique quelque peu sectaire?

 

Rémi Tell: Oui, ce mouvement s'opère bien de part et d'autre de l'Atlantique. Dans la plupart des cas pour le meilleur, mais il est vrai qu'en situation de vulnérabilité, certains remplacent l'emprise qu'exerçait jadis le système contre eux par une autre forme d'emprise, où le rapport au réel reste assez tenu.

 

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Pour ce qui est de la France, je pense par exemple aux folles rumeurs sur l'identité sexuelle de Brigitte Macron. Nous y retrouvons le même dogmatisme, le même mépris pour l'examen des faits que dans l'idéologie progressiste.

 

De grâce, ne remplaçons pas le délire par le délire! Il en va de la crédibilité du combat que nous menons.

 

Vous lancez quelques flèches à une certaine droite bien représentée dans les grands médias en France, que vous présentez comme un courant plutôt superficiel. En introduction du livre, on sent aussi chez vous une certaine déception par rapport au système médiatique. Que reprochez-vous plus exactement à ce milieu?

 

Rémi Tell: La droite bourgeoise a toujours été adepte des vérités tardives. Cela s'est à nouveau vérifié récemment, lors de la pandémie ou du conflit en Ukraine. Constatant son incohérence et sa lâcheté, je reproche à ce milieu d'être obsédé par la respectabilité.

 

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Ainsi, afin de ne pas déplaire aux puissants, les journalistes ou essayistes réputés de droite se contentent souvent de commenter les conséquences fâcheuses de la modernité, sans jamais chercher à remonter leurs causes. Le cas de l'immigration est en cela typique.

 

Évidemment, il faut la dénoncer...mais cette critique perd tout sens si elle s'accompagne d'un plébiscite de la société des machines, qui a tant besoin de la main-d’œuvre immigrée... Nous avons perdu trop de temps, par la faute de ce qui nourrissent la bête, pour ensuite prétendre lui limer les griffes!